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FC Baden: le Colombien Esguerra lutte pour l'asile en Suisse

Yan Carlo Esguerra sous le maillot du FC Baden: une combinaison qui pourrait permettre au Colombien d'éviter l'expulsion.
Yan Carlo Esguerra sous le maillot du FC Baden: une combinaison qui pourrait permettre au Colombien d'éviter l'expulsion.Image: Alexander Wagner

Un joyau veut échapper à des criminels grâce à ce club suisse

Yan Carlo Esguerra a fui la Colombie avec sa famille en 2023. Sa demande d'asile ayant été rejetée à Genève, le footballeur du FC Baden risque désormais l’expulsion. Le club argovien pourrait le sauver.
23.02.2026, 16:5623.02.2026, 16:56
Nik Dömer

Talent reconnu en Colombie, Yan Carlo Esguerra était à deux doigts de faire ses débuts chez les pros à seulement seize ans. Soudain, une faction dissidente des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) a fait pression sur sa famille. La peur, les menaces et les déménagements à répétition ont alors remplacé les terrains de football.

Aujourd’hui, le Colombien joue au FC Baden et se bat non seulement pour une place de titulaire, mais aussi pour son droit de rester en Suisse.

Une recrue inattendue

Fin janvier, le FC Baden annonce que Yan Carlo Esguerra Lopez est promu de l’équipe réserve à l’équipe «A». Rien d’extraordinaire en soi, l’effectif badenois comptant de nombreux jeunes formés au club.

L’entraîneur Eduardo Barrera lui accorde sa confiance dès les premiers matchs amicaux. Très vite, on comprend que ce jeune Colombien est un joueur hors norme sur le terrain comme en dehors.

Une carrière prometteuse

C’est un mardi soir glacial au Esp Stadion. Yan Carlo Esguerra jongle avec le ballon devant l'objectif d'un photographe. Les minutes passent, le ballon ne touche pas une seule fois le sol. La technique du jeune est irréprochable, alors qu’il n’a même pas lacé ses baskets.

Yan Carlo Esguerra sous le maillot du FC Baden: une combinaison qui pourrait permettre au Colombien d'éviter l'expulsion.
Yan Carlo Esguerra a prouvé qu'il possédait de belles qualités techniques malgré son jeune âge.Image: Alexandrer Wagner

Rien d’étonnant: le Sud-Américain a été formé dans l’un des plus grands clubs de sa ville, le Deportivo Cali, et, à 16 ans, il était tout près de débuter chez les pros avec le club de deuxième division Real Santander. Dans ces conditions, il peut sembler surprenant de le voir évoluer aujourd’hui en 1re ligue avec le FC Baden. Avec son talent, il était destiné à mieux, mais il a été rattrapé par le destin.

Un décès qui change tout

En 2021, un décès survient dans l’entourage de la famille Esguerra. Ils auraient dû hériter d’un terrain, mais cela ne s'est jamais fait. Les FARC ont certes signé un accord de paix avec le gouvernement en 2016, mais certaines branches, financées par le trafic de drogue et l’extorsion, continuent d’exister.

Et c’est précisément l’une de ces factions qui s'est intéressé à eux en réclamant de l’argent à la famille et en posant d’autres conditions: Yan Carlo Esguerra et son beau-frère doivent être recrutés. La famille tente de fuir, mais ce n’est pas si simple.

A propos des violences en Colombie 👇

Les groupes de guérilla dissidents, les réseaux criminels et les groupes armés sont bien implantés dans la ville, tandis que la présence de l’Etat reste limitée. Il n’y a, à plus forte raison, aucune garantie de sécurité. Les Esguerra vivent dans une peur permanente et déménagent à plusieurs reprises à l’intérieur de la métropole.

La fuite vers la Suisse

Aujourd’hui, Yan Carlo Esguerra repense à cette période dure, marquée par la peur et l'incertitude:

«C’était une catastrophe, on ne pouvait pas vivre normalement en Colombie. Il fallait déménager sans arrêt, je devais rester tout le temps à la maison. Ça a duré presque deux ans, sans entraînement de football et sans école.»

A 18 ans, il tire la prise avec sa sœur, les deux enfants de celle-ci, son mari, ainsi que la grand-mère de ce dernier. Un proche, qui a des contacts en Suisse, leur conseille de fuir vers l’Europe. Ils arrivent à Genève et y demandent l’asile. S’ensuivent plusieurs transferts dans des centres d’asile en Suisse. Finalement, les réfugiés colombiens sont hébergés à Lenzbourg (AG).

En 2025, Yan Carlo Esguerra, qui parle et comprend déjà étonnamment bien l’allemand, obtient un permis de travail. Il donne un coup de main sur des chantiers et travaille dans la collecte des déchets.

Le FC Baden a souvent fait parler de lui 👇

Avec l’argent qu’il gagne, il soutient sa famille venue avec lui. Il paie le loyer et son assurance maladie. Le reste est mis de côté. En parallèle, il redécouvre le football. D’abord au FC Niederlenz, en 3e ligue argovienne, puis au FC Baden.

Demande d'asile refusée

Mais, à la fin de l’année, c’est le choc: le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) rejette sa demande d’asile. La Suisse estime que la situation en Colombie n’est pas suffisamment précaire pour accorder une protection aux Esguerra. Le jeune footballeur de Baden ne comprend pas:

«Les autorités colombiennes ne nous aident pas. Nous avons déposé une plainte, mais là-bas, tout est étouffé. L’Etat ne peut pas nous garantir la sécurité»

Actuellement, le SEM examine l’exécution du renvoi, autrement dit la question de savoir si une expulsion est admissible. Il reste un mince espoir que la situation de menace qui pèse sur les Esguerra soit reconnue. Pour le footballeur, un retour est cependant exclu:

«Si cela ne marche pas en Suisse, il faudra essayer ailleurs. La Colombie est beaucoup trop dangereuse pour nous. La police est corrompue, les groupes sont bien organisés. Dès que nous rentrons, mon beau-frère et moi serons enrôlés»

Son avenir se jouera sur le terrain

Autrement, un contrat professionnel en Suisse pourrait être la solution, mais le temps presse. Si tout se passe bien pour le Colombien, il lui reste encore une demi-année.

Yan Carlo Esguerra et son entraîneur Eduardo Barrera dans le vestiaire du FC Baden.
Yan Carlo Esguerra et son entraîneur Eduardo Barrera (à gauche) dans le vestiaire du FC Baden.Image: Alexander Wagner

C’est là que le FC Baden entre en jeu: une percée en 1re ligue pourrait lui ouvrir de nouvelles portes. Certes, Eduardo Barrera ne lui offre pas une place de titulaire sur un plateau, mais le nouvel entraîneur badenois est convaincu de ses qualités:

«On voit qu’il a été formé au top et qu’il a un énorme potentiel. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse il a réussi à s’acclimater à un niveau plus élevé. Il a tout ce qu’il faut pour jouer un rôle au second tour.»

Peut-être que Yan Carlo Esguerra tient aussi un peu son avenir dans ses propres pieds, car il ne croit plus à un succès dans la procédure:

«J’ai l’impression que les autorités suisses ne nous croient pas. En plus, notre avocat a aussi commis une erreur dans la procédure. Je me sens très bien ici. J’aimerais m’intégrer et mener une vie tranquille»

Pour le milieu défensif de Cali, il ne reste qu’une chose à faire: garder son calme. «La vie n’est pas facile, il faut toujours rester détendu et positif», explique-t-il.

Son entraîneur acquiesce: «C’est vraiment remarquable comme il est équilibré. Sur le terrain, il ne se laisse pas déstabiliser et c’est aussi quelqu’un de très respectable. Il mériterait vraiment de pouvoir rester ici, en Suisse».

(traduction et adaptation: btr)

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