Des supporters suisses venus encourager la Nati à Milan.image: getty
Commentaire
La Suisse peut organiser de meilleurs JO que les Italiens
Athlètes et spectateurs ont regretté que, dans certains lieux, l’atmosphère olympique ait fait défaut aux JO 2026. C’est le prix à payer lorsque la durabilité remplace le gigantisme. La Suisse peut toutefois faire mieux que les Italiens en 2038.
Quand Marco Odermatt affirme que Bormio, durant les Jeux, ressemble à une simple étape de Coupe du monde, quand Linus Strasser déplore que le concept décentralisé brise l’esprit olympique, et quand les fans de hockey présents à Milan cherchent en vain le véritable esprit des JO, alors ces critiques doivent être prises au sérieux. Après tout, les Jeux olympiques sont aussi un produit qui se définit par l’expérience, tant pour les athlètes que les spectateurs.
Il est toutefois important de replacer ces critiques dans un contexte plus large. Le retour des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes, où ils s’étaient déroulés pour la dernière fois en 2006, symbolise aussi l’abandon du gigantisme. Celui-ci a marqué l’événement pendant des décennies. Il a pris en otage l’esprit des Jeux et a posé des problèmes parfois insurmontables au Comité international olympique (CIO). Car partout où la population a eu son mot à dire, le méga-événement a été rejeté au cours des vingt dernières années.
Il fallait aller à la Maison suisse pour trouver de l'ambiance à Bormio.Image: KEYSTONE
Les montagnes autour de Cortina, le paisible Val di Fiemme, la forteresse du biathlon à Antholz-Anterselva ainsi que les vallées occidentales près de Bormio et de Livigno constituent réellement un modèle. A l’exception de la construction controversée de la piste de bobsleigh, imposée par le gouvernement italien de droite au nom de la fierté nationale, les interventions majeures sur les sites sportifs ont été évitées.
Des compétitions décentralisées, des installations existantes et une vision durable structurent également la candidature suisse pour les Jeux olympiques de 2038. Sachant combien les Helvètes sont attentifs aux coûts, cette approche est en outre assortie d’une garantie de déficit portée par des acteurs privés. Et l’on se retrouve soudain confronté à une nouvelle critique: celle d’une atmosphère olympique qui ferait défaut.
Il existe des réponses à ces critiques. Certes, il est évident qu’il n’y aurait pas non plus de véritable village olympique en Suisse. La situation de départ est néanmoins différente. Parmi les sites suisses envisagés, il n’existe pas de région comparable à Bormio, où les investissements pour l'avenir sont depuis longtemps quasi inexistants. Les déplacements d’un pôle à l’autre sont également nettement plus courts en Suisse que dans le nord de l’Italie, sans même parler des différences en matière d’infrastructures ferroviaires.
Créer de l’ambiance n’est pas une question de centralisation ou de décentralisation. La preuve: à Antholz, la fête semble magique. La Suisse, ancrée dans le fédéralisme, peut donc susciter un véritable esprit olympique sans sombrer dans le gigantisme. Mais celui-ci ne naît pas spontanément. Il doit figurer noir sur blanc dans le cahier des charges du projet.