Ce «vote caché» pourrait offrir une victoire cruciale à l’UDC
A un mois de la votation populaire «Pas de Suisse à 10 millions», proposée par l'UDC, les esprits s'échauffent. Si les sondages indiquent un soutien en diminution, les campagnes du «non» qui battent leur plein indiquent que les opposants ne vont rien lâcher jusqu'au bout.
Cette opposition est double: la droite libérale d'un côté, et la gauche de l'autre, qui fait campagne avec le slogan «l'initiative du chaos». Les deux mettent l'accent sur une possible pénurie de main-d'oeuvre, le risque d'une dénonciation des accords avec l'UE et la sécurité aux frontières.
Le vote sera serré
Le vote s'annonce serré, selon le dernier sondage en date, mandaté par la SSR et gfs.bern: 47% d'intentions de vote pour et contre. La base UDC devrait voter en bloc (plus de 95%) en faveur de cette initiative, qui vise à limiter drastiquement l'immigration pour sauver (pêle-mêle) l'accès aux logements, les soins, ou encore la nature. Ils sont soutenus par 43% des votants du PLR, ainsi que 36% de la base du Centre.
A gauche, la proposition fait jaser. Pour le conseiller national Gerhard Andrey (Verts/FR), «réduire l'immigration pour protéger l'environnement suisse, c'est déplacer le problème ailleurs, pas le résoudre».
Mais sera-t-il bien entendu par tous ses électeurs? Car du côté de la base des Verts, les faveurs envers l'initiative sont à 13% selon gfs.bern, voire même à 23%, selon un sondage mandaté par Tamedia et diffusé fin avril.
Ces quelques électeurs socialistes ou écologistes «dissidents» qui seraient tentés de voter pour ce texte risquent-ils de précipiter la Suisse dans le camp du «oui»?
Une initiative qui «prête à confusion»
Mais au fait, qui sont ces écolos qui seraient capables de glisser un «oui» en faveur de l'UDC dans les urnes? Des amoureux de la nature qui en ont assez de voir leur beau pays couler sous le béton, peut-être? Christophe Clivaz, conseiller national du Valais, un canton où le sujet est particulièrement sensible, n'a entendu personne dans son entourage lui «indiquer qu'il allait voter pour».
Pourrait-on aussi voir des écologistes urbains qui crouleraient sous les loyers élevés et un accès aux soins pénible? Boris Calame, président des Vert'libéraux de la ville de Genève, ne connaît lui non plus personne qui va glisser un «oui». Et de dénoncer:
«Mais je peux comprendre que chez des gens qui ont des difficultés d'accès au logement, comme des jeunes ou des personnes âgées, cela interpelle», nuance-t-il.
Et c'est bien ce détail qui peut faire la différence: si le fond de l'initiative de l'UDC est dénoncé, les problèmes en cascade pointés du doigt sont, eux, bien réels et leur constat fait l'objet d'un consensus au sein de la classe politique.
Une question «déjà réglée», assurent les Verts
Certains se risqueront-ils au vote d'intérêt, quitte à se boucher le nez pour glisser leur bulletin? Olivier Meuwly, historien et observateur du monde politique suisse, estime que:
Légitime mais aussi particulièrement sensible, tant le mélange immigration-écologie est explosif. «Traiter l'humain comme un problème écologique, ce n'est pas notre ligne», tonne Gerhard Andrey. Pour la figure des Verts, c'est simple:
De quoi parle-t-on? Le Fribourgeois fait référence au congrès de Rotkreug (ZG), en août 2014, lorsqu'une frange dissidente des Verts, partisans de l'initiative «Ecopop», avait été écartée du parti après des échanges passablement tendus.
Ce projet, refusé par le peuple en novembre de la même année à 74%, voulait limiter strictement l'immigration pour permettre «la préservation durable des ressources naturelles». Soit pas mal de points communs avec l'initiative UDC sur laquelle nous allons voter. «Hier comme aujourd'hui, cette vision du monde ne trouve aucun écho chez les Verts», jure Gerhard Andrey.
Le vote est secret
Malgré ces déclarations fortes, y aurait-il une chance que des votants tendance «Ecopop» soient toujours présents au sein de la base? Olivier Meuwly rappelle que «le citoyen qui vote, ce n'est pas l'électorat, qui n'est pas le parti. Et le mécontentement d'une partie d'un groupe peut s'exprimer via le vote, qui est secret», analyse l'historien. «On l'a vu, par exemple, avec le vote sur l'interdiction des minarets en 2009, où une partie laïque des milieux de gauche a voté "oui".»
Au sein des Verts, on se veut toutefois confiant. Gerhard Andrey se dit d'ailleurs sceptique sur la question des sondages, en donnant comme exemple l'acceptation de l'e-ID en septembre dernier, avec un résultat beaucoup plus serré que celui annoncé par les tendances.
«On peut s'attendre à ce que la base des Verts soit, comme pour "Ecopop", la plus fermement opposée à l'initiative UDC de tous les partis», assure Gerhard Andrey. Ilias Panchard, conseiller communal vert de la ville de Lausanne, abonde:
«Depuis que ces sondages ont été menés, la campagne a réellement commencé», notamment auprès de leur propre base, estime-t-il. Le Lausannois pointe plutôt du doigt le centre-droit. Car 13% de votants écologistes, qui représentent eux-mêmes environ 10% de l'électorat, ce n'est pas grand-chose. J'appelle le centre-droit à tout faire pour convaincre sa base en bonne et due forme», lance Ilias Panchard.
Cette votation sera-t-elle une de celles où chaque pourcentage compte? Rendez-vous le 14 juin pour le découvrir.
