Suisse
Analyse

Pas de Suisse à 10 millions, l'UDC compte sur le vote des verts

L'UDC pourrait gagner grâce à ce «vote caché» le 14 juin.
Pour cette votation, le parti de Marcel Dettling va chercher loin au-delà de son réservoir à voix habituel.keystone (montage)
Analyse

Ce «vote caché» pourrait offrir une victoire cruciale à l’UDC

La campagne autour de l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions» s'intensifie. La droite libérale et la gauche unissent leurs forces face à une proposition qu'ils jugent dangereuse. Un «vote caché» parmi les électeurs écologistes pourrait-il faire tourner la votation en faveur de l'UDC? On fait le point.
17.05.2026, 19:0017.05.2026, 19:00

A un mois de la votation populaire «Pas de Suisse à 10 millions», proposée par l'UDC, les esprits s'échauffent. Si les sondages indiquent un soutien en diminution, les campagnes du «non» qui battent leur plein indiquent que les opposants ne vont rien lâcher jusqu'au bout.

Cette opposition est double: la droite libérale d'un côté, et la gauche de l'autre, qui fait campagne avec le slogan «l'initiative du chaos». Les deux mettent l'accent sur une possible pénurie de main-d'oeuvre, le risque d'une dénonciation des accords avec l'UE et la sécurité aux frontières.

Le vote sera serré

Le vote s'annonce serré, selon le dernier sondage en date, mandaté par la SSR et gfs.bern: 47% d'intentions de vote pour et contre. La base UDC devrait voter en bloc (plus de 95%) en faveur de cette initiative, qui vise à limiter drastiquement l'immigration pour sauver (pêle-mêle) l'accès aux logements, les soins, ou encore la nature. Ils sont soutenus par 43% des votants du PLR, ainsi que 36% de la base du Centre.

«L'explosion démographique surcharge nos infrastructures, détruit notre nature et fait augmenter les loyers»
UDC Suisse

A gauche, la proposition fait jaser. Pour le conseiller national Gerhard Andrey (Verts/FR), «réduire l'immigration pour protéger l'environnement suisse, c'est déplacer le problème ailleurs, pas le résoudre».

«C’est du pur greenwashing. La nature ne s'arrête pas aux frontières nationales»
Gerhard Andrey, conseiller national (Verts/FR)

Mais sera-t-il bien entendu par tous ses électeurs? Car du côté de la base des Verts, les faveurs envers l'initiative sont à 13% selon gfs.bern, voire même à 23%, selon un sondage mandaté par Tamedia et diffusé fin avril.

Ces quelques électeurs socialistes ou écologistes «dissidents» qui seraient tentés de voter pour ce texte risquent-ils de précipiter la Suisse dans le camp du «oui»?

Une initiative qui «prête à confusion»

Mais au fait, qui sont ces écolos qui seraient capables de glisser un «oui» en faveur de l'UDC dans les urnes? Des amoureux de la nature qui en ont assez de voir leur beau pays couler sous le béton, peut-être? Christophe Clivaz, conseiller national du Valais, un canton où le sujet est particulièrement sensible, n'a entendu personne dans son entourage lui «indiquer qu'il allait voter pour».

«C'est une initiative très maligne avec un sous-titre lié à la durabilité, qui prête volontairement à confusion»
Christophe Clivaz, conseiller national (Verts/VS)

Pourrait-on aussi voir des écologistes urbains qui crouleraient sous les loyers élevés et un accès aux soins pénible? Boris Calame, président des Vert'libéraux de la ville de Genève, ne connaît lui non plus personne qui va glisser un «oui». Et de dénoncer:

«L'UDC est dans un genre de jeu marketing»
Boris Calame, conseiller communal (Vert'libéraux/Genève)

«Mais je peux comprendre que chez des gens qui ont des difficultés d'accès au logement, comme des jeunes ou des personnes âgées, cela interpelle», nuance-t-il.

Et c'est bien ce détail qui peut faire la différence: si le fond de l'initiative de l'UDC est dénoncé, les problèmes en cascade pointés du doigt sont, eux, bien réels et leur constat fait l'objet d'un consensus au sein de la classe politique.

Une question «déjà réglée», assurent les Verts

Certains se risqueront-ils au vote d'intérêt, quitte à se boucher le nez pour glisser leur bulletin? Olivier Meuwly, historien et observateur du monde politique suisse, estime que:

«La question est légitime. Car les problèmes soulevés par l'initiative ne sont pas de ceux qu'on peut évacuer d'un revers de la main, même si la solution présentée est simpliste»
Olivier Meuwly, historien

Légitime mais aussi particulièrement sensible, tant le mélange immigration-écologie est explosif. «Traiter l'humain comme un problème écologique, ce n'est pas notre ligne», tonne Gerhard Andrey. Pour la figure des Verts, c'est simple:

«Cette question a déjà été débattue et réglée»
Gerhard Andrey, conseiller national (Verts/FR)

De quoi parle-t-on? Le Fribourgeois fait référence au congrès de Rotkreug (ZG), en août 2014, lorsqu'une frange dissidente des Verts, partisans de l'initiative «Ecopop», avait été écartée du parti après des échanges passablement tendus.

«Il y a eu un débat animé»
Gerhard Andrey, conseiller national (Verts/FR)

Ce projet, refusé par le peuple en novembre de la même année à 74%, voulait limiter strictement l'immigration pour permettre «la préservation durable des ressources naturelles». Soit pas mal de points communs avec l'initiative UDC sur laquelle nous allons voter. «Hier comme aujourd'hui, cette vision du monde ne trouve aucun écho chez les Verts», jure Gerhard Andrey.

Le vote est secret

Malgré ces déclarations fortes, y aurait-il une chance que des votants tendance «Ecopop» soient toujours présents au sein de la base? Olivier Meuwly rappelle que «le citoyen qui vote, ce n'est pas l'électorat, qui n'est pas le parti. Et le mécontentement d'une partie d'un groupe peut s'exprimer via le vote, qui est secret», analyse l'historien. «On l'a vu, par exemple, avec le vote sur l'interdiction des minarets en 2009, où une partie laïque des milieux de gauche a voté "oui".»

«En politique, les alliances se reconfigurent en permanence, y compris les plus improbables»
Olivier Meuwly, historien

Au sein des Verts, on se veut toutefois confiant. Gerhard Andrey se dit d'ailleurs sceptique sur la question des sondages, en donnant comme exemple l'acceptation de l'e-ID en septembre dernier, avec un résultat beaucoup plus serré que celui annoncé par les tendances.

«On peut s'attendre à ce que la base des Verts soit, comme pour "Ecopop", la plus fermement opposée à l'initiative UDC de tous les partis», assure Gerhard Andrey. Ilias Panchard, conseiller communal vert de la ville de Lausanne, abonde:

«Je fais le pari que plus de 90% de notre électorat votera contre»
Ilias Panchard, conseiller communal (Verts/Lausanne)

«Depuis que ces sondages ont été menés, la campagne a réellement commencé», notamment auprès de leur propre base, estime-t-il. Le Lausannois pointe plutôt du doigt le centre-droit. Car 13% de votants écologistes, qui représentent eux-mêmes environ 10% de l'électorat, ce n'est pas grand-chose. J'appelle le centre-droit à tout faire pour convaincre sa base en bonne et due forme», lance Ilias Panchard.

«Si l'initiative devait par malheur être acceptée, je doute que ce soit le 1% qui viendrait de nos rangs qui fasse la différence»
Ilias Panchard, conseiller communal (Verts/Lausanne)

Cette votation sera-t-elle une de celles où chaque pourcentage compte? Rendez-vous le 14 juin pour le découvrir.

Ce chef romand transforme des espaces en restaurant éphémère
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
1 Commentaire
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
1
Elon Musk traite cette star genevoise de «connard diabolique»
Dans un échange sur X, Elon Musk a accusé Jean-Jacques Rousseau d'avoir, idéologiquement, préparé le terrain au «wokisme» — le qualifiant de «connard diabolique». Anatomie d'une controverse autour de la grande figure historique genevoise qu'est le philosophe.
Pour Elon Musk, c'est à l'illustre philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau qu'il faut attribuer la paternité du... «wokisme».
L’article