120 chiens tués: Et si un homme toxique était à l'origine de tout?
Vu de loin, le Bodenhof, à Ramiswil (SO), paraît si idyllique. Il se trouve légèrement en hauteur au-dessus du Guldental, entouré de prairies et d’arbres. Seule une étroite route d’accès mène jusque-là. Il n’existe pas d’autres chemins, si bien que même les randonneurs ne passent pas devant.
La route s’arrête devant un portail verrouillé par un cadenas. A côté, des panneaux mettent en garde contre des chiens mordeurs et des caméras de surveillance. Ce n’est qu’alors que l’on voit que quelque chose ne va pas dans cette ferme.
En novembre dernier, le Service vétérinaire du canton de Soleure a saisi 43 chevaux ainsi que deux chèvres au Bodenhof – et fait tuer 120 chiens. Les autorités ont justifié cette mesure en expliquant que les chiens étaient livrés à l’abandon et ne pouvaient plus être sauvés.
Une benne à déchets se trouvait autrefois sur le site. Après l’évacuation de la ferme, l’entreprise de bennes est venue la récupérer. Elle a déversé les ordures sur le sol afin de ne pas devoir prendre en charge les coûts d’élimination.
La propriétaire de la ferme, Marianne B., vit désormais à l’étranger. Elle coopère avec le Ministère public et se rend dans le canton de Soleure pour les auditions.
Ce que l’on ignorait jusqu’ici, c'est que la procédure pénale pour maltraitance animale ne vise pas seulement Marianne B. mais égalment trois hommes de son entourage.
Des menaces de féminicide
Dans l’opinion publique, cette femme de 57 ans passait jusqu’ici pour quelqu’un qui a dépassé par ses animaux et avait fini par les négliger. Des recherches montrent désormais qu’elle était surtout dépassée par sa relation avec un homme. Celui-ci vivait à la ferme, alors qu’elle ne voulait plus qu’il y soit. Il la menaçait. Elle craignait pour sa vie et avait quitté la ferme début octobre.
Dans de tels cas, la police peut prononcer une interdiction de contact et de périmètre. Mais une ferme isolée comme le Bodenhof ne pouvait guère être protégée efficacement.
La situation a dégénéré lorsque Marianne B. a quitté la ferme. La quinquagénaire avait organisé la venue d’un employé qui devait s’occuper des animaux. Mais l’homme qui s’était installé dans la ferme s’en était pris à l’employé. Par la suite, plus personne ne s’était occupé de façon fiable des animaux.
Une castration chimique a échoué
Alors que plusieurs animaux avaient été castrés chimiquement, les chiens s'étaient reproduits de manière incontrôlée. Pour que les animaux d’élevage puissent être revendus, ils ont rendus temporairement incapables de se reproduire.
Le principe ressemble à une contraception hormonale. Les animaux reçoivent un implant qui libère des hormones contraceptives. C'est une vétérinaire qui avait posé les implants, mais la méthode n’a apparemment pas fonctionné.
L’état des chiens au moment de leur mise à mort est controversé. Quelques cadavres ont été examinés par la pathologie animale à Berne. Résultat, certains chiens étaient malgré tout bien nourris. Ceux-ci présentaient une couche de graisse au-dessus des côtes et n’avaient pas de parasites. Ils étaient surtout sales.
Le canton de Soleure a fait examiner par un tiers la façon dont ses autorités ont procédé avant cette abattage massif. Il annoncera des résultats pour la fin juin.
Une expertise psychiatrique a conclu que Marianne B. était responsable de ses actes et ne souffrait pas d’un trouble d’accumulation d’animaux. En raison de cette mise à mort massive des chiens, elle souffre toutefois d’un trouble de stress post-traumatique.
Marianne B. a été condamnée deux fois
Les recherches montrent en outre que la femme a été condamnée deux fois dans le canton de Fribourg, selon deux ordonnances pénales déjà entrées en force.
La première date du 8 avril 2025. Le Ministère public fribourgeois l’avait amendée pour plusieurs contraventions à la loi sur les épizooties.
Ses chevaux se trouvaient en effet dans une exploitation que le vétérinaire cantonal avait placée, en octobre 2023, sous un «séquestre de premier degré». Il s’agit d’une mesure de protection relevant de la police sanitaire des épizooties.
Les animaux ne pouvaient donc, en principe, plus quitter librement la ferme – ni y être ramenés. Des exceptions n’étaient possibles qu’avec une autorisation et pour des exploitations de destination précisément désignées.
Marianne B. ne s’était pas tenue à ces prescriptions, mais avait fait valoir qu’elle n’avait pas pu les respecter – sans succès. Elle n’avais toutefois pas contesté l’ordonnance pénale.
La deuxième ordonnance pénale date de 2023. Trois de ses chiens avaient été attachés durant une longue période au même endroit. En outre, de «nombreuses déjections» se trouvaient autour des niches.
Dans la base de données canine officielle, elle était inscrite comme détentrice. Elle a reconnu les dysfonctionnements, mais a rejeté la responsabilité: selon elle, un homme était compétent pour les chiens.
Qui porte la responsabilité?
Dans la procédure pénale actuelle également, elle attribue la responsabilité principale à cet homme. Lors des auditions, elle a toutefois aussi reconnu ses propres erreurs. Marianne B. a détenu trop de chiens à Ramiswil et a demandé de l’aide trop tard. C'est par honte qu'elle a attendu trop longtemps pour agir.
L’affaire de Ramiswil raconte aussi l’histoire d’une paysanne qui n’a pas réussi à s’imposer dans un monde d’hommes. Elle se voyait comme une entrepreneuse de start-up. Mais elle a compris trop tard que, dans ces circonstances, son exploitation allait à sa perte.
Contactée, Marianne B. n'a prend pas position quant à la procédure pénale. Les autres prévenus, auxquels la présomption d'innocence s'applique, n'ont pas répondu à nos solicitations. (adapt. dal)
