Les dépenses de la Suisse en matière de défense énervent à l'étranger
Ce fut une visite désagréable pour le ministre de la Défense Martin Pfister à Munich. Lors de la Conférence sur la sécurité, le conseiller fédéral du Centre a rencontré, ce week-end, ses homologues d’autres Etats, des hauts gradés militaires, et des critiques claires sur les dépenses suisses en matière d’armement.
La Suisse investit actuellement 0,7% de son PIB dans sa défense, un chiffre qui devrait atteindre 1% d’ici 2032. Trop peu, estiment d’autres pays européens, qui prévoient d’investir jusqu’à cinq fois plus.
Une perception de la Suisse qui se dégrade
Sa prédécesseure, Viola Amherd, avait déjà constaté que les Etats membres de l’Otan perçoivent la Suisse comme une profiteuse de l’architecture de sécurité européenne. Mais la désapprobation internationale s’exprime désormais de manière de plus en plus ouverte, indique-t-on dimanche dans l’entourage du Conseil fédéral. Les Etats baltes, en particulier, suivraient de près les discussions en cours en Suisse sur une possible modification de la loi sur le matériel de guerre.
Une alliance de gauche a lancé un référendum contre les assouplissements prévus. Pour les Etats baltes, les munitions destinées aux chars Gepard, d’origine suisse, revêtent une grande importance. Actuellement, leur transfert vers des zones de guerre est bloqué pour des raisons de neutralité.
Des solutions largement rejetées
Le fait que Pfister ait évoqué, face à la RTS, un «manque de compréhension» européen concernant les dépenses de sécurité suisses a aussi une raison interne: son projet d’augmenter la TVA au profit de l’armée rencontre une forte opposition au Parlement et dans la population. Dès qu’il s’agit de financer concrètement l’augmentation du budget, la Suisse reste profondément divisée.
En témoigne, entre autres, l’idée lancée par le conseiller aux Etats PLR lucernois Damian Müller dans le SonntagsBlick, qui propose de relever l’âge de la retraite au nom d’une «année de sécurité» destinée au réarmement.
Cependant, et les sondages le suggèrent, les nombreux scandales autour des acquisitions des F-35 notamment, ont entaché la réputation de la défense nationale, ce qui rend d’emblée impopulaires des décisions comme un relèvement de l’âge de la retraite pour subvenir à ses besoins financiers.
Vers un possible achat français
Actuellement, l’achat de systèmes Patriot américains suscite des inquiétudes. La Suisse a déjà dépensé 700 millions de francs, mais aucune date de livraison n’est en vue. Le groupe français d’armement Eurosam souhaite maintenant combler ce vide pour protéger l’espace aérien suisse, comme le rapporte la NZZ: «Si la Suisse passe commande aujourd’hui, nous pourrions livrer notre système d’ici 2029», déclare Jérome Dufour, secrétaire général de l'entreprise d'armement.
Le modèle «Mamba» d’Eurosam se distingue notamment par le fait qu’il nécessite moins de personnel pour son utilisation. Des experts attestent que ce système peut rivaliser avec les armes de défense américaines.
