
L'échec des Jeunes socialistes est dû au «syndrome de Picsou»
Les super-riches sont un peu l'ennemi parfait. Qui peut véritablement sympathiser avec des gens qui se goinfrent de caviar, arrosé de champagne, sur de luxueux yachts? Et qui adoptent un mode de vie extrêmement néfaste pour l'environnement? Quand ils le font avec leur héritage, «non mérité», c'est d'autant plus irritant, pour le commun des mortels, on est d'accord.
C'est probablement ce genre d'images que les Jeunes socialistes (JS) avaient en tête, lorsqu'ils ont lancé leur initiative «pour l'avenir», qui réclamait un impôt de 50% pour les héritages supérieurs à 50 millions de francs. A première vue, une démarche plutôt compréhensible. Pourtant, le texte des JS a essuyé un échec retentissant, lors des votations fédérales de ce dimanche.
Du côté des opposants, c'est le soulagement. Car même sans victoire, un bon score aurait constitué un signal préoccupant pour la place économique suisse et son attractivité. Les grandes fortunes peuvent-elles se sentir véritablement rassurées et à l'abri pour autant?
Durant toute la campagne, l'inquiétude était palpable, dans leurs rangs, tout comme dans ceux des milieux économiques et politiques de centre-droit — l'ampleur des moyens engagés en faveur du «non» en témoigne.
Entrepreneurs, ou «héritiers professionnels»?
Au vu des récents succès de la gauche, cette inquiétude était compréhensible. Mais, si les Jeunes socialistes ont échoué, c'est surtout à cause... d'eux-mêmes. Si leur initiative paraissait séduisante en surface, en réalité, elle manquait de fondements solides, de substance.
Les JS sont en fait tombés dans le piège du «syndrome de Picsou», ce cliché du milliardaire qui entasse son argent dans un coffre-fort géant. Il suffirait de le saisir et de le redistribuer de manière équitable pour sauver le système.
Bon, l'image n'est pas complètement un fantasme. Il existe bel et bien, en Suisse, des «héritiers professionnels», qui vivent de leurs rentes et de leurs dividendes sans travailler. Dans les meilleurs des cas, ils soutiennent, tout de même, en parallèle, des institutions culturelles et caritatives. Dans les pires scénarios, ils se vautrent dans le luxe sans rien apporter à la société.
Mais, en réalité, les super-riches de chez nous sont souvent... des entrepreneurs. Leur fortune est investie dans leur entreprise, dont l'existence aurait été mise en péril par un tel impôt sur les successions.
Une polémique contre-productive
L'un des principaux visages de l'opposition fut Peter Spuhler, le grand patron à la tête de Stadler Rail, un des fleurons de l'industrie ferroviaire suisse, qui n'hésite pas à s'installer aux commandes de ses véhicules, lors de la présentation de ses trains.
Il a donné à la campagne du non, notamment en Suisse alémanique, la crédibilité nécessaire. Les attaques polémiques des JS et de leur présidente, Mirjam Hostetmann, sont ainsi restées sans effet. Elles se sont même révélées contre-productives.
Certes, défendre des initiatives «utopiques» est souvent dans l'ADN des jeunesses des partis politiques établis. Mais, dans ce cas précis, c'est bien dommage. Car, au fond, les JS abordaient une question tout à fait légitime. Un certain nombre d'économistes seraient, en réalité, favorables à un impôt (modéré) sur les successions. Même des cercles libéraux sont favorables à ce débat – sur le plan théorique, du moins.
La question de la taxation des héritages est-elle enterrée à cause de cette campagne? Pas nécessairement, et pas ad vitam æternam. Mais l'initiative des JS a bel et bien causé des dégâts, malgré son naufrage: les initiatives portées avant tout par un sentiment d'indignation apportent rarement une contribution constructive à notre société.
Le service citoyen manquait de maturité
On peut difficilement en dire autant de l'initiative sur le Service citoyen, en revanche — qui a elle aussi essuyé un échec net. Pour d'autres raisons: elle manquait, quant à elle, simplement de maturité. Car une obligation de servir généralisée, valable aussi pour les femmes, mériterait un examen approfondi.
Sauf que les initiants, menés par l'hyperactive Noémie Roten, ont ignoré le fait que les femmes accomplissent déjà aujourd'hui énormément de travail non rémunéré — au service de leur famille et de la collectivité. Quand elle était questionnée sur le sujet, elle n'opposait à cet argument que des réponses vides et plus proches de la langue de bois.
Au final, ces deux initiatives populaires ont constitué une proie (trop) facile pour leurs adversaires. Elles ont largement mobilisé la droite et le centre-droit. A l'image du sort qu'a connu le texte sur l'abolition de la valeur locative en septembre.
Bref, la récente vague de succès de la gauche en votations se brise, observe-t-on ce dimanche. Le début d'une nouvelle tendance de fond, plus propice à la droite? La prochaine votation fédérale du 8 mars 2026 nous le dira.
