Suisse
Crans-Montana

Ce qui peut sauver les victimes brûlées à 95%

Une personne brûlée est hospitalisée en soins intensifs.
Une personne brûlée est hospitalisée en soins intensifs.Image: Gaëtan Bally / Keystone

Cette technologie pourrait tout changer pour les grands brûlés

Les grands brûlés peuvent aujourd'hui survivre, alors que leurs jours étaient comptés il y a encore 30 ans. On vous explique les progrès de la médecine en matière de traitement pour la peau.
12.01.2026, 15:0212.01.2026, 15:02
Stephanie Schnydrig, Annika Bangerter / ch media

Les médecins se battent toujours pour sauver les survivants de l'incendie catastrophique de Crans-Montana. Bon nombre des blessés ont plus de la moitié de la surface de leur corps brûlée. Cet état aurait probablement eu raison d'eux il y a encore quelques décennies.

Aujourd'hui, même pour des cas très graves (des brûlures sur 95% de la surface du corps par exemple), on observe des chances de survie d'environ 50%.

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Les trois piliers de la médecine moderne

Fort de dizaines d'années d'expérience, Clemens Schiestl connaît les souffrances et les défis que cela représente. Avant de prendre sa retraite il y a deux ans, il a longtemps dirigé le centre pour enfants brûlés et de chirurgie reconstructive à l'hôpital pédiatrique de Zurich. Il a accompagné d'innombrables patients.

«Le succès de la médecine moderne dans ce domaine repose sur trois piliers»

Le premier pilier

Il s'agit de la médecine intensive, aujourd'hui capable de maintenir dans un état stable même les personnes les plus gravement atteintes pendant des jours et des semaines.

La peau brûlée doit être retirée le plus rapidement possible afin d'éviter les tempêtes de cytokines.
La peau brûlée doit être retirée le plus rapidement possible afin d'éviter les orages cytokiniques.Image: Gaëtan Bally / Keystone

Le second pilier

La chirurgie. Clemens Schiestl explique:

«La peau brûlée déclenche une réaction inflammatoire massive»

Cela libère des toxines qui endommagent des organes vitaux, dont les poumons ou le cerveau. Dans les centres spécialisés, on retire donc souvent la peau détruite dès le deuxième ou troisième jour. De la peau synthétique ou provenant de banques de tissus sert de protection temporaire jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de peau disponible pour une greffe.

La peau provenant de banques de tissus sert de protection temporaire jusqu'à ce que suffisamment de peau autologue ait été cultivée.
La peau provenant de banques de tissus sert de protection temporaire jusqu'à ce que suffisamment de peau autologue ait été cultivée.Getty Images

Le troisième pilier

La peau en elle-même ou la tentative de la remplacer. Fondamentalement, il faut résoudre le problème qui veut que plus la surface brûlée est grande, moins il reste de peau saine pouvant servir de greffe. On utilise par conséquent la technique dite «lamellaire».

Elle consiste à découper des morceaux de quelques centimètres carrés en minuscules fragments, à les appliquer à intervalles réguliers sur les plaies ouvertes et à les laisser se souder avec le temps. Cela permet de couvrir une surface relativement grande avec peu de tissu sain. Seulement, comme l'explique Clemens Schiestl:

«Moins il y a de fragments disponibles et plus la peau doit être tendue, plus sa qualité se détériore»

Pour les patients dont plus de 75% de la peau est détruite, cette procédure demeure donc souvent insuffisante.

La norme clinique actuelle consiste donc à cultiver de l'épiderme en laboratoire. En Europe, des centres spécialisés travaillent en réseau. Ils coordonnent la production lorsque cela s'avère nécessaire. Même en cas de catastrophe comme celle de Crans-Montana, Clemens Schiestl estime que cette collaboration étroite permet d'assurer l'approvisionnement.

D'un timbre-poste à une feuille A4

Les hôpitaux suisses ont par ailleurs contacté l'Institut allemand pour le remplacement cellulaire et tissulaire (DIZG). C'est ce qu'affirme son directeur général, Jürgen Ehlers. Cet établissement aide à soigner chaque année 15 à 20 grands brûlés. Il fabrique des greffons cutanés à partir des cellules des patients.

A partir d'une à trois biopsies de peau intacte de la grandeur d'un timbre-poste, le laboratoire berlinois parvient à obtenir des greffons de la taille d'une feuille de papier. Au total, «ceux-ci représentent jusqu'à 1,5 mètre carré, soit environ les trois quarts de la surface chez l'adulte», explique l'expert. On implante ensuite les greffons chirurgicalement sur les plaies. Comme il s'agit de cellules autologues, l'organisme ne les rejette pas.

La vitesse à laquelle les cultures cellulaires se multiplient en laboratoire dépend de plusieurs facteurs, poursuit le directeur. Chez les sujets jeunes et en bonne santé, cela peut prendre trois à quatre semaines. Chez les fumeurs, les personnes âgées et les diabétiques, cela dure en général plus longtemps.

Une combinaison de méthodes

A partir de biopsies de peau autologue, le DIZG fabrique également une «peau pulvérisée», disponible en deux à trois semaines. Jürgen Ehlers indique:

«Les chirurgiens peuvent appliquer cette solution, semblable à un aérosol, sur les plaies»

Dans la pratique, cela se fait souvent en combinaison avec une greffe de peau mince. «Pour une cicatrisation nettement plus rapide, une plus grande surface de couverture et une meilleure résistance ultérieure de la peau», poursuit Jürgen Ehlers. Les deux procédures, hybride et classique, nécessitent une coordination et une logistique extrêmement précises, ajoute le directeur général.

Dans le cas des blessés graves hospitalisés en Suisse, des questions administratives supplémentaires se posent. Ce serait la première fois qu'on importerait des greffons depuis l'Allemagne. Pour le responsable berlinois:

«J'espère que ces points seront rapidement clarifiés, dans l'intérêt des patients. Le temps presse, il faut agir tout de suite.»

Des recherches prometteuses à Zurich

Si cet épiderme cultivé est vital, il n'en reste pas moins fragile. Très friable, il nécessite des opérations supplémentaires et engendre souvent des cicatrices importantes. En cause: la structure même de la peau, qui se compose de plusieurs couches. L'épiderme forme la barrière protectrice externe. En dessous se trouve le derme, qui assure la stabilité et contient les vaisseaux sanguins, les nerfs, les racines des cheveux et les glandes sudoripares. C'est lui qui confère à la peau son élasticité et sa résistance.

Depuis des années, Clemens Schiestl et son équipe travaillent à la culture d'une peau à deux couches, composée d'épiderme et de derme, intégrée dans une matrice biologique. Même si cette réplique ne possède ni cellules sudoripares ni cellules nerveuses, elle est étonnamment proche de la peau naturelle. Reste à prendre son mal en patience: en effet, sa fabrication dure cinq à six semaines. Mais,

«Si le patient survit à cette période, il améliorera alors nettement sa qualité de vie»

Cette recherche menée à l'Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich a donné naissance à une start-up: Cutiss, basée à Schlieren (ZH), et qui souhaite commercialiser sa technologie sous la marque denovoSkin. Le produit a atteint la phase finale d'essais cliniques en Suisse et dans l'Union européenne.

Parallèlement, la peau cultivée est déjà utilisée dans le cadre de programmes dits de «Compassionate Use». Ils concernent des patients grièvement atteints pour lesquels il n'existe plus d'alternative thérapeutique établie.

Une collaboratrice examine des cellules cutanées au laboratoire Cutiss à Schlieren (ZH).
Ici, une collaboratrice examine des cellules cutanées au laboratoire Cutiss à Schlieren (ZH).Image: Gaëtan Bally / Keystone

Des résultats très encourageants

Les résultats d'une étude comparant de la peau autologue bicouche de Cutiss cultivée en laboratoire à de la peau mince greffée ont été publiés récemment. Les patients ont été suivis pendant au moins douze mois.

Il en ressort que la peau artificielle se développe certes plus lentement que la peau greffée. Elle s'avère néanmoins plus élastique, moins rigide et présente un relief plus régulier au cours de la cicatrisation. Si ces tendances se confirment, cela aurait des conséquences majeures, notamment moins de cicatrices, moins de déchirures cutanées et donc probablement beaucoup moins d'opérations consécutives.

La troisième et dernière phase de l'étude clinique de Cutiss se poursuit. Elle prévoit de traiter quelque 70 patients souffrant de brûlures graves. Le recrutement est toujours en cours, à Zurich notamment. Si le personnel médical donne son feu vert, les victimes de l'accident de Crans-Montana pourraient avoir accès à la technologie Cutiss dans le cadre de cette étude.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

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