Suisse
Crans-Montana

Elle soigne les victimes de Crans-Montana et raconte

Kathrin Neuhaus est médecin-cheffe à l'hôpital pédiatrique de Zurich.
Kathrin Neuhaus est médecin-cheffe à l'hôpital pédiatrique de Zurich.

«Loin d’un retour à la normale» pour les brûlés de Crans-Montana

L'incendie du Nouvel An à Crans-Montana a fait une nouvelle victime le week-end dernier. Une médecin-cheffe de l'hôpital de Zurich explique comment les soins se déroulent, lors de cette phase encore très critique.
03.02.2026, 12:0203.02.2026, 13:30
Stephanie Schnydrig / ch media

Un mois après le drame de Crans-Montana, la vie de certaines victimes est toujours en danger. Celles-ci avaient été rapidement prises en charge le soir de l'incendie du Constellation, afin que celles présentant les blessures les plus graves puissent être transférées le plus vite possible vers des centres spécialisés, en Suisse ou à l’étranger.

La répartition s'était faite en fonction des places disponibles dans les centres pour grands brûlés, et le placement dans ces unités augmente les chances de survie, sans toutefois les garantir.

Le week-end dernier, un jeune homme de 18 ans grièvement blessé traité à l’Hôpital universitaire de Zurich, est décédé. On peut alors se demander à quel moment les grands brûlés se trouvent réellement hors de tout danger.

Kathrin Neuhaus dirige le médecin-chef de l'hôpital pour enfants de Zurich.
Kathrin Neuhaus.Image: dr

Kathrin Neuhaus est chirurgienne et médecin-cheffe à l’Hôpital pédiatrique de Zurich, et responsable du Centre pour enfants brûlés. Elle apporte son éclairage sur cette phase compliquée de la rémission et la période qui s'en suit.

A partir de quand les jeunes grièvement blessés sont-ils considérés médicalement comme hors de danger?
Kathrin Neuhaus: Concrètement, seulement lorsque toutes les plaies sont refermées, c’est-à-dire lorsque la peau lésée du patient a été entièrement remplacée par sa propre peau. Le risque d’infection diminue alors fortement et le besoin de prise en charge en soins intensifs baisse nettement. Avant cela, il existe des étapes importantes, par exemple lorsqu’une personne n’a plus besoin d’être ventilée, qu’elle est de nouveau éveillée, qu’elle se lève pour la première fois ou qu’elle peut à nouveau manger seule.

Comment vont les jeunes grièvement blessés pris en charge chez vous, à l’Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich?
Ils se trouvent actuellement à des stades très différents de leur chemin thérapeutique. Cela dépend fortement de la gravité des blessures, autrement dit de la proportion de surface du corps touchée, de la profondeur des brûlures et de la présence éventuelle de lésions supplémentaires.

«Nous avons pu renvoyer une personne chez elle la semaine dernière»

D’autres se trouvent en service de soins généraux, avec pour objectif une sortie prochaine. Et nous continuons à prendre en charge des patients en soins intensifs, qui sont toujours dans le coma et se trouvent en danger de mort.

Où en est la cicatrisation des plaies?
Chez les jeunes les plus gravement atteints, elle est encore en cours. Une partie des plaies est déjà recouverte de peau du patient, tandis que d’autres zones sont encore couvertes de peau de donneurs d’organes. Nous prélevons la peau du patient sur des régions du corps qui se pas lésées.

«Plus la surface brûlée est étendue, moins il y a de peau disponible»

Après un prélèvement, nous devons attendre deux à trois semaines avant de pouvoir prélever à nouveau de la peau au même endroit. C’est pourquoi le processus est si long et que les plaies ne peuvent être couvertes que progressivement.

Qu’en est-il des douleurs?
La perception de la douleur est très individuelle. Nous disposons de valeurs de référence sur l’intensité des douleurs associées à un type de blessure donné et nous administrons les médicaments nécessaires en conséquence, avec pour objectif que les patients souffrent le moins possible. Les patients qui sont éveillés et peuvent communiquer sont interrogés régulièrement sur leurs douleurs, et nous augmentons ou diminuons alors les antalgiques en conséquence.

Et pour celles et ceux qui ne peuvent pas s’exprimer, par exemple parce qu’ils sont dans le coma?
Dans ces cas-là, nous nous basons sur des signes cliniques. Afin de traiter leurs douleurs de manière adéquate, nous observons par exemple la fréquence cardiaque, l’agitation ou les mouvements de défense lors des soins ou des changements de position.

«Outre les douleurs, les démangeaisons représentent également un problème fréquent chez les personnes brûlées»

Dans la presse, on a pu lire qu’il y avait aussi des lésions internes chez les patients. Des transplantations d’organes sont-elles également nécessaires?
Non, il ne s’agit pas de transplantations d’organes, mais du remplacement temporaire de certaines fonctions organiques. Un exemple classique est celui des graves lésions pulmonaires dues à l’inhalation de fumées, que nous observons chez certains patients. Ceux-ci doivent alors souvent être ventilés durant une période prolongée, jusqu’à ce que les poumons se rétablissent. Il peut en aller de même pour les reins, dont la fonction, après une brûlure grave, doit parfois être remplacée temporairement par des dialyses.

Est-ce que de telles mesures augmentent les risques pour les patients?
Oui. Les grands brûlés ont besoin de nombreux cathéters, qui constituent des corps étrangers dans l’organisme. Ils sont en outre parfois ventilés artificiellement. En parallèle, la peau, qui constitue une barrière naturelle de protection, fait défaut, et le système immunitaire est affaibli.

«Tout cela augmente le risque d’infections graves, notamment de septicémies, qui représente le principal danger pour les patients durant cette phase»

Nous travaillons avec des mesures d’hygiène strictes, nous posons des pansements propres, nous opérons dans des conditions stériles et administrons bien sûr aussi des antibiotiques lorsque cela est nécessaire.

Le traitement est-il terminé pour ceux qui peuvent rentrer chez eux?
Non, absolument pas. Même les patients sortis de l’hôpital ont encore besoin d’un suivi ambulatoire étroit, par exemple en ergothérapie et en physiothérapie, ainsi que de contrôles réguliers à l’hôpital.

A quoi va ressembler le programme de rééducation pour les semaines et les mois à venir?
Pour les jeunes, cela va représenter l’un des grands défis à venir.

«Une thérapie intensive est indispensable, en particulier pour les mains, qui comportent de nombreuses articulations et qui sont centrales dans la vie quotidienne»

Les cicatrices deviennent d’abord plus épaisses et plus rigides, et il faut agir activement contre cela. Ces thérapies peuvent être douloureuses, mais elles sont plus supportables grâce à une prise en charge ciblée de la douleur. C’est important, car il ne faut pas manquer la fenêtre temporelle. C’est maintenant que l’on peut obtenir énormément de bénéfices, à savoir le meilleur résultat fonctionnel possible, grâce à une thérapie intensive.

Le jeune âge des brûlés de Crans-Montana est-il un avantage pour leur rétablissement?
Oui, surtout parce que les adolescents sont généralement en bonne santé et ne présentent pas de maladies préexistantes, comme des affections cardiovasculaires. En même temps, il s’agit d’un âge sensible, où l’apparence joue un rôle important et où l’on cherche sa place dans la société. Les jeunes sont toutefois souvent plus flexibles et mieux capables de s’adapter aux changements.

Existe-t-il des différences entre les jeunes femmes et les jeunes hommes?
Non, on ne peut pas dire cela de manière générale. Ce sont avant tout la gravité et la localisation des blessures qui sont déterminantes pour le résultat. Une blessure au visage n’est pas comparable à une blessure située sur une partie du corps comme la cuisse, qui est généralement couverte. La personnalité joue également un rôle. Les personnes sportives profitent parfois du fait qu’elles sont habituées à repousser leurs limites, ce qui peut être particulièrement utile durant la rééducation.

Quel rôle joue l’accompagnement psychologique?
Un rôle très important. De nombreuses personnes concernées devront faire face à des souvenirs, voire à des cauchemars.

«Pour les jeunes originaires de Crans-Montana ou ayant un lien étroit avec le lieu, le retour sur place pourra également être particulièrement difficile»

Le travail psychique va s'avérer essentiel. Ils recevront notamment de nos psychologues des outils pour apprendre à gérer ces émotions. L’accompagnement psychologique se poursuit au-delà du séjour à l’hôpital.

Depuis l’accident, votre équipe travaille quasiment jour et nuit. Avez-vous pu retourner à une activité normale?
Les deux premières semaines ont été extrêmement intenses, pratiquement sans interruption. Ensuite, il est devenu un peu plus facile de planifier les opérations. Nous avons par exemple essayé de ne plus opérer les week-ends, en mode urgence. Et aujourd’hui (jeudi dernier, ndlr), c’était aussi le premier jour ouvrable depuis l’accident où mon service n’a réalisé aucune opération. Cela nous a permis, pour la première fois, de rattraper une partie des nombreuses consultations reportées.

«Nous sommes toutefois encore loin d’un retour à la normale»

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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