Incendie du car postal: ce trajet n'était peut-être pas dû au hasard
Dans le drame qui lui a coûté la vie ainsi que celle de cinq autres personnes qu'il ne connaissait pas, on trouve un élément troublant. Roger K., l'auteur présumé, semble avoir préparé son acte et choisi sa route.
Le soir du 10 mars, l'auteur présumé arrive en train à Guin (FR), une ville qu'il connait. L'homme a vécu dans les environs avec sa femme, dont il a pris le nom au moment de se marier. Durant des années, le couple y a mené une vie discrète. Il a eu deux enfants, puis des petits-enfants. A cette époque, Roger K. travaillait comme chauffeur de camion et rêvait de voyages dans le Grand Nord.
Cette vie sans histoires a fini par se briser. Son mariage a échoué et, en raison d’une grave maladie musculaire, l'homme a dû abandonner son métier de chauffeur et ses rêves de voyages.
En ce mardi funeste, Roger K. se trouve en mauvais état. La veille, il était encore soigné à l’hôpital d’Aarberg (BE), probablement à cause de sa maladie chronique. Mais il a soudainement quitté l'établissement, sans le signaler. Le personnel de l'hôpital a alerté la police, qui n’a pas trouvé Roger K. Elle n'a toutefois pas décrété que ce dernier était dangereux.
L'homme est pourtant désespéré, car sur le point de perdre ses moyens de subsistance. Il vit dans un camping-car près d’Aarberg, mais ne peut plus payer les frais pour son emplacement. Il doit ainsi quitter les lieux à la fin mars.
Ces dernières années, il était isolé socialement et vivait dans un laisser-aller total. Des journalistes ont trouvé de nombreuses bouteilles d’alcool vides près de son camping-car.
L'itinéraire funeste de Robert K.
À Guin, Robert K. monte dans le car postal de la ligne 122 en direction de Chiètres. Le départ était prévu à 17h51, quai B. Il a avec lui des récipients contenant un liquide inflammable, probablement de l’essence.
C’est en général au départ de Guin que le bus est le plus rempli. En moyenne, 29 personnes y prennent place, comme le montrent les données de fréquentation de cette course donné par la Schweiz am Wochenende. Au fil du trajet sur les routes de campagne, le bus se vide progressivement et Roger K. ne passe pas encore à l'acte.
Le car postal passe par Petit-Bassens. Autre commune fribourgeoise, autre étape de sa vie. C’est là qu’il a vécu pour la dernière fois avec sa femme. En moyenne, il reste habituellement 25 personnes dans le bus à cet endroit. Aux arrêts suivants, la fréquentation diminue rapidement, mais l'homme n'exécute pas encore son geste.
À Chiètres, Roger K. pourrait prendre le train pour rentrer à Aarberg et retourner dans son camping-car délabré. Mais il attend presque l'entier du trajet du car postal pour réaliser son funeste projet.
Son but n'était pas un maximum de victimes
Ce n’est que peu avant le terminus qu’il se lève de son siège, un fauteuil rabattable situé au milieu du bus. C’est le tronçon où l’affluence est la plus faible. En moyenne, il n’y a plus que six passagers sur cette fin de parcours. Ce mardi-là, ils ne sont que sept dans le car postal. Avec eux se trouvent l’auteur présumé des faits et le chauffeur, Albino R.
Le marginal s’asperge alors du liquide inflammable et déclanche un briquet à la hauteur de sa poitrine. Passager ce jour-là, Faton Morina décrit la scène à l’hôpital à Blick:
Faton Morina fait partie des trois personnes qui ont pu s’échapper du bus, tout en étant blessés. Il raconte avoir crié:
Le conducteur arrête immédiatement le car postal sur la route. Mais le feu se propage en un instant sur le sol. Faton Morina se souvient:
Ce n’est qu’à la deuxième tentative qu’il peut ouvrir la porte du bus.
Les raisons se précisent
Le déroulement du drame, et ce trajet choisi avec soin semble donner des indications sur la manière d’interpréter l’acte horrible de Roger K. Dans la Sonntagszeitung, le psychiatre Frank Urbaniok décrit trois modèles probables pour de tels suicides spectaculaires:
- L'attentat. Quelqu’un se donne la mort dans le but de tuer le plus grand nombre possible de personnes.
- Le suicide élargi. Quelqu’un veut mourir et entraîne d’autres personnes avec lui, par exemple des membres de sa famille, soit pour se venger d’eux, soit pour ne pas les laisser seuls.
- Le suicide spectaculaire. Quelqu’un met fin à ses jours en acceptant que d’autres meurent. Mais ce n’est pas son objectif premier de les tuer. Il veut avant tout marquer les esprits.
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Selon l’état actuel de l'enquête, le premier modèle est rejeté. Si Roger K. avait voulu tuer le plus de personnes possible, il aurait sans doute agi plus tôt, alors que le bus était encore rempli. Ou alors, il serait resté dans le bus à Chiètres, là où, à la gare, en moyenne onze passagers montent habituellement dans le car postal.
Cette semaine, la police cantonale de Fribourg a malgré tout employé le terme de «suicide élargi». Reinhard Haller déclarait pourtant pour CH Media (éditeur de watson):
Le criminologue supposait qu'«une expérience délirante, des hallucinations, peut-être des voix intérieures» l'avaient poussé à l'acte, mais qu'en aucun cas il cherchait à «délivrer» d'autres personnes de leurs souffrances.
Rien n’indique également que Roger K. connaissait une personne dans le bus. Peut-être n’a-t-il même pas prêté attention aux autres passagers, plongé dans son monde de pensées confuses.
Frank Urbaniok, lui, a plutôt catégorisé ce cas comme un suicide spectaculaire. Roger K. aurait peut-être voulu non pas mourir en silence, mais envoyer un signal public. Un incident survenu il y a sept ans pourrait aussi aller dans ce sens.
À l’époque, l'auteur présumé s’était retranché dans un bâtiment de la SRF à Berne et avait menacé de s’en prendre à lui-même, comme l’a rapporté Blick. La police l’avait alors maîtrisé et les secours l’avaient conduit à l’hôpital.
