Moyen-Orient: l'essence va-t-elle dépasser 2 francs le litre en Suisse?
Donald Trump, qui se présente lui-même comme un «président de la paix», a entraîné son pays dans une guerre contre l’Iran. Le conflit a déjà coûté la vie à de nombreux innocents. Cette guerre aura aussi des conséquences financières, y compris en Suisse.
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Déjà nettement plus élevé qu’avant le début des hostilités, le prix mondial du pétrole pourrait encore fortement augmenter. En Suisse, cette évolution se répercute sur les prix de l’essence ou du mazout. Porte-parole d’Avenergy Suisse, l’association des importateurs suisses de produits pétroliers, Ueli Bamert, explique:
En règle générale, les stations-service répercutent ces hausses du prix du baril sur les clients au bout de trois jours, explique dans Le Nouvelliste le spécialiste de l’énergie Laurent Horvath.
Selon les chiffres du TCS, un litre de sans plomb 95 coûtait récemment 1,74 franc, et selon Keystone-ATS, il est déjà à 1,89 franc dans certaines stations genevoises.
Si l’escalade en Iran venait à se poursuivre, ce chiffre devrait encore augmenter dans les prochains jours. Le prix remontera-t-il nettement au-dessus de 2 francs, comme après la guerre en Ukraine?
Tout dépendra de l’ampleur et de la durée des perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Actuellement, beaucoup moins de navires y passent qu’avant le début de la guerre, jusqu’à 80% de moins par moments. L’agence de presse Bloomberg titrait ainsi:
Ces perturbations ont des conséquences sur le prix du pétrole. Au début de l’année, celui-ci se situait encore à 60 dollars le baril. Vers la fin de cette semaine, il approchait déjà les 90 dollars. Si cette paralysie dans le détroit d’Ormuz devait durer encore cinq semaines, le prix du pétrole augmenterait encore nettement, selon la banque d’investissement Goldman Sachs.
Un baril de Brent pourrait atteindre le seuil psychologique des 100 dollars. Dans le Financial Times, le ministre qatari de l’énergie Saad al-Kaabi a même mis en garde contre des prix de 150 dollars le baril d’ici deux à trois semaines. Selon Saad al-Kaabi, cela «mettrait les économies du monde entier à genoux».
La Suisse pourra peut-être souffler
Actuellement, , selon le fournisseur de stations-service Volenergy, les coûts de transport en Suisse sont stables. L’essence suisse arrive dans le pays par le Rhin. Lorsque le fleuve manque d’eau, les navires doivent charger moins de marchandises et les coûts de transport augmentent.
La Suisse en a fait l’expérience durant l’été 2022, lorsqu’une forte sécheresse avait fortement limité la navigation sur le Rhin. Comme la guerre d’agression menée par Vladimir Poutine faisait en parallèle grimper les prix du pétrole, les prix de l’essence avaient alors nettement augmenté.
La force du franc permettra également de soulager l'économie suisse. Le pétrole brut étant négocié en dollars, l’affaiblissement de la monnaie américaine pourrait contribuer à des prix plus bas à la pompe.
Mais l’élément décisif reste ce qu'il se passe dans le détroit d’Ormuz. Ce dernier est le goulet d’étranglement par lequel une grande partie du pétrole extrait au Moyen-Orient arrive sur le marché mondial. L’Arabie saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak, tous ces grands pays producteurs, exportent la majeure partie de leur pétrole par Ormuz. Au total, les volumes transportés par ce passage couvrent environ 20% de la consommation mondiale de pétrole.
Ormuz reste crucial
Les possibilités pour le contourner sont très limitées. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent certes de pipelines terrestres, mais leurs capacités sont limitées à 5,5 millions de barils par jour. À titre de comparaison, environ 20 millions de barils transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz.
Et il est relativement simple d’empêcher les passages. À son point le plus étroit, le détroit ne mesure que 54 kilomètres de large. Les plus grands pétroliers, les supertankers, ne peuvent parfois navigueur dans un corridor d’à peine quatre kilomètres de largeur.
En bloquant autant que possible le détroit d’Ormuz, l’Iran cherche à contraindre Donald Trump à faire marche arrière. Un prix du pétrole élevé nuit à de larges pans de l’économie américaine, fait grimper les prix de l’essence aux États-Unis et mécontente ainsi les électeurs de Donald Trump. Donald Trump a donc annoncé vouloir rouvrir le détroit. Les États-Unis feraient escorter les pétroliers par leur marine et leur offriraient en outre une assurance à bas prix.
Mais une reprise à grande échelle du trafic maritime reste peu probable. Selon le Financial Times et les assurances seraient extrêmement coûteuses et le danger pour les vies humaines demeure. Jeudi, les gardiens de la révolution iraniens ont notamment annoncé avoir touché un pétrolier dans le golfe Persique avec des missiles.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
