Cette bataille des missiles qui inquiète les stratèges
Même au sixième jour de guerre, la direction iranienne affiche un ton combatif et poursuit ses attaques. Jeudi, des missiles et des drones ont notamment visé la Turquie, un membre de l’Otan, ainsi que l’Azerbaïdjan. La capitale du Qatar, Doha, a elle aussi été secouée par de nouvelles explosions.
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La guerre avec l’Iran se transforme ainsi peu à peu en épreuve d’endurance. Combien de temps le régime iranien peut-il maintenir ses attaques? A quel moment Israël et les Etats du Golfe manqueront-ils de missiles de défense? Et à quelle vitesse Israël et les Etats-Unis parviendront-ils à neutraliser complètement le programme de missiles de l’Iran?
Il n’existe pas de chiffres précis sur les stocks de munitions. Israël estime que, avant le début de la guerre, l’Iran disposait d’environ 2500 missiles balistiques capables d’atteindre Israël et les bases américaines dans la région.
A cela s’ajoutent des missiles de courte portée et des drones Shaheed rudimentaires. Depuis le début de la guerre, environ 500 missiles et 2000 drones ont été tirés par l’Iran, selon l’armée américaine. D’autres ont été détruits lors de frappes aériennes.
L’historien militaire israélien Danny Orbach explique:
Les plateformes de tir mobiles, souvent transportées sur des camions, sont délibérément prises pour cible.
Selon le chef d’état-major américain Dan Caine, cette stratégie porte ses fruits. Depuis le début de la guerre, les tirs de missiles balistiques ont reculé de 86%, et les lancements de drones de 73%.
L’institut israélien INSS fait état d’une évolution similaire. Au deuxième jour de la guerre, 62 missiles avaient été tirés contre Israël, tandis que jeudi, à l'heure de publier cet article, seuls 3 l’avaient été.
Les munitions de défense se font plus rares
De l’autre côté, il y a les capacités d’interception d'Israël, des Etats-Unis et des Etats du Golfe. Pour sa défense antimissile, le Qatar ne disposerait plus que de munitions pour quelques jours, selon Bloomberg. Le gouvernement qatari conteste cette information, mais CNN a rapporté que Doha avait adressé aux Etats-Unis une demande urgente de réapprovisionnement.
Mercredi, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a déclaré que l’Iran pouvait produire 100 missiles par mois, contre «six ou sept missiles d’interception qui peuvent être fabriqués chaque mois».
Selon le Financial Times, le Pentagone a demandé à l’Ukraine de fournir les drones d’interception Sting, spécialement développés pour venir à bout des essaims de drones Shahed iraniens.
Lors de la guerre de douze jours en juin dernier, dans les derniers jours du conflit, Israël avait déjà dû employer sa défense antimissile avec davantage de parcimonie. Danny Orbach estime qu’Israël utilise déjà ses réserves avec plus de retenue depuis le début de cette guerre.
Même les USA doivent économiser leurs missiles
Mais les munitions offensives des forces armées américaines ne sont pas non plus illimitées. Selon un article du New York Times, un grand nombre de missiles de précision à longue portée auraient été «brûlés» au cours des premiers jours de la guerre.
L’ancien secrétaire de l’US Air Force, Frank Kendall, a expliqué au journal qu’un recours trop intensif à ces systèmes d’armes rares pourrait nuire aux intérêts américains «dans d’autres domaines», notamment face à la Chine et à la Russie.
Si le régime iranien parvenait à survivre aux premières frappes américaines, le temps pourrait jouer en faveur de Téhéran. Selon des documents russes divulgués, le régime peut produire chaque mois environ 5000 drones kamikazes fabriqués dans de petites structures.
Leur coût unitaire se situe entre 20 000 et 50 000 dollars, tandis qu’un missile de croisière coûte plusieurs millions de dollars. L’expert militaire allemand évoque une surcharge des systèmes de défense.
Un succès uniquement contre les rampes de lancement pourrait se révéler trompeur, si la production de missiles, en partie souterraine, restait intacte. Si le régime iranien ne cède pas, il est donc difficile d’anticiper à quoi pourrait ressembler une victoire des alliés.
