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«La capacité de défense de l'armée est importante pour les Suisses»

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Deux facteurs qui influencent le sentiment de sécurité des Suisses: Donald Trump et le rapprochement avec l'Otan.Image: keystone
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«La capacité de défense de l'armée est très importante pour les Suisses»

Malgré les conflits en Ukraine et à Gaza, les Suisses se sentent en sécurité, mais le pessimisme envers la situation mondiale est élevé. C'est ce que montre l'étude Sécurité 2024 par l'EPF de Zurich.
29.03.2024, 18:45
Ralph Steiner
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Malgré les guerres en Ukraine et à Gaza, la population suisse se sent en sécurité. En ce qui concerne la situation politique mondiale, le pessimisme n'a toutefois jamais été aussi élevé. C'est ce que montre l'étude Sécurité 2024 publiée mardi par l'Académie militaire et le Center for Security Studies de l'EPF de Zurich. Entretien avec Tibor Szvircsev Tresch qui enseigne la sociologie militaire à l'Académie militaire de l'EPF de Zurich depuis août 2008.

Votre étude montre que le sentiment général de sécurité de la population suisse est très élevé: plus de 90% des gens se sentent en sécurité. Comment cela s'explique-t-il dans le contexte des guerres en Ukraine et à Gaza?
Tibor Szvircsev Tresch: La confiance dans les institutions suisses est grande. On sait que les choses fonctionnent dans notre pays. Les gens peuvent sortir, ils peuvent consommer.

Mais?
Nous avons également interrogé les participants au sondage sur différentes tâches de l'armée, dont l'une était le soutien aux gardes-frontières en cas de forte arrivée de réfugiés. 63% sont d'avis qu'à l'avenir, il sera plus important que l'armée suisse soutienne les gardes-frontières en cas de grands flux de réfugiés. La population suisse craint donc tout de même, dans une certaine mesure, que ce qui se passe à l'extérieur du pays ne déborde en Suisse.

Le fait que les conflits géopolitiques actuels, comme la guerre en Ukraine ou à Gaza, se déroulent dans des pays qui ne sont pas directement limitrophes de la Suisse joue-t-il un rôle?
Oui, cela joue un grand rôle. Nous l'avons déjà vu en 2015, lorsque l'Europe a été submergée par une vague de terrorisme, lorsqu'il y a eu des attentats à Paris ou à Berlin par exemple. On l'a vu à l'époque: plus un conflit ou un attentat terroriste est proche, plus son impact sur le sentiment de sécurité est grand.

«Et si l'on compare la guerre en Ukraine avec le conflit en Afghanistan, la Russie est à nouveau davantage perçue comme une menace»

Mais cette attitude évolue également. Après plus de deux ans de guerre, on constate un certain effet d'usure ou de refoulement. Le monde évolue très vite.

Tibor Szvircsev Tresch.
Tibor Szvircsev Tresch.keystone
A propos de Tibor Szvircsev Tresch
Tibor Szvircsev Tresch enseigne la sociologie militaire à l'Académie militaire de l'EPF de Zurich depuis août 2008. Depuis 2008, Szvircsev Tresch est l'éditeur de la série d'études annuelle Sécurité, publiée conjointement par l'Académie militaire (MILAK) et le Center for Security Studies de l'EPFZ.

Cette évolution rapide s'est-elle intensifiée ou était-elle déjà présente par le passé?
Nous observons ce rythme de changement effréné depuis longtemps. L'approbation du rapprochement avec l'Otan l'illustre bien. Chaque fois qu'il y a eu des conflits virulents, par exemple en Bosnie ou au Kosovo dans les années 1990, le peuple suisse avait tendance à plus approuver d'un rapprochement avec l'Otan. Lorsque les guerres ou les conflits ont diminué, l'opinion a également changé.

Vos résultats montrent également que la population suisse est plus critique que jamais à l'égard de notre neutralité.
La guerre en Ukraine explique certainement cela – la Russie a par exemple clairement déclaré que la Suisse n'était plus considérée comme un pays neutre parce qu'elle avait soutenu les sanctions de l'UE. En revanche, il s'avère que les personnes qui soutiennent les sanctions à l'encontre de la Russie sont également plus critiques à l'égard du maintien de la neutralité.

Vous avez posé des questions très différenciées sur les tâches de l'armée. Pourquoi?
En août de l'année dernière, le chef de l'armée a publié son «livre noir», dans lequel il était question du niveau d'ambition de l'armée pour la défense nationale. Nous voulions connaître l'opinion de la population sur l'armée. Les chiffres montrent que la capacité de défense de l'armée est très importante pour les Suisses. Sur une échelle à 10, elle atteint 9 points. Mais d'autres tâches sont également très pertinentes, comme la prévention du terrorisme, la défense contre les cyberattaques, la sauvegarde de la souveraineté aérienne ou le soutien aux gardes-frontières en cas de flux de réfugiés.

L'image de l'armée a-t-elle évolué au sein de la population?
Oui, et la Suisse n'est pas une exception. De manière générale, l'éventail des tâches des armées européennes s'est élargi. Auparavant, il s'agissait très classiquement de défense, puis d'autres tâches sont venues s'y ajouter. D'une part, les coopérations militaires multinationales, par exemple dans le cadre de missions de l'ONU ou de l'Otan. Et des missions subsidiaires à l'intérieur du pays, notamment la défense contre les attentats terroristes, qui ont augmenté par le passé.

Votre étude montre que les gens n'ont jamais été aussi pessimistes en ce qui concerne la situation politique mondiale. Est-ce dû aux guerres en Ukraine et à Gaza?
Nous ne pouvons pas établir de lien de cause à effet. Nous utilisons toutefois le terme de «multicrises» et je pense que cela correspond assez bien à la situation. Pour une partie de la population, le pessimisme croissant est peut-être lié au fait que Donald Trump pourrait redevenir président des Etats-Unis, pour d'autres, ce sont les guerres en Ukraine ou à Gaza qui sont déterminantes. D'autres encore sont préoccupés par les relations entre la Chine et Taïwan. Le pessimisme est alimenté par toute une série de situations délicates dans le monde.

La science n'a sans doute jamais été autant sous les feux de l'actualité que pendant la pandémie de Covid, et elle a aussi souvent été critiquée. Pourtant, de toutes les institutions publiques, les personnes interrogées ont déclaré faire le plus confiance à la science. Comment expliquez-vous cela?
Ce qui est intéressant, c'est que la confiance dans la science est restée élevée même pendant la pandémie de Covid. C'était une minorité qui se montrait critique envers la science. La majorité considérait la science de manière différenciée et pas seulement en ce qui concerne le coronavirus.

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En revanche, la confiance dans le Conseil fédéral et le Parlement a baissé de manière significative. Quelles en sont les raisons possibles?
Nous attribuons ce phénomène aux élections parlementaires et fédérales de l'année dernière. Lorsque de nouvelles personnes entrent en fonction, les électeurs ne savent pas exactement à quoi s'attendre. Mais il faut souligner que, malgré le recul, la confiance dans ces deux institutions est toujours élevée, comme pour toutes les autres institutions que nous avons interrogées. C'est justement la fameuse stabilité suisse si souvent citée.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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