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La Suisse risque-t-elle une crise énergétique? Rösti répond

La Suisse risque-t-elle une crise énergétique? Albert Rösti répond.
Pour le conseiller fédéral, les centrales nucléaires ont à nouveau le vent en poupe en Europe.Image: Keystone, montage watson

La Suisse risque-t-elle une crise énergétique? Albert Rösti répond

Albert Rösti, conseiller fédéral en charge de l'énergie, évoque l'Iran, l'ouverture d'installations de stockage de pétrole obligatoires et présente une proposition controversée concernant l'énergie nucléaire.
12.03.2026, 18:4612.03.2026, 18:46
Benjamin Rosch / ch media

Mardi, le conseiller fédéral chargé de l'énergie, Albert Rösti, s'est rendu à Paris pour le Sommet mondial pour l'énergie nucléaire. Accueilli par le président français Emmanuel Macron, l'événement a été l'occasion de manifester un retour en grâce du nucléaire en Europe.

Ce voyage intervient alors que mercredi en Suisse, le Conseil des Etats a pris une décision historique, celle de relancer le nucléaire en adoptant le contre-projet du Conseil fédéral face à l'initiative «Stop au black-out».

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Avec la guerre en Iran et une possible crise énergétique qui pourrait toucher le pays, Albert Rösti reste un hardant défenseur du nucléaire. Interview.

La guerre en Iran dure depuis plus d’une semaine et le prix du pétrole s’est envolé. Sommes-nous au début d’une nouvelle crise?
Albert Rösti: Pour l’instant, heureusement, nous ne sommes pas confrontés directement à une crise énergétique. Les pays disposent de ressources, notamment pour le pétrole, et disposent de bonnes capacités de stockage.

Et si la guerre se prolongeait?
Si le scénario où le conflit durerait des mois venaient à se confirmer et où, par exemple, le détroit d’Ormuz serait bloqué, nous devrions alors réagir de manière stratégique. Il serait particulièrement impératif pour les pays de remplir les stocks de gaz d'ici l’automne.

En Suisse également?

«Actuellement, la Suisse n’est pas directement touchée»

D’autres pays font face à des défis plus importants et discutent déjà de l’accès à leurs réserves stratégiques. En Suisse, nous en sommes encore loin, mais nous observons la situation de près. Il existe des scénarios allant de quelques semaines à un semestre, voire plus. Il faudra donc nous assurer de l’origine du pétrole et de la manière dont les stocks seront remplis.

Que prévoyez-vous en cas de crise?
Une structure de gestion de crise est en place depuis l'hiver 2022/23. Les chefs d’office et les spécialistes travaillent ensemble sur le plan opérationnel. Sur le plan stratégique, Guy Parmelin et moi coordonnons les discussions avec de grandes entreprises énergétiques comme Axpo, Alpiq et BKW, ainsi qu’avec les cantons, les communes et les villes.

Qui participe à cette structure?
L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays est responsable de l’approvisionnement économique du pays, tandis que l’Office fédéral de l’énergie, du cadre politique. Cette interface exige une coordination étroite. Aucune date fixe n’est encore prévue pour une séance, mais cela devrait se produire dans les prochains jours.

Mardi, vous étiez à Paris pour le Sommet mondial pour l'énergie nucléaire. Le conflit avec l’Iran a également été évoqué. Qu'en avez-vous retiré?
Ce qui m’a surpris là-bas, c’est la clarté avec laquelle l’importance stratégique de l’énergie nucléaire a été évoquée, alors que le monde est incertain au niveau géopolitique.

«La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par exemple déclaré que la sortie du nucléaire avait été une erreur pour l’Europe»

Il existe désormais un consensus, des Etats-Unis à l’Italie, voire même en Grèce, pour dire que l’énergie nucléaire n'est pas anecdotique, mais constitue une base stratégique pour la prospérité et des tarifs stables de l’électricité. La vigueur des propos était impressionnante.

Mercredi, vous avez du regarder le Parlement avec satisfaction. Le Conseil des Etats a à nouveau autorisé la construction de nouvelles centrales.
L'important est de comprendre qu'il ne s'agit pas d'opposer les énergies renouvelables et le nucléaire, mais d'adopter une approche globale. Le développement des énergies renouvelables doit être renforcé. La loi sur l'électricité garantit la sécurité des investissements dans ce domaine jusqu'en 2035.

Faut-il à tout prix maintenir le nucléaire?
Si nous constatons d'ici quelques années que le développement des énergies renouvelables s'avère insuffisant, nous devrons maintenir l'option nucléaire. C'est un choix stratégique. Il faut se demander si la Suisse souhaite participer activement au marché européen de l'énergie ou devenir plus dépendante des importations.

Des critiques affirment que le débat sur l’énergie nucléaire démotive les investissements pour les énergies renouvelables. Qu’en pensez-vous?
Je ne partage pas cette logique.

«Les conditions d’investissement pour le solaire, l’éolien et l’hydraulique sont clairement définies par la loi sur l’électricité. Celui qui investit aujourd’hui le fait sur la base des conditions-cadres en vigueur, et non à cause d’un débat politique sur l’énergie nucléaire»

Si cette discussion avait réellement un effet dissuasif, on aurait dû observer un fort développement ces dernières années, ce qui n’a pas été le cas.

Est-il légitime de remettre l’énergie nucléaire en discussion alors que le peuple a décidé en 2017 d’en sortir?
En 2017, la décision avait été prise sous certaines conditions-cadres. Je respecte cette décision. Mais depuis, le monde a changé d’une manière qui n’était pas prévisible. Deux crises énergétiques en peu de temps, des tensions géopolitiques inattendues, de nouvelles réflexions stratégiques. Il ne s’agit pas de dire que le peuple s’est trompé. Il s’agit de tenir compte des nouvelles évolutions.

La population sera-t-elle d'accord?
Dans le monde entier, on observe un changement de perspective, y compris dans des pays qui avaient auparavant renoncé au développement du nucléaire. Ma tâche est de mener ce débat. Si la population et le Parlement disent non malgré ces arguments, il faudra l’accepter. Mais, au vu de la situation, nous devrions clairement décider de garder l’option nucléaire. Celle-ci pourra s'avérer déterminante pour préserver à long terme notre prospérité, notre indépendance et notre souveraineté.

La France dispose d’un parc de centrales nucléaires vieillissant et a besoin d’argent pour le renouveler. Des entreprises suisses pourraient-elles jouer un rôle dans ce processus?

«Avec 42 lignes transfrontalières, la Suisse est étroitement intégrée au système électrique européen. Mais pour le financement, nous devons d’abord considérer nos propres systèmes»

Il s’agit en premier lieu de l’exploitation à long terme des installations existantes, comme à Leibstadt (AG) et Gösgen (SO). La centrale de Beznau (AG) sera, comme on le sait, mise hors service plus tôt. Le rapport sur l’exploitation à long terme présentera les conditions dans lesquelles une poursuite de l’exploitation est possible.

Le financement constituera également un enjeu majeur.
Oui, surtout pour les nouvelles constructions. Un modèle possible serait une prime de marché variable. L’Etat garantit un certain coût. Si le prix du marché est inférieur, il compense la différence. S’il est supérieur, l’entreprise verse de l’argent dans un fonds. Nous connaissons déjà ce modèle pour les énergies renouvelables, par exemple pour l’hydraulique.

Comment cela sera-t-il financé?
Pour l’instant, il n'est pas question de modèles de financement mais de décider s’il doit être possible ou non de construire des centrales nucléaires en Suisse. C’est une option pour la sécurité à long terme.

Que se passera-t-il si le Conseil national rejette le contre-projet du Conseil fédéral face à l’initiative «Stop Blackout». Vous vous retrouveriez alors dans une impasse.
Rien n’est certain. Mais j’ai du mal à imaginer que le Conseil national rejette simplement une décision claire du Conseil des Etats.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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