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Initiative SSR: «Les électeurs ont choisi le statu quo»

Le net refus de l’initiative sur la SSR montre que la population soutient le service public.
Le net refus de l’initiative sur la SSR montre que la population soutient le service public.Image: montage watson

Voici la vraie leçon politique de la votation sur la SSR

Après le rejet de l’initiative sur la SSR, un politologue estime que les électeurs ont surtout choisi la stabilité et le scénario du Conseil fédéral.
09.03.2026, 12:2309.03.2026, 12:23
Kilian Marti
Kilian Marti

Après le net rejet de l’initiative visant à réduire la redevance radio-TV, le débat autour de la SSR se poursuit. Des politiciens de gauche contestent désormais la baisse à 300 francs décidée par le Conseil fédéral. Une démarche délicate et discutable, estime le politologue Oliver Strijbis.

L’initiative sur la SSR a été nettement rejetée. Que signifie ce résultat?
Oliver Strijbis:
Cela montre avant tout une chose: la droite politique en Suisse est conservatrice, mais pas hostile à l’Etat. La population soutient des institutions comme la SSR ou la Poste. Et l’UDC a beaucoup de mal à rassembler des majorités en dehors de ses thèmes centraux, la migration et l’Europe.

Dans quelle mesure la baisse à 300 francs décidée par le Conseil fédéral par voie d’ordonnance a-t-elle, selon vous, contribué au rejet de l’initiative SSR – selon la logique: de toute façon, on économise déjà?
Je ne pense pas que cette baisse ait joué un rôle déterminant dans le refus. Plutôt le contraire, en réalité:

«Le Conseil fédéral et les opposants à l’initiative se sont retrouvés inutilement sur la défensive pendant la campagne»

J’ai été surpris de voir à quel point le camp du non a souvent avancé l’argument selon lequel des coupes étaient déjà prévues.

Professor für Politikwissenschaft Oliver Strijbis
Selon le politologue Oliver Strijbis, la population ne veut payer ni plus, ni moins pour la SSR.Image: zvg/Flurin Bertschinger

Pourquoi cette surprise?
Parce qu’ils se sont ainsi laissé acculer dans un coin, au lieu de défendre de manière offensive l’idée que la SSR fait partie de l’identité nationale et que, précisément pour cette raison, elle ne devrait pas être réduite. A certains moments, on avait l’impression que l’initiative avait une réelle chance d’aboutir – ce qui, en règle générale, aide plutôt les initiants.

KEYPIX - Die Nationalraetinnen und Nationalraete, von links, Michael Toengi, GP-LU, Jacqueline Badran, SP-ZH, Juerg Grossen, GLP-BE, Florence Brenzikofer, GP-BL, Priska Wismer-Felder, Mitte-LU, und De ...
Les vainqueurs du week-end: le comité opposé à l’initiative sur la SSR.Image: keystone

La conseillère nationale Jacqueline Badran (PS/ZH) conteste que la baisse à 300 francs décidée par Albert Rösti ait été déterminante pour le rejet de l’initiative. Selon elle, 35 francs par an de plus sont au final insignifiants pour les électeurs.
Je serais plutôt d’accord avec cela. Mais il faut aussi dire que l'initiative a été très nettement refusée. Les détails de la stratégie de campagne ne sont donc plus si déterminants après coup.

«Le résultat est clair et net»

Peut-on conclure que la population ne soutient pas non plus l'abaissement à 300 francs, comme l’affirme l’Operation Libero?
Non, on ne peut pas affirmer cela, ce serait de la spéculation. Peut-être que des enquêtes post-votation apporteront des indications. Mais on ne peut pas tirer cette conclusion sur la base du résultat uniquement.

Des politiciens, comme le conseiller national et ancien collaborateur de la SRF Ueli Schmezer (PS/BE) s’attaquent désormais à l’ordonnance fixant la redevance à 300 francs. Y a-t-il encore une marge de manœuvre?
Il s’agit d’une ordonnance du Conseil fédéral. Tant qu’il n’y a pas de modification de la loi, cela relève en principe de la compétence de l’exécutif. Le Parlement peut tenter de fixer, par la voie législative, des conditions-cadres qui empêcheraient ou corrigeraient une telle ordonnance. Mais il ne peut pas intervenir directement.

La gauche estime que la baisse de la redevance à 300 francs est politiquement et juridiquement discutable: on ne peut pas d’abord réduire la redevance et adapter seulement ensuite le mandat de prestations ou la loi. Ueli Schmezer doute aussi que la base légale soit suffisante.
Je ne pense pas que cela débouchera sur un grand bras de fer juridique. Par ailleurs, avant la votation, une situation a été présentée à la population, et c’est dans ce contexte qu’elle a pris sa décision. Je trouverais problématique de modifier cette situation immédiatement après le dimanche de votation. Les électeurs doivent pouvoir se fier aux indications du Conseil fédéral.

Pour Thomas Matter, conseiller national UDC, une attaque contre l’ordonnance des 300 francs serait «antidémocratique». Selon lui, si l’on revenait sur cette somme, il faudrait refaire toute la votation en raison de conditions faussées. Partagez-vous cet avis?
C'est un point sensible, je le lui accorde volontiers. Les électeurs s’attendaient à ce que la redevance passe à 300 francs.

«Si l’on remet ce fait en question immédiatement après la votation, on peut effectivement se demander si c’est loyal»

La culture politique suisse repose largement sur la fiabilité des engagements réciproques. Il ne faudrait pas l’entamer à la légère.

L’Operation Libero (mouvement politique suisse libéral et pro-européen) demande désormais d’augmenter le budget de la SSR proportionnellement à celui de l’armée. Quelles sont, selon vous, les chances d’une telle idée après le résultat de la votation?
Je pense que c’est une interprétation excessive. Les électeurs ont choisi le statu quo, c’est-à-dire le scénario du Conseil fédéral avec une redevance à 300 francs – et non un changement dans un sens ou dans l’autre. Une proposition visant à augmenter la redevance n’aurait probablement aucune chance auprès de la population.

Le non à l’initiative pourrait-il finalement relancer le débat sur la SSR?
Je ne pense pas. Avec l’initiative No Billag, puis maintenant l’initiative de réduction de la redevance, l’UDC a essuyé deux défaites claires sur ce terrain. Elle devrait plutôt se concentrer à nouveau sur d’autres thèmes plutôt que de risquer une troisième défaite. Et la gauche n’aurait guère plus de succès avec des revendications visant à étendre le service public ou à augmenter la redevance – probablement même pas au Parlement. Aucun des deux camps ne pourra imposer rapidement un changement de cap majeur.

Quelle est, selon vous, la principale leçon de ce dimanche de votation pour les années à venir?
On voit une fois de plus à quel point la SSR bénéficie d’une grande crédibilité en Suisse. Dans le contexte de la crise persistante des médias privés, son rôle restera très important. La SSR contribue à maintenir en Suisse un dialogue public constructif et une formation de l’opinion moins polarisée que dans des pays où le système médiatique est beaucoup plus privatisé – comme aux Etats-Unis.

(adapt. tam)

Êtes-vous du genre à regarder le téléphone des autres?
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Votre facture radio-TV va baisser lentement jusqu’en 2029
Malgré le rejet de l’initiative visant à la réduire à 200 francs, la redevance radio-TV diminuera progressivement pour atteindre 300 francs par an d’ici 2029, conformément à un projet déjà décidé par le Conseil fédéral.
Même si l'initiative SSR a été refusée dans les urnes dimanche, la redevance radio-TV diminuera ces prochaines années. Le Conseil fédéral a déjà décidé de l'abaisser à 300 francs par an pour les ménages privés d'ici 2029. Un allègement est aussi prévu pour les entreprises.
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