Rima Hassan révèle une fracture au sein du PS suisse
La militante franco-palestinienne Rima Hassan était au Palais fédéral, ce lundi matin, à l'invitation du groupe d'amitié parlementaire Suisse-Palestine et de son président, Carlo Sommaruga (PS/GE). Sa venue, prévue la semaine dernière, a finalement eu lieu pour elle, après un voyage express au Liban.
Des invités étaient présents, parmi lesquels des membres suisses de la dernière flottille pour Gaza. Rémy Pagani, qui avait participé à «l'édition 2025» en compagnie, justement, de Rima Hassan.
Sept élus ont fait le détour, nous indique Carlo Sommaruga, tous de gauche. Le conseiller national genevois Christian Dandrès était l'un d'eux. «Les témoignages de la flottille et les discussions qui ont suivi étaient intéressants», indique-t-il. La rencontre a duré une heure et Rima Hassan n'a pris la parole que partiellement.
Si Christian Dandrès et plusieurs de ses collègues romands ont apprécié la rencontre, ce n'était pas le cas de l'autre côté de la Sarine. «Aucun parlementaire socialiste alémanique n'était présent», indique-t-il. Seule une élue verte zurichoise aura pu se targuer de représenter la gauche alémanique. Au vu des rapports de force au Parlement, ce n'est pas beaucoup. Carlo Sommaruga l'explique ainsi:
Un «Rima-graben» au sein du PS
Mais cela ne semble pas être la seule raison. Gabriela Suter, socialiste argovienne, n'avait de toute façon pas prévu de s'y rendre. Elle s'explique ainsi: «Le Hamas est interdit en Suisse et même si j'accorde une grande importante à la liberté d'expression...»
On aurait pu penser que les positions controversées de Rima Hassan n'étaient connues qu'en France, mais non. Gabriela Suter n'est, d'ailleurs, pas la seule socialiste alémanique à tenir cette position. Lorsque nous posons la question à la Zurichoise Priska Seiler-Graf, sa réponse fuse:
Les parlementaires UDC ou de centre-droit ne sont donc pas les seuls à regarder Rima Hassan d'un mauvais œil: au sein même de la gauche, l'eurodéputée ne fait pas consensus. Le «Röstigraben» est-il devenu un «Rimagraben» au sein même du Parti socialiste?
Fabian Molina n'y était pas
Pour autant, le PS ne renie en rien la cause palestinienne. Sur le site du Parti, un encadré menant à une initiative pour la reconnaissance de l’Etat palestinien est visible en grand, juste en-dessous d'une pétition sur le salaire minimum. Non, c'est bien la personne de Rima Hassan qui divise.
Même le Zurichois Fabian Molina, qui avait — sans succès — tenté d'improviser une minute de silence en l'honneur de la Palestine au Conseil national en septembre 2025, n'était pas à la rencontre de lundi matin.
Celui qui est connu comme une des principales voix de défense du peuple palestinien outre-Sarine avait une autre priorité dans son agenda, nous assure-t-il.
Une «différence indéniable»
«Il y a une différence indéniable dans la manière dont le débat est mené en Romandie et en Suisse alémanique sur ce sujet», concède Christian Dandrès. En septembre dernier, le Conseil des Etats avait refusé de reconnaître l'Etat palestinien. Sa majorité alémanique a invoqué des raisons pratiques de droit, les territoires de Gaza et de Cisjordanie ne disposant pas d'un gouvernement stable.
«A cause de la Shoah, l'Allemagne prête une attention particulière à toutes les critiques ayant trait à l'antisémitisme», analysait pour nous le politologue René Knüsel. «Les positions allemandes sont reprises dans des médias alémaniques, que consomment nos politiciens et dont ils sont en partie le reflet.»
A l'aune de ce point, sur lequel les Alémaniques ne permettent aucun écart, les positions ambiguës de l'activiste ne passent pas. «Rima Hassan minimise le terrorisme du Hamas et le considère comme légitime au regard du droit international», estimait récemment Priska Seiler-Graf dans les colonnes du quotidien suisse dédié au judaïsme, Jüdischer Allgemeine.
Cette différence de sensibilité, «c'est un problème», note Christian Dandrès, qui se dit aussi devoir représenter la Genève internationale au Parlement. «C’est un devoir de dénoncer ouvertement cette entreprise coloniale, d'épuration et de destruction systématique menée par le gouvernement d’extrême droite de Benjamin Netanyahou», dit-il.
