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Suisse romande

Cette journée de votations est un grand moment pour les étrangers

Elections communales suisse
Il n'y a pas que les suisses qui sont concernés par les élections du jour. afp/canva

Ce dimanche est un grand moment pour les étrangers comme moi

En ce dimanche de votations, alors que (quasi) tous les regards sont braqués sur les grands sujets nationaux, les élections communales vaudoises sont pourtant le grand (et unique) moment démocratique de pas moins de 34% de la population du canton. A savoir: les étrangers.
08.03.2026, 17:0209.03.2026, 00:00
Daniella Gorbunova

Ce dimanche matin du 8 mars sentait le printemps et la démocratie. Une odeur qui, forcément, a empli mes narines et mon coeur russes de joie et de reconnaissance — celle de vivre dans un pays où voter change vraiment quelque chose. Contrairement à ce qui semble être le cas dans mes contrées d'origine, où la vie civique prend au mieux des airs de village Potemkine, depuis (au moins) quelques années — et, au pire, relève purement et simplement de la farce.

Alors que je quittais mon logis pour me diriger vers l'hôtel de ville de Gland — cette petite commune de la Côte vaudoise où j'ai vécu enfant, avant d'y revenir — vers 10h du matin, j'ai évidemment croisé voisins et quidams devant la bâtisse. Les «bonjour!» résonnaient devant le bureau de vote. Les miens avaient tout autant des relents d'accent vaudois que ceux de mes interlocuteurs endimanchés, dont beaucoup des gens «bien du coin».

Sauf que mon enveloppe de vote était moins épaisse que la leur — elle ne contenait que la liste de mes 75 choix pour les sièges communaux, ainsi que le bulletin pour la municipalité. C'est tout.

Car, si j'ai grandi ici, sans jamais quitter le pays pendant plus de trois semaines, je ne suis pas une «fille du coin» — pas encore officiellement, du moins. Je n'ai pas encore la nationalité suisse. Dans le canton de Vaud, l'exercice de mes droits civiques se limite donc à l'échelle communale. Et je peux déjà m'estimer chanceuse: dans la plupart des régions suisses, les étrangers ne bénéficient d'aucun droit de vote ni d'élection tout court.

Pourtant, j'ai été à l'école avec vous, ou avec vos enfants. Le français est très vite devenu ma première langue — celle dans laquelle je pense, je rêve, j'aime et j'insulte. Vos coutumes sont les miennes. J'ai, comme tout le monde, ma préférence en termes de thé froid Migros. Le retour des beaux jours me donne des pulsions de randonnée ou de paddle. Et voir des gens jeter leur mégot (ou tout autre déchet) par terre me donne des sueurs froides. Là-bas, en Russie, lorsque je pouvais encore y retourner (avant de perdre ma nationalité, certainement pour avoir défendu publiquement des valeurs trop... suisses?), j'étais la Suissesse. Ici, je suis la Russe — en procédure d'apatridie, bientôt citoyenne suisse, j'espère, mais Russe avant tout quand même. Gorbunova, ça ne sonnera jamais très vaudois.

Mon sentiment d'appartenance à la Suisse, aussi fort soit-il, n'y change pas grand-chose: dura lex sed lex, il me faudra encore attendre avant de recevoir le précieux sésame qui me permettra de, moi aussi, avoir mon mot à dire sur le fonctionnement du service public, ou sur l'imposition lors du mariage — des questions qui m'impactent autant que vous, amis suisses, dans la réalité des faits.

Mais, pour l'heure, j'ai porté mon enveloppe allégée à la commune avec fierté, ce matin. Car c'est justement cela, la vraie, la pure démocratie, que les plus éclairés ou progressistes parmi mes (ex)compatriotes russes envient à un pays comme la Suisse: c'est celle qui commence à la votation sur le rond-point du village, et se termine par l'élection de la Chambre haute du Parlement, en passant par de grandes questions nationales telles que le climat ou encore l'achat d'avions de combat.

Bref, je vous l'assure: jamais personne n'aura été autant heureux d'aller voter un dimanche matin qu'un étranger ou une étrangère qui n'a pas l'impression de l'être. Car nous sommes quelque 296 400 à résider en terres vaudoises sans passeport rouge. Ce qui équivaut à près d'un tiers de la population (ou précisément 34% en 2025, selon les chiffres des autorités), dans l'un des pays du continent européen où il est notoirement difficile de se faire naturaliser.

Peut-être, un jour, aurons-nous droit au chapitre au niveau cantonal, en terres vaudoises. Nous qui souvent travaillons, participons à la vie de nos polis, et payons nos impôts, tout comme vous.

Êtes-vous du genre à regarder le téléphone des autres?
Video: watson
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