Franchement, on avait quitté papa et papy Trump avec l'idée (propagée notamment par son épouse) qu'il n'était pas tout à fait le paternel idéal. Le prototype du mâle obsédé par son business et son reflet, qui réserve ses papouilles à la presse au moment de se décrire lui-même comme un «père aimant». D'autant que la relation qu'il a longtemps entretenue avec sa progéniture se résumait à les nourrir et leur offrir des responsabilités de façade au sein de l'empire Trump.
Mais les choses ont bien changé.
Et le point de bascule se trouve sans doute au début de ses déboires judiciaires, lorsque la presse américaine a commencé à mettre son nez dans l'emploi du temps de Melania. Une épouse qui semblait se démener pour disparaître soigneusement des radars du candidat. Donald Trump est-il isolé? Est-il abandonné par sa femme et ses enfants. Sur Instagram, le patriarche s'est mis soudain à partager des clichés trognons d'un grand-papa attentionné.
Enfin, ce fut surtout les familles de ses propres enfants qui se sont rapprochés stratégiquement du patron. Il fallait l'humaniser. Il fallait montrer un amour à toute épreuve, face au «danger d'une justice à la botte de Joe Biden» prête à tout pour «détruire» l'adversaire.
Alors que la convention républicaine de Milwaukee se termine ce jeudi soir, force est de constater que l'illusion est parfaite. Sans oublier que le drame auquel Donald Trump a survécu samedi soir lui permet d'afficher l'allure d'un homme pétri d'émotions. Sans aller jusqu'à s'affranchir de leur radicalité politique, le milliardaire et ses alliés ont joué la carte de la symbiose républicaine et de l'unité nationale. Disons que l'inverse aurait paru contreproductif, face à un parti démocrate en pleine turbulence.
En guise de cerise sur le gâteau, mercredi soir, les convives de cette convention ont eu droit à une petite exclusivité: la première prise de parole publique de Kai Madison Trump. Et c'est son fier papa, Donald Junior, qui s'est octroyé le privilège d'annoncer la bonne nouvelle.
À première vue, un moment familial qui n'avait rien à envier à l'Ecole des fans. Kai sur scène et papy dans le public, qui s'échangent des regards tendres pendant environ quatre minutes. Mais alors, qui est vraiment Donald J. Trump? A en croire sa petite-fille, tout juste âgée de 17 ans, le milliardaire serait un papy «doux», «aimant», «attentionné» et «solidaire».
Dans le fond, pourquoi pas. Mais il y avait peut-être deux ou trois autres informations moins banales à noter, durant le premier discours de sa vie. Une phrase nous confirme que malgré son absence de discours politique, la jeune Kai est taillée dans le même bois:
Kai Trump gives a heartwarming speech at the RNC about her grandfather President Donald Trump ❤️🇺🇸
— KanekoaTheGreat (@KanekoaTheGreat) July 18, 2024
"To me, he's just a normal grandpa. He gives us candy and soda when our parents aren't looking. He always wants to know how we are doing in school. When I made the honor roll, he… pic.twitter.com/zA6UlriqaA
L'ambition, ensuite: «Il place la barre assez haute, mais qui sait, peut-être qu'un jour je serai à son niveau». De quoi augurer une grande carrière? Peut-être. C'est surtout la preuve que Donald Trump parvient toujours, en tout cas en façade, a sculpter toute la famille selon ses propres préceptes.
Un discours qu'on dirait appris par cœur, tant il ressemble à celui de tous les partisans du milliardaire. Et cette unité familiale aveuglante, comme une dynastie main dans la main dans les phares d'une bagnole, est une stratégie vieille comme le monde aux Etats-Unis. Du moins chez les mâles conservateurs, qui adorent se dire «a proud father of 4» avant de décliner leur tableau de chasse professionnel.
La famille avant tout? Soit. C'est parfait pour attendrir l'électeur convaincu et draguer les indécis. «Difficile de faire plus américain», comme le dit très bien Vanity Fair. Reste que Melania, l'éternelle récalcitrante, n'a pas mis un pied à la convention, alors qu'ils étaient tous en rang d'oignon.
Si Kai Madison Trump a fait un discours remarqué mercredi soir, on ne sait pas grand-chose de l'aînée des dix petits-enfants de Donald. Passionnée de golf, comme son papy, l'ado parfaite échange souvent des balles avec lui, sans oublier d'enclencher l'appareil photo. Son compte Instagram est d'ailleurs dédié à ses performances sur le green.
Depuis quelques semaines, elle suit les discours du grand-papa, discrètement et sans jamais quitter son père, sur les routes d'une campagne électorale qui a pris une nouvelle tournure depuis la tentative d'assassinat du 13 juillet dernier. Si papy (re)devenait président en novembre, Kai ne serait pas tant dépaysée. Les jardins de la Maison-Blanche ont été son bac à sable pendant quatre longues années.