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Avec Mykola, aumônier sur le front en Ukraine

Mykola Baguirov accompagne les soldats ukrainiens qui combattent les Russes.
Mykola Baguirov aide spirituellement les soldats ukrainiens qui combattent sur le front.Image: MARYKE VERMAAK / AFPTV / AFP

«Ils détestent Dieu»: il soutient les soldats ukrainiens sur le front

Près du front ukrainien, un aumônier a troqué les funérailles pour l’accompagnement des soldats vivants, apportant foi, soutien moral et aide en pleine guerre.
02.05.2026, 07:0402.05.2026, 07:05
Barbara WOJAZER, Kharkiv, Ukraine / AFP

C'est à l'enterrement d'un soldat, en voyant la terreur de ses filles, que Mykola Baguirov a décidé de devenir aumônier: plutôt que de les accompagner dans la mort, il côtoierait, de leur vivant, les militaires ukrainiens qui luttent contre l'envahisseur russe.

De confession catholique, cet homme de 39 ans était secrétaire d'un diocèse quand la Russie a lancé son invasion de grande échelle contre l'Ukraine en février 2022.

Un drastique changement de vocation

Très vite, des corps de soldats tués reviennent dans sa paroisse, les funérailles s'enchaînent. Un jour, il voit deux sœurs terrifiées par la salve d'honneur tirée à l'enterrement de leur père. Il raconte:

«Elles se sont serrées contre leur mère, tandis que leur père gisait là, mort. En voyant cette scène, en voyant leur frayeur, je me suis dit: c'est fini. Je ne veux plus enterrer personne. Je préfère être ici avec les gars, rire avec eux, parler avec eux, les voir vivants.»

Comme environ 1700 personnes de 13 communautés religieuses différentes, Mykola Baguirov sert désormais au sein de l'aumônerie de l'armée ukrainienne.

Cheveux châtains coupés courts, il s'apprête à donner la communion dans sa longue robe liturgique blanche, dans une forêt du nord-est de l'Ukraine, à quelques dizaines de kilomètres du front. Dans une clairière au milieu des pins, des militaires s'attroupent autour de son autel improvisé, au pied de hauts filets de camouflage.

«La liturgie durera environ trois heures. Si quelqu'un a faim et grignote un peu de saucisson, veillez à ce que je ne vous voie pas», plaisante-t-il, devant un tas de nourriture qu'il va bénir. Un moyen de briser la glace avec des fidèles qu'il sait souvent éprouvés.

Mykola Baguirov et ses ouailles, dans la forêt.
Mykola Baguirov et ses ouailles, dans la forêt.Image: MARYKE VERMAAK / AFPTV / AFP

Une aide pour les soldats et leurs familles

Comme pour eux, la guerre est devenue son quotidien. Il confie:

«Personne n'était préparé à cela. Je n'aurais jamais imaginé porter un uniforme et une robe de sacerdoce. Au début, c'était très difficile: je ne savais pas comment aborder les gens, quels mots choisir, ni même où aller.»

Les images:

Source: Maryke Vermaak / AFPTV / AFPVidéo: watson

Il a grandi dans la région de Transcarpatie, la pointe la plus occidentale de l'Ukraine, à plus de 1000 kilomètres de là.

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L'Eglise gréco-catholique à laquelle il appartient est la deuxième confession (12% des habitants) dans ce pays très majoritairement orthodoxe et où 70% de la population se dit croyante, selon un récent sondage. Pratiquant le rite byzantin mais relevant du pape, son Eglise était interdite en URSS jusqu'en 1990 et ses fidèles exerçaient leur foi en secret.

Mykola Baguirov a dû tout apprendre de son rôle sur le tas.
Mykola Baguirov a dû tout apprendre de son rôle sur le tas.Image: MARYKE VERMAAK / AFPTV / AFP

Pour le jeune Baguirov, cela entourait la religion de mystère. Il était particulièrement impressionné par les prêtres revenant du goulag, les camps sibériens où ils avaient été emprisonnés pour leur foi, avec leurs croyances intactes.

Aujourd'hui, il sait que sa mission va bien au-delà du simple accompagnement spirituel. Ses ouailles se tournent vers lui pour toutes sortes de choses: obtenir un rendez-vous médical, résoudre des pépins juridiques ou financiers… Il admet:

«Au début, je ne savais rien faire!»

Il y a par exemple eu ce soldat inquiet pour sa mère, seule chez elle et incapable de réparer les canalisations: Mykola Baguirov a appelé un aumônier du coin qui a à son tour contacté le maire, lequel a débarqué chez la vieille dame avec des ouvriers. Il souligne:

«Les soldats savent que nous nous occupons non seulement d'eux, mais aussi de leur mère, de leur frère ou de leur sœur restés à la maison.»

La foi des soldats ébranlée par la guerre

Les horreurs du conflit (le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec des centaines de milliers de morts, civils comme militaires) mettent la foi des soldats à rude épreuve, explique l'aumônier:

«Ils détestent Dieu au fond d'eux, parce que leur frère d'armes a été tué»

Sa réponse? L'honnêteté:

«Ils doivent dire la vérité à Dieu. Je me dis toujours que discuter avec Dieu peut même rendre la prière meilleure.»
Mykola Baguirov aide les soldats qu'il côtoie à ne pas perdre la foi.
Mykola Baguirov aide les soldats qu'il côtoie à ne pas perdre la foi.Image: MARYKE VERMAAK / AFPTV / AFP

Au début de la guerre, il se rendait en première ligne pour soutenir les combattants sur leurs positions. Mais, aujourd'hui, les drones prolifèrent au-dessus du champ de bataille, capables de frapper au moindre mouvement, et Mykola Baguirov reste désormais en retrait.

Les appels téléphoniques ou des sessions en ligne lui permettent de garder le fil avec les soldats. Avant les relèves, il essaie aussi de rencontrer les militaires qui montent au front, et les encourage à prier. Il souligne:

«Quand ils reviennent de leurs positions de combat, ce sont eux qui me parlent de Dieu. Les rôles s'inversent»
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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Face aux drones russes, l'Ukraine lance une défense aérienne privée
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