Au départ, ils voulaient dégommer des moustiques
Avec sa forme futuriste, il semble sorti d'un film de science-fiction. Loin du projet de départ d'éliminer les moustiques des chambres à coucher, le fusil fait tomber les drones comme des mouches sur les champs de bataille.
De l'Ukraine à la mer Rouge, en passant par la lutte contre les cartels en Amérique latine, les appareils sans pilote sont devenus indissociables des conflits modernes, entre collecte d'informations, brouillages et assauts dits «suicide».
A des milliers de kilomètres de là, à Sydney, l'entreprise australienne de défense DroneShield surfe sur la vague. Fondée sur l'idée d'un laser anti-moustiques qui n'a pas percé, elle a aujourd'hui des cibles bien plus grosses dans son viseur. Oleg Vornik, son PDG, résume ainsi son activité:
A une heure en voiture du quartier-général de sa société, des techniciens font une démonstration du produit. Un drone volette au-dessus des arbres. Le tireur sort son «DroneGun», vernis noir, démesuré. Il vise, presse la détente, et voilà l'appareil au sol, désorienté par un flux d'ondes radios.
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Un drone perdu
Ici, tout a l'air simple. Mais en Ukraine, la réalité serait bien différente, tempère Oleg Vornik:
La technologie de DroneShield permet à son utilisateur de scanner la zone à la recherche d'éventuels engins ennemis. Si un appareil est repéré, deux choix s'offrent à lui. «Vous attendez que le drone s'en aille et trouvez autre chose sur laquelle vous concentrer. Ou alors, vous dégainez un fusil à drone», explique Oleg Vornik, qui détaille:
Un effet de mode?
L'entreprise, qui a vu son titre gonfler de plus de 300% au cours de l'année dernière, est à présent la plus valorisée du pays dans le secteur de la défense, avec 2,78 milliards de dollars australiens (1,52 milliard de francs suisses).
Cette envolée suscite néanmoins des questions. Est-ce le début d'un succès à long terme, ou une «action mème», dopée artificiellement par sa viralité sur les réseaux sociaux et vouée à rechuter?
En 2025, alors que le titre de DroneShield battait son record, Oleg Vornik a cédé des parts pour 50 millions de dollars, alimentant les inquiétudes. Le PDG assure qu'il en avait simplement besoin pour régler des taxes et voulait se mettre à l'abri financièrement. Il reconnait cependant:
Expliquant que les zones de guerre en Ukraine ne pèsent que 5% du chiffre d'affaires de sa société, il voit de plus en plus d'utilité civile aux systèmes antidrones. Par exemple pour la sécurité des aéroports, qui ont été nombreux en Europe, ou la surveillance des prisons au Royaume-Uni, théâtres de contrebande entre détenus et extérieurs par petits appareils volants.
Une arme comme une autre
Les drones sont «devenus une partie intégrante de la manière dont on fait la guerre», confirme Steven Feldstein, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, organisation basée à Washington.
Le véritable défi pour les entreprises comme DroneShield est de s'adapter à ce «moment de perturbation» dans les façons de se battre, estime l'expert.
«Mais c'est aussi vrai pour tous les types d'armes, que ce soient des chars, des systèmes antichars ou bien des aéronefs supersoniques et des chasseurs furtifs», affirme Steven Feldstein. «C'est la nature de la guerre», conclut l'expert. (btr)
