Ce paradis nudiste est à vendre
Fermez les yeux... imaginez. Une zone marécageuse, peuplée de palmiers et de chênes nains. Trois lacs. Des caravanes plantées ici et là, des parasols, des tables de pique-nique, un club-house avec jacuzzi et une plage aménagée au milieu de la végétation luxuriante.
Et puis, tout à coup, une paire de fesses. Une seconde. Une troisième. Ici, la poitrine plantureuse d'une voisine, qui vous adresse un signe de la main. Là, les attributs d'un jeune moustachu, installé confortablement sur une chaise de camping, en train de prendre le soleil.
Bienvenue à Florida Naturist Park, communauté nudiste privée située à environ une heure de route de Tampa, au milieu de la Floride.
Un fondateur problématique
Alors que le domaine de 23 hectares (59 à son apogée) est désormais à vendre pour la modique somme de 2,5 millions de dollars, le New York Times est revenu cette semaine sur l'histoire épique de cette colonie de naturistes parmi les plus célèbres des Etats-Unis.
Sa fondation remonte à 1957, sous l'impulsion d'un certain Thomas Ward Gulvin, un charpentier new-yorkais... et personnage pour le moins infréquentable. Arrêté une première fois en 1930, à l'âge de 26 ans, pour s'être marié à deux femmes simultanément, il est emprisonné pour bigamie. Ce qui sera loin d'être son dernier démêlé avec la justice.
Au fil des ans, Thomas Gulvin sera ainsi expulsé d'une communauté nudiste pour défaut de paiement, essuiera deux accusations d’exhibitionnisme, sera impliqué dans une affaire avec une adolescente de 14 ans ou se verra encore confisquer la garde de six de ses sept enfants par les services sociaux, pour les avoir élevés dans des conditions jugées insalubres.
Adepte du nudisme depuis son plus jeune âge, il s'offre un terrain et fonde propre son club dans les années 50, qu'il divise en parcelles de terrain à acheter. Raciste notoire et ségrégationniste, Thomas Ward Gulvin va également jusqu'à rédiger des actes de vente interdisant explicitement la vente de terrains aux acheteurs noirs. Une politique qu'il maintiendra pendant des décennies.
Ce qui n'empêchera pas le Florida Naturist Park de rencontrer un réel succès auprès d'une clientèle hétéroclite composée de mannequins, culturistes et acteurs. En tenue d'Eve et d'Adam, on pratique des sports aussi variés que le tir à l'arc, le lancer du fer à cheval, le soulever de poids et le barbecue. A son apogée, dans les années 60, le parc aurait attiré jusqu'à 2000 membres.
Le début de la décadence
Vingt ans plus tard, dans les années 80, le camp se retrouve confronté à une série de revers aussi curieux que son propriétaire. Un samedi soir de juin 1981, par exemple, un homme de 28 ans originaire de l'Indiana se noie dans le lac. Trois plus tard, en 1984, Sonny, un python de près de trois mètres, disparait sur le terrain sans que Thomas Gulvin ne fasse grand-chose pour le retrouver.
Après la mort de l'étrange fondateur, en 1994, ses descendants espèrent vaguement le convertir en centre de villégiature nudiste chrétien et familial, avant de faire face aux protestations des 70 membres restants.
Vingt ans plus tard, désormais à la retraite, Art Gulvin, 68 ans, et ses frères et soeurs cherchent toujours à se débarrasser de cet encombrant héritage paternel.
Ce pourrait être bientôt chose faite: selon Art Gulvin, un acheteur potentiel se profile pour récupérer le parc, avec le projet d'en faire un complexe naturiste haut de gamme.
Un business potentiellement rentable: selon la chaîne locale WTSP, en 2023, environ 2,2 millions de personnes participent chaque année à des séjours naturistes en Floride et le secteur génère environ 7,4 milliards de dollars par an pour l'économie floridienne.
Ce nouveau propriétaire potentiel devra toutefois composer avec l'ardeur de quelques résidents et naturistes de longue date, farouchement décidés à camper sur leur parcelle. En tout cas, «jusqu'à ce que quelqu'un trouve la somme adéquate», clame Dewey Clauson, 65 ans, nudiste de toujours.
