Le sextuple champion olympique de tennis de table a «disparu». Encore huitième meilleur joueur mondial il y a quelques jours, Ma Long ne figure plus dans le classement mis à jour mardi par la Fédération internationale de tennis de table (ITTF).
Son retrait n'a pas été commenté. A 36 ans, Long a peut-être simplement envie de mettre un terme à sa carrière. Or sa démission pourrait bien se justifier autrement, car elle fait suite à deux autres départs importants, qui eux, ont été argumentés.
Fan Zhendong, champion olympique en simple et par équipes en août à Paris, a annoncé le 27 décembre qu'il quittait le circuit mondial, en raison des amendes infligées aux joueurs en cas de non-participation à des tournois. «Récemment, World Table Tennis (réd: le circuit mondial) a émis une nouvelle règle selon laquelle des amendes seront imposées si vous ne participez pas à ses tournois. Je ne peux pas me permettre cela et, si je respecte cette organisation, je ne peux que décider de me retirer», a-t-il écrit sur le réseau chinois Weibo. Il regrette le fait de ne pas pouvoir choisir les tournois auxquels il souhaite participer, dans un calendrier déjà saturé.
Zhendong a été suivi par sa compatriote Chen Meng, 30 ans, qui elle aussi a raflé deux médailles d'or aux Jeux olympiques de Paris 2024. Si cette dernière explique son départ par un physique défaillant, elle pointe également le règlement de World Table Tennis (WTT), circuit comparable à l'ATP ou la WTA pour poursuivre le parallèle avec le tennis.
Ces annonces sont un véritable coup de tonnerre dans le milieu, un peu comme si au tennis, nous perdions d'un coup Novak Djokovic, Carlos Alcaraz et Coco Gauff en raison d'un désaccord profond avec les instances. Ce serait un immense séisme.
Le WTT, filiale commerciale de la Fédération internationale de tennis table, en charge notamment de l'organisation du circuit principal, a immédiatement réagi aux remarques des athlètes. «Ces règles, qui comprennent l'inscription automatique des meilleurs pongistes, ne sont pas nouvelles et sont en place depuis la création du WTT il y a quatre ans. L'objectif est de s'assurer de la présence des meilleurs joueurs lors des grands événements du WTT, pour préserver l'intégrité de la compétition et proposer des tournois de la meilleure qualité pour les joueurs, les fans et tous les partenaires» a-t-elle écrit dans son communiqué.
«Les sanctions pour non-participation sont conçues pour soutenir la structure du calendrier du WTT. Elles sont appliquées, sauf en cas de raisons médicales avérées, pour maintenir l’équilibre de la compétition, assurer la cohérence et maintenir l’équité pour tous les participants», a ajouté l'organisation. Cette dernière a toutefois précisé que des amendes plus élevées seront appliquées en 2025 pour les joueurs qui choisiront de participer à des événements hors WTT se déroulant pendant ceux du WTT dont ils se sont désistés. Ce cas de figure peut par exemple se produire quand un pongiste préfère participer à un tournoi proche de son domicile plutôt que de voyager à l'autre bout du monde, que ce soit pour des raisons personnelles, sportives ou financières.
Cette réponse acerbe de l'instance mondiale n'a pas satisfait le Français Simon Gauzy, médaillé de bronze par équipes à Paris. «Je n'accepte pas vos explications. Vous ne proposez aucun changement et nous perdons des légendes de notre sport à cause de ces "règles". Vous ne pouvez pas ignorer que cela ne nous aide pas. Il faut que les choses changent vraiment», a-t-il partagé sur son compte X.
Ce n'est pas la première fois que le circuit mondial est décrié. Début 2024, certains joueurs s'étaient confiés dans les colonnes de Ouest France. Ils alertaient contre un manque de liberté d'expression et l'existence d'une certaine omerta. «La liberté d’expression des joueurs est clairement restreinte. Toute prise de paroles qui irait à l’encontre de World Table Tennis peut mener à des sanctions», concédait une pongiste de manière anonyme. Rare joueur à s'exprimer publiquement, Gauzy, encore, dénonçait en plus l'aberration du prize-money. «Nous ne sommes rien d’autre que des chevaux, bons à jouer et à rapporter de l’argent», abondait dans ce sens un autre athlète, désireux de protéger son nom.
Ce n'est peut-être pas tant les quelques changements prévus pour 2025 qui forcent les talents à fuir et à entrer en conflit avec World Table Tennis. Mais plutôt la gestion globale du circuit depuis que le WTT a remplacé l'ITTF World Tour, et ce, dans une pure logique commerciale.