Voici ce que pensent les Suisses au sujet des JO 2038 au pays
Du curling à Genève, du hockey sur glace à Lugano, de la luge à Saint-Moritz: l’association Switzerland 2038 a présenté à la mi-janvier les sites de compétition envisagés pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver en Suisse. Alors que le Conseil fédéral s’est déjà prononcé en faveur d’une candidature helvétique, l’opinion de la population suisse n’était jusqu’ici pas connue.
C’est pourquoi watson, en collaboration avec l’institut DemoSCOPE, a mené un sondage représentatif. En voici les résultats.
Les plus jeunes sont pour, les plus âgés contre
La question de l’organisation des Jeux olympiques en Suisse divise la population helvétique, avec toutefois un léger déséquilibre: une courte majorité de 51% s’oppose à l’accueil des Jeux olympiques d’hiver 2038. A l’inverse, 42% des sondés sont favorables à l'événement, tandis que 7% se disent encore indécis.
Les résultats révèlent également un Röstigraben: en Suisse alémanique, 49% des personnes interrogées sont opposées au projet, tandis qu’en Suisse romande, l’opposition est nettement plus marquée, avec 59% de personnes défavorables.
En y regardant de plus près, certains schémas se dégagent, notamment en fonction de l’âge. Ainsi, 62% des 15-34 ans souhaitent l’organisation des Jeux en Suisse, tandis que 68% des plus de 55 ans sont opposés à l'événement. Les 35-54 ans sont, eux, partagés: la moitié se prononce en faveur de la tenue des Jeux en Suisse. On peut donc résumer la situation ainsi: les plus jeunes sont plutôt favorables, et les plus âgés plutôt opposés.
Les femmes sont plus sceptiques que les hommes
Au-delà de l’âge, des différences apparaissent également entre les sexes: près de la moitié des hommes se disent favorables à l’organisation des Jeux olympiques en Suisse, contre seulement un tiers des femmes.
Le portefeuille joue un rôle
Le portefeuille personnel influence lui aussi l’attitude vis-à-vis des Jeux olympiques. Comme le montre le sondage, plus le revenu du ménage est élevé, plus le soutien à l’organisation des Jeux en Suisse augmente. Parmi les personnes interrogées dont le revenu mensuel du ménage est inférieur à 5000 francs, seule une petite minorité (à peine un tiers) se prononce en faveur des Jeux en Suisse, contre près de la moitié chez celles dont le revenu dépasse 9000 francs. En revanche, le niveau de formation n’a aucune influence.
Les électeurs du PLR sont pour, les électeurs écologistes contre
Le positionnement politique des personnes interrogées joue également un rôle dans la perception de la Suisse comme pays hôte des Jeux. Le soutien le plus marqué se trouve parmi les électeurs des partis libéraux: en tête, ceux du PLR avec 58%, suivis des Vert’libéraux avec 52%.
Le soutien est le plus faible parmi les électeurs des Verts (36%), suivi des électeurs du PS (38%).
Les électeurs du centre comptent la plus grande proportion d’indécis, avec 11%. L’attitude des électeurs de l’UDC est proche de celle de la population dans son ensemble, mais légèrement plus négative et tranchée: 41% sont favorables, 54% défavorables et 4% encore indécis.
L’intérêt sportif est la raison la plus souvent citée
42% des personnes interrogées se déclarent favorables à l’organisation des Jeux olympiques en Suisse. Parmi elles, on trouve manifestement de nombreux amateurs de sport: une large majorité (83%) mentionne l’intérêt pour un grand événement sportif international comme principal motif de soutien. La visibilité internationale et le prestige pour la Suisse constituent également un argument pour près de 75% des répondants.
D’autres raisons largement citées sont la promotion des sports d’hiver au sein même du pays, ainsi que les retombées économiques attendues, notamment dans le secteur du tourisme.
En revanche, l’amélioration durable des infrastructures ne constitue un facteur motivant que pour la moitié des personnes favorables à l’organisation des Jeux.
Coûts et environnement comme principaux motifs de rejet
Passons aux arguments des opposants, qui représentent 51% des personnes interrogées. Pour eux, l’intérêt personnel pour le sport semble jouer un rôle secondaire: seulement un quart des personnes évoquent cet argument pour justifier leur position. C’est plutôt l’argent qui apparaît comme facteur déterminant: une large majorité, 92%, s’oppose en effet aux Jeux en raison des coûts pour la Confédération, les cantons ou les communes.
Ensuite, 75% des opposants estiment que les Jeux n’apporteront aucun bénéfice durable pour la population. Cet argument est suivi de près par les préoccupations liées à la durabilité: 72% des sondés hostiles au projet déclarent être contre les Jeux à cause de l'impact sur l’environnement et le climat.
La durabilité est également un argument avancé par certains partisans. Dans la catégorie «Autres raisons», plusieurs personnes ont souligné les infrastructures déjà existantes en Suisse, ce qui permettrait une organisation plus durable, contrairement à des pays où ces sites devraient être construits.
Les arguments des opposants varient selon le sexe. Ainsi, 81% des femmes mentionnent des préoccupations liées au climat et à l’environnement, contre seulement 64% des hommes.
Des différences nettes apparaissent également selon l’électorat, notamment concernant l’argument lié à l’environnement et au climat: 93% des électeurs des Verts citent ce motif pour s’opposer aux Jeux, contre seulement 52% des électeurs du PLR et 59% chez ceux de l’UDC.
Les indécis attendent de connaître le financement
Les avis ne sont pas encore complètement tranchés: 7% des personnes interrogées sont indécises quant au retour des Jeux olympiques en Suisse. Nous leur avons demandé pourquoi.
Trois quarts des indécis ont indiqué que leur position dépendait du financement. Ce motif est particulièrement évoqué par les personnes disposant d’un faible revenu et par les électeurs de l’UDC.
Par ailleurs, plus de 50% des indécis se sentent insuffisamment informés, tandis que 41% estiment que les avantages et les inconvénients se compensent. Enfin, environ 33% des sondés dont l'opinion n'est pas encore claire se sont peu intéressés au sujet, un motif surtout évoqué par les femmes et les jeunes, plus que par les hommes et les personnes plus âgées.
Le financement proposé reçoit peu de soutien
Enfin, nous avons demandé à tous les participants quel est, selon eux, le coût maximum acceptable pour les pouvoirs publics. La proposition actuelle de l’association Switzerland 2038 prévoit une contribution de 400 millions de francs de l’Etat. Dans notre sondage, seule une minorité de 23% approuve cette participation.
Parmi l’ensemble des répondants, un peu plus de 20% ne sont favorables aux Jeux en Suisse que si la Confédération, les cantons et les communes n’en assument aucun coût. 29%, en revanche, resteraient opposés même avec des contributions publiques nulles.
Des opposants peuvent encore être convaincus
Sur la question des coûts, il apparaît qu’environ un tiers des opposants pourraient revoir leur position si les dépenses pour la Confédération, les cantons et les communes étaient supprimées. Ainsi, parmi ceux qui rejettent actuellement les Jeux en Suisse, 35% y seraient favorables si ceux-ci étaient entièrement financés par des fonds privés.
Chez les indécis, le financement reste également sujet au débat: un tiers ne soutiendrait les Jeux qu’en l’absence de toute contribution publique, tandis que 27% approuvent la proposition de l’association Switzerland 2038, et 30% se disent prêts à accepter une contribution publique tant qu’elle reste inférieure à 400 millions.
Quant à ceux qui sont favorables aux Jeux, le portefeuille semble plus flexible: 15% accepteraient une participation publique plus élevée, tandis que 18% soutiennent les Jeux indépendamment des coûts pour l’Etat. Pour l’ensemble des répondants, ce taux s’élève à 8%.
Méthodologie
L'enquête a été réalisée en collaboration avec DemoSCOPE du 16 au 21 janvier 2026, en allemand et en français. Après nettoyage des données, 5683 entretiens exploitables ont été obtenus. Ceux-ci ont été ajustés à une population non biaisée à l'aide d'une pondération par score de propension afin de contrer le biais d'auto-sélection et d'obtenir des résultats plus significatifs. En outre, une pondération des résultats a été effectuée sur la base de la participation aux élections d'octobre 2023. En supposant un échantillon aléatoire, la marge d'erreur maximale pour les pourcentages est de +/- 1,3%. Le sondage a été réalisé en ligne sur watson.ch.
