L'athlétisme suisse a un plan inédit pour enfin gagner une médaille aux JO
En juin 2024, les athlètes suisses ne signent pas seulement un bilan phénoménal aux Championnats d’Europe. Les neuf médailles remportées à Rome nourrissent aussi les espoirs d’un exploit aux Jeux olympiques. Deux mois plus tard, à Paris, les Suisses réalisent effectivement des performances de classe mondiale. Mais décrochent aussi quatre quatrièmes places.
Les premières réactions des athlètes sont accompagnées de larmes de déception. Christoph Seiler, président de Swiss Athletics, résume parfaitement son état d’esprit de l’époque:
Les Championnats d’Europe de Birmingham débutent ce lundi et se dérouleront jusqu'au dimanche 16 août. Et les performances réalisées jusqu’ici par l’athlétisme suisse offrent une nouvelle fois de nombreuses raisons d’être très optimiste. On peut presque déjà s’attendre à un nouveau feu d’artifice de podiums.
Certes, cette fois, le délai jusqu’aux prochains Jeux olympiques, en 2028 à Los Angeles, est nettement plus long. Mais cela n’atténue en rien l’envie de franchir cette nouvelle étape, celle d’une première médaille olympique pour l’athlétisme suisse depuis 40 ans. Ou, comme le formule Christoph Seiler avec un sourire :
Il y a deux ans déjà, dans le train qui le ramenait des JO de Paris, le président de la fédération esquissait les grandes lignes d’un concept visant, grâce à un soutien ciblé, à franchir cette dernière étape, qui est aussi la plus difficile.
A huit reprises, un Suisse est monté sur le podium aux Jeux d’été. Jamais une femme, et jamais sur la plus haute marche. La moitié des médailles olympiques ont été remportées par des marcheurs. Outre le lanceur de poids Werner Günthör (bronze) à Séoul en 1988, Markus Ryffel (argent), quatre ans plus tôt sur 5 000 m, reste le seul athlète suisse à avoir réussi cet exploit à l’époque moderne.
La fédération voit huit chances de médaille
Depuis quelques mois, ce modèle de soutien spécifique baptisé «Next Level» est en place. Il aide, avec des mesures concrètes, cinq athlètes féminines et trois athlètes masculins à exploiter leur potentiel pour obtenir une médaille à Los Angeles en 2028.
Et il constitue en même temps une source de motivation pour la relève. Cette dernière bénéficie notamment d’un camp d’entraînement commun de la fédération, organisé pour la première fois en novembre à Stellenbosch, en Afrique du Sud, qui réunit 60 espoirs. Ce séjour de trois semaines, qui doit également favoriser davantage les échanges interdisciplinaires entre entraîneurs, sera désormais reconduit chaque année.
Philipp Bandi, chef du sport de performance de Swiss Athletics, explique que la collaboration entre les personnes chargées de l’encadrement est systématiquement encouragée par le biais de «Coaches Points». Apprendre les uns des autres, apporter de l’aide lorsque des questions surgissent et discuter de différents sujets en réunion doivent permettre de renforcer encore un système d’encadrement très hétérogène dans l’athlétisme suisse et organisé sur une base bénévole.
La pièce maîtresse du projet «Médaille olympique à Los Angeles» est le soutien apporté à Mujinga Kambundji, Ditaji Kambundji, Annik Kälin, Audrey Werro, Angelica Moser, Simon Ehammer, Dominik Lobalu et Jason Joseph. Ce sont actuellement ces huit athlètes qui sont considérés comme ayant le plus grand potentiel pour monter sur le podium.
Contrairement au soutien traditionnel aux athlètes, qui fonctionne chez Swiss Athletics par le biais d’aides financières de montants variables selon le statut au sein des cadres, il s’agit ici de soutenir, sur une base individuelle, des mesures d’optimisation spécifiques.
500 000 francs récoltés jusqu'ici
La plupart du temps, des mesures concrètes permettent d’investir afin d’accroître la disponibilité des entraîneurs personnels. Une physiothérapeute est mise à la disposition des sœurs Kambundji lors de leurs compétitions, Dominic Lobalu bénéficie de l’accompagnement d’une personne lors de ses séances de musculation. Et Simon Ehammer a pu goûter à une première dose d’ambiance olympique lors d’un camp d’entraînement à Los Angeles.
Christoph Seiler s’occupe du financement du projet. Dès le départ, il était clair qu’il n’était pas question de concurrencer le soutien traditionnel et durable, ni de réaffecter des moyens financiers existants. La fédération s’est également volontairement éloignée du sponsoring traditionnel. Le président de Swiss Athletics explique pourquoi:
Seiler est parvenu à convaincre plusieurs fondations de participer au projet. Un peu plus d’un demi-million de francs a ainsi été réuni jusqu’ici. Il s’agit d’un processus en cours et les efforts se poursuivent.
«Avec les athlètes et leur entourage, nous pouvons faire en sorte que les chances de médaille soient aussi élevées que possible», se réjouit Philipp Bandi, le chef du sport de performance de la fédération. «En même temps, nous sommes conscients que, dans le sport, une médaille ne s’achète pas.»
Adaptation en français: Yoann Graber
