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Un homme vieux jeu et buté redynamise le Barça

Officialisé le 6 novembre dernier à la tête du FC Barcelone, Xavier Hernández Creus, dit «Xavi», a redonné vie à son club de coeur en ressortant de vieilles recettes. Il passe un gros test ce jeudi soir.
24.02.2022, 06:2924.02.2022, 07:02
jonathan amorim

Ce n'est toujours pas le grand Barça des années 2010 mais celui qui affronte Naples ce jeudi en Ligue Europa (21 h) est clairement en passe de retrouver une certaine allure. Après un été 2021 traumatisant marqué par des scandales financiers et par le départ de Lionel Messi, l'institution catalane est en pleine reconstruction. Pour cette «remontada» sportive et populaire, les nouveaux dirigeants du club ont fait appel à un ancien de la maison, Xavi. Après quelques mois, le bilan est plutôt positif.

Identification et philosophie de jeu

Rien qu'en évoquant son nom, c'est toute l'identité footballistique catalane qui resurgit, celle du «tiki-taka» et du jeu de possession. Xavi, dans l'imaginaire collectif, est l'incarnation d'un style mais également d'une grande époque. Le milieu de terrain qu'il formait avec Iniesta (sans oublier Busquets, dans un rôle plus défensif) a dominé l'Europe pendant une décennie:

  • 8 titres de Champion d'Espagne
  • 3 Coupes du Roi
  • 6 Supercoupe d'Espagne
  • 4 Ligue des champions
  • 2 Coupe du monde des clubs
  • 2 Supercoupe d'Europe

La nomination de Xavi au poste d'entraîneur s'imposait d'elle-même pour un club qui souhaite renouer avec sa philosophie de jeu. Ce fut aussi un véritable soulagement pour les supporters après les tâtonnements incessants de Valverde, Setien et Koeman. Xavi n'a d'ailleurs pas mis longtemps à dépoussiérer les vieux principes du club: il s'appuie sur des joueurs à son image, très techniques et dotés d'une vision de jeu au-dessus de la moyenne, tels que Gavi, Pedri ou Frenkie de Jong. Le Néérlandais, qui souhaitait quitter le club il y a encore quelques mois, revit et n'est plus aussi pressé de partir.

En terme d'image, pour le nouveau président Laporta, l'arrivée de Xavi fut également une habile manoeuvre politique, dont le dessein relativement clair était d'apaiser les tensions et de faire oublier un peu le départ de Lionel Messi à Paris.

Le retour du Barça de possession

Tactiquement, l'arrivée de Xavi coïncide également avec le retour du jeu de possession et de la projection rapide vers l'avant, deux axes de travail qui ont fait le succès du club.

À la construction, on retrouve gentiment le vrai Sergio Busquets, celui qui décroche entre les défenseurs centraux pour permettre aux latéraux de monter. Des latéraux offensifs, que ce soit Jordi Alba, à nouveau intenable sur son couloir gauche, ou Dani Alves, qui malgré ses 38 ans, apporte ses qualités techniques sur le côté droit. Le vétéran brésilien est également un excellent mentor pour l'Américain Sergino Dest, destiné à occuper le poste dans le futur.

À mi-terrain, en milieu relayeur, Pedri et Frenkie de Jong ont les clé du jeu. Jouant entre les lignes et dézonant même sur les côtés, ils permettent aux ailiers de piquer vers l'intérieur, comme face à Valence le week-end dernier où le bloc offensif catalan a totalement désorienté son adversaire. Ce positionnement permet aux attaquants de fixer la ligne de 4 adverse et de vite récupérer le ballon à la perte. Le «gegenpressing» à la sauce Guardiola, qui consiste à récupérer le ballon le plus haut et le plus rapidement possible, est l'un des autres principes de jeu que tente de réinstaurer Xavi.

Le triangle magique du Barça, représenté pendant longtemps par Busquets, Iniesta et Xavi, semble renaitre avec le retour du dernier cité à la tête de l'équipe. Busquets officie toujours à la base du triangle alors que de Jong, Pedri, Gavi ou encore Nico Gonzalez tournent aux deux autres extrémités.

Devant, Ferran Torres, recrue phare de l'hiver, forme un trio avec Ousmane Dembelé et Pierrick-Emerick Aubameyang dans le 4-3-3 classique et historique que semble réhabiliter Xavi. À Valence, on a souvent assisté à des vagues offensives en 2-3-5 avec le trio offensif à l'intérieur et les latéraux sur les couloirs, appuyés par les milieux de terrain.

Le nouveau coach catalan peut également s'appuyer sur des jeunes à l'ADN barcelonaise comme Gavi (17 ans) ou Nico Gonzalez (20 ans). Il s'est montré très élogieux à leur sujet après la rencontre face à Valence:

«J'espère que Nico, Pedri et Gavi pourront nous donner plus de joies et aller au-delà de ce que Busquets, Iniesta et moi avons fait»
ce

L'avenir semble donc s'éclaircir au Camp Nou. L'effectif s'est étoffé pendant le mercato hivernal avec des joueurs d'expérience comme Adama Traoré et Aubameyang (sans parler du recrutement déjà cité de Dani Alves). En automne, le manque d'expérience et la jeunesse des joueurs catalans, allié au manque de projet de jeu, avaient été l'une des nombreuses causes de l'échec Koeman.

Un bilan comptable positif

L'arrivée de Xavi à la tête du club avait été accompagnée par passablement de doutes. On reprochait au jeune entraîneur son manque d'expérience, craignant qu'un échec vienne ternir sa carrière légendaire de joueur. De plus, les retour des légendes dans leur club ne sont pas toujours des réussites. Récemment, Frank Lampard en a fait l'amère expérience à Chelsea.

Mais quatre mois après son arrivée, Xavi a déjà fait taire plusieurs critiques. Son équipe retrouve une identité de jeu et le bilan comptable est plus que positif avec sept victoires, trois nuls et une défaite en championnat. En ne tenant compte que des journées 14 à 26, celles de l'ère Xavi, le FC Barcelone se situe à la troisième place du championnat, alors qu'il occupait la neuvième jusque-là.

Eliminé en Coupe récemment, Xavi peut se focaliser sur le championnat pour atteindre l'objectif minimal du club, à savoir une qualification en Ligue des champions. Une qualification qui pourrait également passer par une victoire en Europa League. Les dirigeants catalans semblent, eux, pressés de retrouver les sommets. Crise financière ou pas, des noms comme Andreas Christensen, Franck Kessié, ou encore César Azpilicueta circulent pour la saison prochaine.

La victoire à Valence a par ailleurs enflammé la Catalogne. «Le Barça vole déjà» a titré le quotidien catalan «Sport». Avec le pilote Xavi aux commandes, le voyage s'annonce au moins excitant, même si de nombreuses turbulences sont encore à prévoir.

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