Une menace plane sur Johan Manzambi
Johan Manzambi s’empare du ballon après une feinte de corps au milieu de terrain. Comme souvent avec lui, il se tourne immédiatement dans le sens du jeu, percute verticalement et tente de casser les lignes. Le Genevois réussit ensuite un une-deux après avoir résisté à la petite charge d’un adversaire.
Sur une autre action de son deuxième match avec Aston Villa, contre Coventry mercredi soir en Coupe de la ligue anglaise, il subit un nouveau contact léger au moment de servir Emiliano Buendía en profondeur et en première intention. Sa feinte, encore, venait d’éliminer deux joueurs, dont l’un cherchait désespérément à l’empêcher de transmettre le cuir.
Le joueur ayant subi le plus de fautes en Bundesliga
Ces petits coups font partie du football et ne sont logiquement pas sifflés, surtout en Angleterre, où le jeu prime sur les contacts. Ils nous rappellent cependant une chose: par sa puissance physique, sa vitesse, sa qualité technique et son approche constamment tournée vers l’avant, Manzambi est l’un des joueurs qui provoquent le plus de fautes.
La saison dernière, il en a obtenu 78 en Bundesliga sous les couleurs du SC Fribourg, indique la plateforme statmuse. Personne dans le championnat allemand n’affichait un total équivalent ou supérieur au sien. Manzambi devançait dans ce classement Antonio Nusa et Michael Olise qui, eux, ont été stoppés dans leurs œuvres à 64 et 58 reprises.
Ces fautes provoquées sont flatteuses pour le Suisse: elles illustrent sa qualité et le danger qu’il peut représenter pour une défense. Mais ces contacts illicites invitent aussi à une lecture plus négative, au moment où il revient au jeu: ils l’exposent au risque de blessure.
Une étude portant sur trois Coupes du monde et publiée dans la revue British Journal of Sports Medicine a certes montré que les blessures qui ne sont pas liées à une faute sont environ deux fois plus fréquentes que celles consécutives à un acte sanctionné, et qu’elles entraînent des durées d’indisponibilité plus importantes.
Cependant, l’étude révélait aussi que le nombre de blessures augmente avec celui des fautes commises au cours d’un match, et que les blessures provoquées par des interventions illicites sont le plus souvent des contusions.
Victime d'une contusion à l'entraînement
C’est justement une contusion qui a éloigné Johan Manzambi des terrains durant deux mois, à la différence que la sienne ne résultait pas d’un coup, puisqu’elle est survenue à l’entraînement, «sans contact avec un coéquipier».
Le Dr Boris Gojanovic, médecin du sport à l’Hôpital de La Tour à Meyrin (GE), précisait à watson que, contrairement à ce que l’on pouvait penser, il existe bien des contusions ne résultant pas de chocs directs. Il expliquait, dans le cas du genou blessé de Manzambi:
Le médecin ajoutait que les contusions survenant dans ces circonstances étaient «plus profondes» et pouvaient être plus longues à soigner. On comprend ainsi mieux pourquoi le Genevois a été absent des terrains aussi longtemps.
La rudesse de la Premier League
Si chaque joueur entretient un rapport personnel aux blessures, Lionel Messi ayant par exemple été peu indisponible au cours de sa carrière au regard des innombrables fautes qu'il a subies, Manzambi, aussi solide puisse-t-il paraître, pourrait donc être amené à connaître, plus que les autres, de nouvelles contusions, cette fois plus rapides à soigner, ainsi que d’autres blessures liées aux fautes et contacts non sifflés, en raison de son style direct et puissant, qui oblige les défenseurs à intervenir sans ménagement.
D’autant plus qu’il découvre cette saison le championnat anglais. Une ligue où il provoquera certainement moins de fautes, en raison de la tendance britannique à laisser jouer, mais où les contacts seront probablement plus nombreux et dangereux, la Premier League étant réputée pour sa rudesse et son agressivité.
Par le passé, certaines études ont montré que les joueurs du championnat anglais étaient plus exposés aux blessures que ceux des autres grandes ligues. D’autres ont révélé que les blessures coûtaient également davantage aux clubs britanniques. Un constat qu’il convient toutefois de tempérer, puisque les dépenses comptabilisées comprennent en premier lieu les salaires versés aux joueurs pendant leur période d’indisponibilité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont conséquents en Premier League.
Le jeu dur n'est toutefois pas la seule explication aux pépins physiques récurrents en Angleterre. Le fait que le championnat anglais n'ait pas de trêve hivernale et continue de jouer pendant les fêtes constitue une autre source de risque pour les joueurs.
C’est la nouvelle réalité à laquelle Johan Manzambi est confronté à Aston Villa: comment son jeu direct et percutant, très exposé aux fautes et aux contacts, s’accommodera-t-il du championnat anglais? Comment le jeune milieu de terrain tiendra-t-il le choc physiquement? Sa première saison à Birmingham apportera les réponses.
Le Genevois n'ayant retrouvé les terrains que le week-end dernier, nous pouvions nous attendre à ce que son club d'Aston Villa ne le libère pas et profite de la fenêtre internationale pour achever sa préparation physique. Mais il n'en a rien été: Villa estime que Manzambi a besoin de jouer et l'a donc confié au staff de l'équipe de Suisse, un choix qui, s'il peut finalement paraître logique, a tout de même conduit Yakin à saluer le côté «très gentleman» des Anglais. «Nous verrons si nous pouvons le faire débuter», a-t-il précisé.
