Les défenseurs ont une nouvelle manie quand ils taclent
Ces dernières parties de Ligue des champions ont montré toute la hargne des défenseurs. A commencer par le taulier du PSG, Marquinhos, qui n'a pas hésité à hurler sa joie, presque éructer, après un tacle salvateur sur le capitaine de Liverpool Virgil van Dijk, pour préserver les siens mardi lors du 8e de finale retour (victoire 2-0 et qualification du PSG).
Le sauvetage de Marquinhos et sa célébration 📺
Mercredi soir encore, lors du choc entre le Bayern Munich et le Real de Madrid, c'était au tour du défenseur bavarois Dayot Upamecano d'intervenir avec classe devant Vinicius Jr. Le duel remporté, c'est un cri de guerrier qui sort de sa bouche.
Upamecano dans ses œuvres 📺
Un autre moment similaire nous revient en tête quand on se plonge dans nos souvenirs: l'intervention de l'Ecossais Kieran Tierney lors du match d'ouverture de l'Euro 2024 contre l'Allemagne, stoppant net l'offensive du foudroyant Jamal Musiala, avant de brandir un poing rageur en direction des fans écossais.
Les défenseurs se lâchent, crient, haranguent les foules. Ces cris rageurs ne datent pas d'hier, mais ils se multiplient chez les joueurs au tempérament défenseur.
Ils font montre d'un caractère de guerrier bruyant, loin des figures plus sobres aujourd'hui loin des pelouses, comme Alessandro Nesta ou Paolo Maldini. Si le football est devenu plus physique, plus rugueux avec les années, c'est un phénomène qui, lui, ne fait que s'amplifier.
Patrick La Spina, spécialiste du développement individuel et des microcomportements dans le football, fondateur du programme Foot-Lab, répond: «Le défenseur est un joueur qui est très apprécié des fans de foot; le public apprécie ces joueurs qui mouillent le maillot. Le geste défensif, sa célébration, c'est comme un geste collectif et le public aime ça.»
Le formateur valaisan rappelle à nos bons souvenirs les célébrations du portier Gianluigi Buffon, rejoint dans la foulée par ses coéquipiers pour fêter une parade décisive.
Pour Steve Rouiller, le patron de la défense de Servette, les défenseurs sont de plus en plus bruyants, dans la lignée des Chiellini ou Bonucci.
«Notre but»
Le Grenat, d'ordinaire sobre sur la pelouse, explique que le défenseur veut aussi exister aux yeux du grand public. Il emboîte le pas à Patrick La Spina: «C’est peut-être une façon de célébrer comme un attaquant son but, et que ce soit visible pour les spectateurs d’empêcher une équipe d'inscrire un but».
Comme le suggèrent les propos de Steve Rouiller, la raison de ces réactions ostentatoires des défenseurs est peut-être liée à un sentiment de manque de reconnaissance. Et pour cause: ils sont souvent «oubliés» lors des récompenses individuelles, contrairement aux footballeurs offensifs.
Le Ballon d'or, par exemple, n'a couronné que deux défenseurs (Franz Beckenbauer et Fabio Cannavaro) et un gardien (Lev Yashin). Une insulte pour ces joueurs si précieux pour l'équilibre d'un collectif et souvent décisifs.
Et même une grande saison d'un défenseur ne semble pas trouver grâce aux yeux des votants et observateurs. L'illustration la plus récente est Virgil Van Dijk. Le patron de la défense de Liverpool avait brillé sur les pelouses européennes en 2019 – le sacre en Champions League et un titre de meilleur joueur de Premier League. Malgré les performances d'envergure, des trophées plein les bras, le taulier de la défense des Pays-Bas et des Reds finissait deuxième derrière Lionel Messi en 2019.
Un cri intérieur
Pour réclamer une reconnaissance, les éléments défensifs ne vont pas se priver d'opposer leur hargne (rugissante) aux attaquants adverses. Or, selon Patrick La Spina, le défenseur célèbre la majorité du temps en silence, à quelques différences près:
Si l'aspect défensif est quelque peu éclipsé par les prouesses d'attaquants conjuguées à l'obsession du milieu footballistique pour les statistiques, le poste de défenseur a toujours la cote auprès de la jeunesse. Le formateur valaisan, qui a collaboré avec plusieurs grands clubs européens dont l'Olympique Lyonnais, nous éclaire aussi sur une relève qui ne vit pas uniquement à travers les buts de Kylian Mbappé:
Oubliées lors des récompenses individuelles, ces pièces maîtresses ne sont pas délaissées par les nouvelles générations ni par un public averti, sous le charme de footballeurs prompts à cravacher et se sacrifier pour le collectif. Nul besoin d'inscrire son nom au tableau d'affichage pour briller.
Cet article est adapté d'une première version publiée le 19 juin 2024 sur notre site.
