Cette Romande brave le danger pour réaliser son rêve
Même si c'est la première fois que nous la rencontrons, on reconnaît immédiatement la nageuse qui nous a donné rendez-vous dans un café de Saint-Prex, ce mardi midi de novembre: une montre de sport au poignet, des épaules bien dessinées et aucune viennoiserie sur la table. Un autre détail attire notre attention et donne un indice sur sa prochaine destination: Loïs Aldebert est plongée dans «Désenchantées», de Marie Vareille. Un roman dans lequel la Manche joue un rôle central. Or, c'est précisément ce bras de mer, qui sépare la France de l'Angleterre, que la jeune femme compte traverser à la nage en 2027. «Une amie m'a prêté ce livre pour que je puisse m'imprégner du lieu avant de m'y rendre», sourit Loïs.
La traversée de la Manche est mythique pour les nageurs en eau libre. Elle est à leur discipline ce que le marathon de New York est aux coureurs ou le mont Ventoux aux cyclistes. Il semblait donc évident que Loïs s'y frotterait un jour, elle qui nage depuis l'âge de cinq ans et qui, au fil de ses années en club et des longueurs enchaînées dans les bassins, s'est découvert un intérêt pour les longues distances.
Un rêve qui coûte cher
Originaire de Haute-Savoie, Loïs Aldebert s'est d'abord attaquée aux lacs de sa région: celui d'Annecy (15 km), puis celui du Bourget (18 km). Mais comme, de son propre aveu, elle en voulait «toujours plus», elle s'est ensuite lancée dans la traversée du lac de Zurich (26 km) puis du Léman (70 km), du château de Chillon aux Bains des Pâquis. Vingt-sept heures d'endurance qui lui ont donné envie de repousser encore ses limites, en se mesurant à la Manche: plus de 34 km dans une eau à 15 degrés, soumise aux courants et peuplée de méduses.
Pour réaliser ce qui, au fil des mois, est devenu un véritable objectif de vie, elle a contacté une organisation qui propose un service tout compris: mise à disposition d’un bateau, d’un équipage, d’un médecin à bord et, surtout, obtention des autorisations nécessaires pour permettre à la Vaudoise d’adoption de se frayer un chemin dans le trafic maritime. L’ensemble de la logistique, frais de déplacement et d’hébergement en Angleterre compris, lui coûte environ 6000 francs suisses. Une somme importante qu’elle espère réunir grâce à un financement participatif.
L'itinéraire de la traversée:
Pour boucler son budget, elle aurait tout intérêt à faire de la publicité autour de son projet, à contacter la presse pour se faire connaître. Mais elle a choisi de rester discrète.
L’humilité n’est pas la seule qualité de cette athlète de 28 ans, qui s’entraîne entre 10 et 12 heures par semaine depuis un an pour tenter de boucler son nouveau défi en 15 heures.
Sa pire crainte: le froid
Pour mettre toutes les chances de son côté, Loïs Aldebert multiplie les stages en eau salée, de la Bretagne au Maroc, en passant par la Corse. Autant d’occasions de se familiariser avec un environnement qu’elle doit encore apprivoiser.
Parmi tous les obstacles qui se dresseront inévitablement sur sa route, c'est le froid que Loïs redoute le plus. «Quinze heures dans une eau à 15 degrés, c’est beaucoup», songe-t-elle. Pour affronter les eaux fraîches de la Manche, elle compte autant sur sa préparation physique et mentale que sur son équipement de nage en eau libre. Une combinaison ajustée, plus épaisse au niveau du ventre et des cuisses pour mieux conserver la chaleur, mais plus fine aux épaules pour faciliter leur rotation.
Le 20 juin 2027, au départ de Douvres, elle s'enduira de vaseline pour limiter les frottements de sa peau avec la combinaison, ajustera son bonnet et, une fois prête, suivra un protocole bien précis.
Pour s’orienter, elle suivra le bateau guidé par GPS, à bord duquel auront pris place ses proches, dont son père, son compagnon et une amie. Elle sait que, si elle s’alimente correctement (le personnel de bord la ravitaillera à l’aide d’une perche), elle est capable d’aller au bout de son projet, qu'elle possède les ressources physiques et mentales pour y parvenir.
