Sport
Ski

«Je déconseillerais à Marco Odermatt de rejoindre une structure privée»

Trente ans avant Odermatt, Paul Accola devenait l'un des quatre seuls Suisses à remporter le classement général de la Coupe du monde.
Trente ans avant Odermatt, Paul Accola devenait l'un des quatre seuls Suisses à remporter le classement général de la Coupe du monde.

«Je déconseillerais à Marco Odermatt de rejoindre une structure privée»

Trente ans avant Odermatt, Paul Accola devenait l'un des quatre seuls Suisses à remporter le classement général de la Coupe du monde. Il raconte ce qui avait changé pour lui à l'époque et adresse quelques conseils à son successeur.
21.03.2022, 06:0621.03.2022, 12:30
Rainer Sommerhalder

Marco Odermatt est votre antithèse: un gendre idéal, qui n'a que des mots compliments pour tout le monde et qui ne connaît pas le conflit. Il y a manifestement plusieurs voies vers le succès.
Paul Accola: Je ne suis pas du tout d'accord avec vous!

Pourquoi?
J'ai l'impression que nous sommes tous les deux exactement le même type de personnes cohérentes. Marco ne peut tout simplement pas dire à voix haute quand quelque chose ne lui plaît pas. La seule différence entre nous, dans le fond, c'est qu'Odermatt ne fait pas de slalom. Parce que quand j'ai remporté le classement général de la Coupe du monde, j'étais moi aussi le gendre idéal. Ce n'est que plus tard que je suis devenu un trouble-fête pour certains.

Qu'est-ce qui caractérise Marco Odermatt selon vous?
Il est hyper efficace en faisant peu d'efforts sur les skis. Il est extrêmement doué pour cela.

Quelles sont les principales différences entre votre époque et la sienne?
Quand j'ai commencé en 1988, il n'y avait pas de carving. Avec le nouveau matériel, skier est devenu beaucoup plus facile. Tout le monde peut être rapide.

Paul Accola en 2004 sur le Lauberhorn.
Paul Accola en 2004 sur le Lauberhorn.

Remporter le classement général de la Coupe du monde est le défi ultime de chaque coureur. Le champion fraîchement auréolé court-il le risque d'un passage à vide par la suite?
L'évolution de ma carrière pourrait le laisser croire. Mais je n'y vois aucun lien. Mon problème, à l'époque, c'était que je devais beaucoup trop me battre contre la Fédération de ski. Les responsables n'ont pas compris que je me battais pour le succès de l'équipe et non pour moi. Mike von Grünigen m'a dit un jour que j'aurais dû me concentrer beaucoup plus sur moi à l'époque.

Les conflits avec la Fédération et les entraîneurs vous ont-ils pris de l'énergie, ou vous en ont-ils donné?
Ils ne font que dévorer l'énergie. C'est ce que j'observe aussi chez Odermatt. Les critiques qu'il a formulées avant la descente olympique ne l'ont pas aidé non plus (réd: le Nidwaldien avait pesté contre une décision du jury favorable aux autres favoris).

Pourquoi l'avez-vous fait quand même?
J'étais naïf. Je me disais: «Si même nos chefs ne comprennent pas comment cela devrait fonctionner...» Mais le plus triste, c'est qu'ils ne l'ont toujours pas compris.

Comment cela devrait-il se passer selon vous?
Pour moi, Karl Frehsner (réd: entraîneur le plus titré du sport suisse) est le meilleur exemple. Il avait un effectif très large. Résultat: il y avait une saine concurrence au sein de l'équipe, ce qui a contribué au succès. Si vous connaissez aujourd'hui cinq Suisses qui contribuent à remporter des victoires, c'est déjà beaucoup.

Karl Frehsner mit Skifahrer Peter Mueller im damals neuentwickelten Windkanal, der extra fuer Skifahrer entwickelt wurde, aufgenommen 30. Oktober 1986 in Emmen (LU). (KEYSTONE/Str)
Karl Frehsner avec Peter Mueller dans la soufflerie d'Emmen en 1986.Image: KEYSTONE

Vous reprochez souvent à la génération actuelle de passer parfaitement les portes, mais de ne pas maîtriser le ski libre. Or chez Marco Odermatt, ce ski libre est précisément cité comme un facteur de réussite.
Je trouve génial que lui ou son père osent avancer explicitement ce point. Tout le monde à la Fédération n'aime pas entendre cela. L'entraînement d'été sur le glacier sert aussi à occuper les entraîneurs. Mais espérer s'y développer en tant que skieur, il faut oublier. A la fin de l'entraînement sur un glacier, la moitié des skieurs sont déjà hors course. Le risque de blessure est tellement grand.

Quels conseils pouvez-vous donner à Odermatt sur la base de votre propre expérience de vainqueur de la Coupe du monde?
J'aimerais beaucoup les lui transmettre une fois en privé, mais pas en public.

Pourquoi pas?
Si je dis cela à un journaliste, la moitié de l'effet se sera déjà dissipé. Pour vous, la priorité est toujours de faire de gros titres pour vendre vos journaux. J'ai toujours dit que les médias et les entraîneurs sont les plus grands adversaires des champions. Rétrospectivement, j'ai été un imbécile de régler mes différends par le biais des médias.

Poursuivons les comparaisons entre générations. Pourquoi presque plus aucun coureur ne participe à toutes les disciplines?
Vous voulez que je sois honnête?

Le contraire serait dommage.
Parce qu'ils sont trop paresseux. Moi, j'ai toujours perçu cela comme un avantage. Si ça ne marchait pas en slalom, je pouvais me rabattre sur le géant ou le super G. Les spécialistes actuels du slalom s'entraînent des milliers d'heures pour disputer dix courses en hiver, et être éliminés cinq fois! Un vrai athlète fait du sport parce qu'il aime la compétition. Il n'y a rien de plus cool. Or beaucoup de skieurs actuels, en se spécialisant, renoncent justement à cette expérience de la compétition. Je ne sais pas de quoi ils ont peur. Heureusement, il y a l'exemple de Marco Odermatt, qui pratique quatre disciplines, si l'on compte le combiné. Mais il n'y a presque plus de combinés et c'est dommage.

Pour Marco Odermatt, plus que les disciplines, la question se pose de savoir s'il ne devrait pas plutôt miser sur une structure privée.
Je le lui déconseillerais. Pour moi, la plus belle chose était de me mesurer à mes coéquipiers comme von Grünigen, Kälin ou Locher. Même à l'entraînement, on se poussait mutuellement vers le haut.

Andrea Zinsli, Mitte, gewinnt bei den Ski Alpin Schweizermeisterschaften in Zinal den Slalom vor Michael von Gruenigen, links, und Paul Accola, rechts, aufgenommen am 26. Maerz 1997. (KEYSTONE/Str)
Michael von Grünigen, Andrea Zinsli et Paul Accola en 1997.Image: KEYSTONE

Donc pas de structure privée?
Mike von Grünigen m'a récemment confié qu'il avait pu faire entrer tous les entraîneurs qu'il voulait dans l'équipe d'entraîneurs de Swiss Ski. Je ne m'en étais même pas rendu compte. Il a fait cela de manière incroyablement intelligente.

Emmenez-nous brièvement dans cette saison magique, en 1991/92. Pourquoi tout s'est-il aussi bien passé ?
Parce que j'étais totalement libre dans ma tête. Je n'ai pas eu à me disputer une seule seconde avec quelqu'un. Même les journalistes étaient à mes pieds. Je me souviens que pendant tout l'hiver, je n'ai passé que cinq jours à la maison à Davos.

Quelle importance a eu pour vous le fait de gagner le gros globe?
Il n'y a rien de plus grand pour un skieur. En Suisse, il y a beaucoup plus de champions olympiques que de vainqueurs du classement général de la Coupe du monde.

Et quel a été l'impact de ce succès ?
Ma notoriété a considérablement augmenté. On me connaît encore aujourd'hui. Sauf peut-être les plus jeunes. Récemment, j'ai assisté à la Coupe du monde féminine à Lenzerheide. Certains jeunes soldats n'avaient plus aucune idée de qui j'étais. C'était il y a tout de même 30 ans.

Si l'on considère le déroulement de votre carrière, votre athlète préférée aujourd'hui devrait plutôt s'appeler Lara Gut-Behrami, non?
La manière dont elle est présentée par les médias, et aussi par certains entraîneurs, est à vomir. J'ai vraiment de la peine pour elle. Je trouve sensationnel ce que cette femme montre sur le plan sportif. Et on ne cesse de s'en prendre à elle. Cela dévore l'énergie et n'apporte rien à personne.

La skieuse suisse Lara Gut, parle avec les journalistes apres une conference de presse de Swiss-Ski avant le debut de la nouvelle saison de Ski Alpin pendant la traditionelle semaine publicitaire de S ...
Lara Gut-Behrami face aux médias.Image: KEYSTONE

Vous n'avez pas l'impression que les relations entre la Fédération et les athlètes sont meilleures aujourd'hui, que les souhaits des skieurs sont davantage pris en compte?
Je ne peux que l'espérer. Ça me paraît être d'une nécessite absolue. La Fédération et les entraîneurs sont là pour ça dans le sport. Ils doivent dérouler le tapis aux athlètes. Rien d'autre.

Je crois que nous en avons fini avec les questions!
Il me reste encore une anecdote.

Ne vous gênez pas.
C'était lors d'un Championnat suisse junior à Dallenwil. Alors que nous nous entraînions exclusivement au slalom au ski-club Davos, j'ai disputé mon premier géant et je suis monté pour la première fois sur le podium en terminant 3e. Quand je suis rentré à la maison, mon frère m'a grondé en me disant que j'avais pris un de ses skis. Quand j'ai sorti les skis, l'un d'eux était en fait 10 cm plus long que l'autre. J'ai fait mon meilleur slalom géant avec deux skis de longueur différente, sans m'en rendre compte!

Plus d'articles sur le sport
Djokovic n'a pas aimé le geste de son adversaire
Djokovic n'a pas aimé le geste de son adversaire
de Yoann Graber
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
de Julien Caloz
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
de Yoann Graber
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
de Romuald Cachod
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
de Romuald Cachod
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
de Stefan Wyss
On en a la chair de poule
On en a la chair de poule
de Yoann Graber
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
de Julien Caloz
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
de François Schmid-Bechtel et Sebastian Wendel
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
de Yoann Graber
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
de Yoann Graber
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
de Romuald Cachod
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
de Yoann Graber
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
2
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
de Yoann Graber
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
de Sebastian Wendel
Cette Romande est une championne ultime
Cette Romande est une championne ultime
de Julien Caloz
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
de Yoann Graber
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
de Nicolas basquez
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
de simon hÄring
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
de Simon häring
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
de Romuald Cachod
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
2
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
de Sebastian Wendel
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
de Julien Caloz
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
de Yoann Graber
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
1
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
de Klaus Zaugg
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
1
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
de Romuald Cachod
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
Panna Udvardy (95e mondial) a vécu une effrayante situation, la semaine dernière lors d'un tournoi en Turquie. Symptomatique d'un fléau qui frappe ce sport.
Un message qui fait froid dans le dos. C'est celui de Panna Udvardy, publié ce vendredi sur son compte Instagram. La tenniswoman hongroise (27 ans) explique qu'elle a reçu des menaces de mort sur son téléphone privé, avant de jouer un quart de finale dans un tournoi à Antalya, en Turquie.
L’article