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Le curieux aveu du vainqueur de «la Diagonale des fous»

Le curieux aveu du vainqueur de «la Diagonale des fous»

Titré vendredi sur la course de montagne la plus dure du monde, Mathieu Blanchard a reconnu qu'il avait pris un gros risque en changeant ses habitudes.
22.10.2024, 12:0322.10.2024, 12:03

Mathieu Blanchard s’est imposé vendredi dans le Grand Raid de la Réunion, l’un des monuments du trail, après 175 km de course et plus de 10'000 mètres de dénivelé positif. Le Français a mis 23h25 pour venir à bout de la «Diagonale des fous», le surnom de cette épreuve mythique, et s'il a triomphé, c'est grâce à ses qualités athlétiques autant qu'à une stratégie audacieuse.

L'ultra-trailer de 36 ans participait à la course pour la première fois de sa carrière. Il s'agissait donc pour lui d'une plongée dans l'inconnu. En de telles circonstances, les sportifs ont tendance (et c'est parfaitement normal) à anticiper chaque détail, de sorte à maîtriser ce qui peut l'être. Or l'une des pratiques les plus courantes, quand on est un coureur de haut niveau, consiste à anticiper ses temps de passage, c'est à dire à «découper» le tracé en plusieurs secteurs avant le départ. Le sportif note à quelle heure il doit atteindre tel et tel point en fonction de son niveau et de ses ambitions, ce qui lui permet de gérer son allure et ses ravitaillements.

Mais Mathieu Blanchard a fait tout le contraire, vendredi dernier à La Réunion. Il l'a avoué après avoir franchi la ligne:

«Je n'avais pas préparé de temps de passage alors que je le fais toujours. C'est donc une perte de contrôle, je n'avais aucune idée d'où j'allais»

Le choix des mots dit à quel point le Français a été bousculé dans ses repères. En réalité, Mathieu Blanchard savait très bien où il allait, c'est à dire quel chemin suivre. Mais comme l'ultra-trail est aussi un voyage intérieur, l'absence de temps de passage l'a en quelque sorte désorienté. «C'est ça aussi l'aventure, et ça me permet de performer», a ajouté le vainqueur, comme pour souligner les vertus de l'instinct dans le sport de haut niveau, un univers où les gestes sont toujours plus dictés par les datas.

Faire courir les jambes plus que la tête, dans une sorte de lâcher prise, peut donc aboutir à de grands résultats. C'est aussi ce qu'avait expérimenté le vainqueur de «la Diagonale des Fous» en 2023. Cette année-là, Aurélien Dunand-Pallaz avait traversé les massifs montagneux de l'île sans se précoupper du chrono.

«J'ai regardé ma montre à 5 minutes de la ligne d'arrivée. Je fais ça sur toutes mes courses. Je ne prévois jamais mes temps de passage»
Aurélien Dunand-Pallaz, vainqueur du Grand Raid de la Réunion en 2023.

Ce type de stratégie est-il pour autant conseillé à tout le monde? Les amateurs devraient-ils s'en inspirer? Ce n'est pas aussi simple. Il y en a, bien sûr, qui ont besoin d'avoir des points de repère pour aller au bout de l'effort. C'est pour eux, par exemple, que Sierre-Zinal a créé un fichier Excel leur permettant de calculer leur temps de passage en fonction de leur objectif chronométré. «La plupart des coureurs a tendance à partir trop vite», ont constaté les organisateurs du trail valaisan. Ils recommandent ainsi à chaque participant d'adopter le «negative split»: une «stratégie payante», disent-ils, qui consiste à répartir son effort de sorte à courir plus vite la seconde moitié du parcours.

Pour ces athlètes trop pressés d'en découdre, avoir des temps de passage en tête est précieux. Mais cette façon de faire peut aussi se retourner contre les trailers, car le chrono en décourage beaucoup au fil des kilomètres. «Si vous constatez que vous avez 2 minutes de retard au premier pointage, puis 5 au deuxième et ainsi de suite, la course devient forcément plus dur, et vous risquez d'abandonner», nous fait remarquer un coureur amateur et néanmoins chevronné, qui a lui aussi décidé de se passer des outils de mesure traditionnels. Malin, il sait que c'est encore le moyen le plus rapide de ressembler à un vainqueur de «la Diagonale des fous».

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