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La Suisse risque de devenir «un îlot d’asile» à cause de l'UDC

Beat Jans s'oppose de toutes ses forces à l'initiative UDC
Beat Jans fait activement campagne contre l'initiative UDC.Image: watson/ Emmanuella Kälin

Pourquoi la Suisse risque de devenir «un îlot d’asile» à cause de l'UDC

Le conseiller fédéral Beat Jans parcourt la Suisse pour faire campagne en faveur du «non» à l'initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions». Interview.
17.05.2026, 07:0417.05.2026, 11:41
Seline Meier
Seline Meier
Aylin Erol
Aylin Erol

Dans sa lutte contre l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», le Conseil fédéral fait-il preuve d'alarmisme? Et prend-il suffisamment en compte les craintes de la population liées à l’immigration? Dans un grand entretien accordé à watson, le conseiller fédéral chargé du Département de justice et police, Beat Jans, prend position sur ces sujets très émotionnels.

La course s’annonce serrée autour de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions». Selon le dernier sondage de l’institut GFS.bern, 47% des personnes interrogées devraient voter oui et 47% non. Comment expliquer ces chiffres?
Nous prenons ce résultat au sérieux, mais il ne me surprend pas. La population a déjà été divisée par le passé sur les questions migratoires. Mais comme au football, un match dure 90 minutes. Tout reste ouvert. Je parcours toute la Suisse.

«Quand j’explique concrètement le texte de l’initiative aux gens, ils deviennent de plus en plus sceptiques»

Beaucoup comprennent que l'initiative fait des promesses dans le vide et qu’elle entraînerait des problèmes considérables.

Que dites-vous à ceux qui veulent envoyer un signal contre l’immigration en votant oui?
Que ce signal serait extrême. Plafonner la population avec un chiffre fixe inscrit dans la constitution fédérale signifierait qu'une fois la limite atteinte, plus personne ne pourrait entrer sans qu’une autre personne ne sorte. Et cela à une époque où nous avons un besoin urgent de main-d’œuvre qualifiée. Cela entraînerait une lutte acharnée sur la répartition des ressources disponibles.

«Qui pourrait entrer? Des ouvriers du bâtiment, ou du personnel médical? Et si c'était du personnel médical, quel hôpital aurait droit à ces travailleurs?»

Celui de la ville, ou celui d’une région de montagne? A cela s’ajouterait la fin de la voie bilatérale, avec des conséquences très importantes.

Betreibt der Bundesrat im Kampf gegen die SVP-Initiative «Keine 10-Millionen-Schweiz» Schwarzmalerei? Und nimmt er die Ängste der Bevölkerung wegen der Zuwanderung ernst genug? Dazu nimmt Bundesrat Be ...
Beat Jans parcourt la Suisse afin de mobiliser contre l’initiative UDC.Image: watson/ Emmanuella Kälin

Lesquelles?
La Suisse pourrait connaître une situation similaire à celle du Royaume-Uni après le Brexit. Là-bas, des pénuries d’approvisionnement sont apparues dans le système de santé. Faute de personnel suffisant, la mortalité des patients dans les hôpitaux a fortement augmenté.

Et les accords avec l'Union européenne?
La fin de notre association à Schengen/Dublin est également menacée. Sans Dublin, tout requérant d’asile débouté dans l’Union européenne (UE) pourrait déposer une nouvelle demande chez nous.

«La mise en œuvre de l'initiative ferait de la Suisse un îlot d’asile au milieu de l’Europe et elle deviendrait bien plus attractive pour les requérants»

Je n’arrive pas à imaginer que c'est ce que la population souhaite. Sans Schengen, notre police perdrait l’accès aux bases de données de sécurité de l’UE. Face à la criminalité transfrontalière, nous devrions enquêter quasiment à l’aveugle. L’initiative met en danger la sécurité de notre pays.

N’êtes-vous pas en train de dramatiser? L’échange d’informations fonctionne dans les deux sens. L’UE n’a pas intérêt à créer une zone de non-droit au cœur de l’Europe.
Non, ce n’est pas de la dramatisation. Après le Brexit, le Royaume-Uni a été exclu pendant des années des échanges d’informations. Cela a posé de grands problèmes à la police. Sans Schengen, la Suisse se retrouverait elle aussi face à un vide légal. Et le nombre de demandes d’asile a fortement augmenté au Royaume-Uni après le Brexit.

Mais le fait est que la population suisse augmente régulièrement. Combien de personnes peuvent encore y trouver leur place?
La Suisse a de la place pour autant de personnes qu’il lui en faut pour fonctionner. Pour que vous puissiez être soigné à l’hôpital quand vous en avez besoin. Pour que votre mère soit prise en charge à l’EMS. Pour que les routes soient entretenues et que les restaurants aient suffisamment de personnel. Pour que les PME reçoivent des candidatures.

Beaucoup craignent que l’immigration ne s’arrête jamais, que nous ayons un besoin illimité de main-d’œuvre. Les immigrés ont également besoin d’infrastructures, de médecins, d’écoles. L’UDC parle d’un système en boule de neige.
C’est en partie vrai. Mais si vous devez être soigné à l’hôpital, l’essentiel est qu’une personne compétente vienne lorsque vous sonnez, n’est-ce pas? Par ailleurs, je ne partage pas la crainte d’une croissance infinie. Les spécialistes prévoient, pour les années 2040-2050, une baisse de la population malgré l’augmentation de l’espérance de vie. Cela en raison de la baisse du taux de natalité.

L'insécurité professionnelle, la densité de population, la hausse des prix, la pénurie de logements abordables... prenez-vous suffisamment au sérieux les inquiétudes concernant ces sujets?
Oui. Nous abordons ces défis avec des propositions concrètes. La Suisse a toujours procédé ainsi. Nous investissons chaque année des milliards dans le rail et les routes. Nous encourageons la construction de logements. Nous mettons en œuvre des mesures dans le domaine de l’asile. Nous améliorons le coaching professionnel pour mieux intégrer sur le marché du travail ceux qui sont déjà ici. Quant aux craintes liées à l’emploi, les études montrent que l’immigration ne remplace pas les travailleurs locaux, elle les complète.

Apparemment, la mise en œuvre de ces solutions est trop lente pour la population.
La démocratie est parfois lente, mais cette initiative ne propose aucune solution, encore moins des solutions rapides. Au contraire. Les initiants disent que nous pourrions continuer à faire venir 40 000 travailleurs qualifiés par an.

«Or, nous manquons déjà précisément de main-d’œuvre qualifiée, pour développer les infrastructures, par exemple»

En Suisse, le taux d’activité des ressortissants de pays de l’Union européenne et de l’Association européenne de libre-échange est d’ailleurs plus élevé que celui des Suisses. Cela montre que la libre circulation des personnes permet l’arrivée de travailleurs dont nos entreprises ont besoin.

L’immigration ne peut pourtant pas être la seule solution à la pénurie de main-d’œuvre.
Elle ne l’est pas. Nous avons déjà pris des mesures pour renforcer le potentiel de main-d’œuvre locale. Dans le même temps, beaucoup de personnes issues de la génération des baby-boomers partent à la retraite. Nous sommes dans une phase démographique où nous avons besoin de la migration pour combler ce manque. Afin de maintenir notre niveau de vie. Si l’initiative était acceptée, des dizaines de milliers de postes ne pourraient plus être pourvus.

On a vu que Conseil fédéral adoucissait parfois la mise en œuvre des initiatives acceptées par le peuple, pour des questions de compatibilité nationale. Est-ce que vous pourriez appliquer l’initiative UDC au pied de la lettre?
Une initiative populaire est un mandat contraignant. En cas de oui, la Confédération et les cantons seraient obligés de prendre des mesures pour freiner la croissance démographique. Nous y serions également tenus.

«L’initiative est conçue de telle sorte qu’elle conduirait à dénoncer la voie bilatérale»

Soit nous atteignons les 10 millions d’habitants et nous devrons dénoncer la libre circulation des personnes, comme le prévoit le texte. Soit nous freinons l’immigration avant cela, de façon si nette que nous irions à l’encontre de l’accord sur la libre circulation des personnes. Dans les deux cas, nous mettons en péril la voie bilatérale.

Quelles conséquences cela aurait-il sur les nouveaux accords bilatéraux avec l'UE?
Dans le cadre des négociations, nous avons convenu d’une clause de sauvegarde permettant à la Suisse de limiter temporairement l’immigration en provenance de l’UE en cas de graves difficultés. Avec cette initiative, nous risquons de perdre le résultat de ces négociations.

L’Union européenne a décidé, la semaine dernière, que les pays où ils sont employés devront verser les allocations chômage aux frontaliers dans le pays où ils ont travaillé en dernier. Cela entraînerait des coûts supplémentaires pour la Suisse. Qu’est-ce que cela change pour la campagne de vote?
L’initiative ne concerne pas les frontaliers. Mais si les entreprises recevaient le signal qu’elles ne peuvent plus recruter de main-d’œuvre à l’étranger, elles risqueraient de se tourner davantage vers les frontaliers. Cela signifie que les coûts liés au nouveau projet de l’UE pourraient encore augmenter pour la Suisse. A cela s’ajouterait une hausse du trafic dans les régions frontalières, sur la route et le rail.

Dans cette discussion avec l’Union européenne, la Suisse est-elle en position de faiblesse?
Non, tout reste ouvert. Aujourd’hui, la Suisse profite des règles en vigueur. Lorsque des frontaliers perdent leur travail, l’Etat d’origine ou le pays voisin finance une part plus importante de l’assurance-chômage que nous. Il est compréhensible que l’UE cherche une solution plus équilibrée.

Betreibt der Bundesrat im Kampf gegen die SVP-Initiative «Keine 10-Millionen-Schweiz» Schwarzmalerei? Und nimmt er die Ängste der Bevölkerung wegen der Zuwanderung ernst genug? Dazu nimmt Bundesrat Be ...
Selon Beat Jans, «les violences domestiques sont un problème de société dans son ensemble».Image: watson/ Emmanuella Kälin

Beaucoup craignent qu’avec la poursuite de l’immigration, la criminalité augmente. Les statistiques montrent que les étrangers sont plus souvent plus impliqués dans le crime que les Suisses. Que faites-vous à ce sujet?
Les statistiques montrent que, sur une année, environ 99% des étrangers dans ce pays ne commettent pas d’infraction pénale. Pour le reste, nous agissons.

Comment?
Un durcissement du droit pénal est en cours. En même temps, il faut constater que la criminalité dans le domaine de l’asile a reculé de plus de 10% l’année dernière. Les incidents dans et autour des centres fédéraux pour requérants d’asile ont également baissé de 60%. En revanche, ce qui a augmenté, ce sont les infractions commises par des personnes sans droit ou titre de séjour. Cette initiative aggraverait toutefois la situation en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière, car elle pourrait nous faire perdre l’accès aux bases de données de recherche du Système d’information Schengen.

La statistique policière montre que les étrangers commettent plus souvent des violences domestiques. Les violences domestiques sont-elles un problème importé?
Les personnes qui commettent, par exemple, des crimes sexuels graves sont déjà expulsées aujourd’hui. Cette initiative ne nous apporterait absolument rien à ce niveau.

«Les violences domestiques sont un problème de société dans son ensemble»

Il faut un changement de mentalité. Cela nous concerne surtout nous, les hommes. Nous devons apprendre à intervenir. Lorsque nous voyons des hommes réduire les femmes à leur corps, lorsque nous constatons qu’un collègue se comporte de manière inappropriée, nous devons intervenir en tant qu’homme. Et nous sommes actifs dans ce domaine. Je rappelle volontiers que le numéro national 142 est récemment entré en service et qu’on peut le composer en cas de besoin (adapt. joe)

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source: reddit
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