«Certains pompiers ne peuvent plus enfiler leur tenue après un tel drame»
David Bürge, vous êtes le commandant des pompiers d'Aarau. Comment avez-vous réagi en apprenant l'incendie catastrophique de Crans-Montana?
Outre les victimes, j'ai tout de suite pensé aux forces d'intervention. Cela tient certainement de la déformation professionnelle.
Vous êtes salarié, mais vos collègues sont principalement des bénévoles. Les volontaires sont-ils formés pour affronter ce type de catastrophe ?
Oui. Nous organisons régulièrement des exercices, y compris pour les événements de grande ampleur. Le problème, c'est que cela se termine une fois l'incendie éteint et les victimes récupérées.
Mais que peut-il se passer après cela?
Se demander, par exemple, comment prendre en charge des camarades qui ont vu un enfant mort et qui sont peut-être en état de choc.
Dans ce genre de cas, comment les pompiers volontaires sont-ils pris en charge?
On mobilise une équipe d'intervention dédiée. Elle se charge de l'accompagnement psychologique sur place, tant pour les proches que pour les secouristes. Ces «caregivers» ne connaissent volontairement pas les personnes qu'ils épaulent. C'est voulu. Mais c'est aussi pour cela que les pairs sont importants.
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Les pairs?
Il s'agit des psychologues au sein d'un corps comme le nôtre. Ils connaissent leurs collègues, car ils font partie de l'équipe. Parmi nos 110 pompiers, il y a sept pairs. Ce sont les premiers interlocuteurs après une intervention difficile, un incendie majeur avec des victimes, par exemple. Par ailleurs, ils s'occupent d'aller vers leurs camarades s'ils remarquent que quelqu'un change tout à coup de comportement.
Nous avons également des flyers avec un numéro pour les pompiers et leurs proches. Il permet de contacter les pairs n'importe quand. C'est une sorte de ligne d'assistance en interne.
Quelles compétences doivent avoir les pairs?
L'empathie et la maîtrise du dialogue. Mais ils doivent surtout aimer écouter. Tous reçoivent une formation professionnelle.
Quand est-ce qu'ils interviennent chez vous?
L'un de nos camarades a perdu la vie lors d'une intervention il y a un an. Tout le monde a été profondément touché. A l'époque, j'ai fait appel à des pairs. Ils ont mis en place des éléments matériels, comme des bougies, un livre de condoléances, mais aussi une discussion commune.
Beaucoup le vivront moins bien en n'ayant que des informations partielles. Par exemple, parce qu'ils n'étaient pas sur place ou intervenaient ailleurs. Certains ressentent parfois de la culpabilité. C'est à ce moment qu'il faut se souvenir des pairs.
Comment gérait-on ces moments marquants lorsque vous avez commencé votre carrière?
C'était il y a 35 ans. A l'époque, il n'y avait pas de pairs. On disait alors: «Un Indien ne connaît pas la douleur». Heureusement, cela a changé.
Avez-vous parlé de Crans-Montana avec vos collègues?
Oui. On a eu un rapport des cadres la semaine passée. On a observé une minute de silence et pensé aux victimes, mais aussi aux équipes de secours. Elles ont maintenant besoin d'énormément de force et doivent rester opérationnelles malgré ces événements traumatisants.
Dans un cas d'une telle ampleur, le système de pairs fonctionnerait-il également?
J'en suis sûr à 100%. Il n'y a pas que les pairs, l'ensemble du réseau peut aider.
Connaissez-vous des pompiers qui, depuis cet accident, doutent de leur engagement, peut-être par crainte de vivre pareille expérience?
Non, je n'ai pas connaissance d'un tel cas chez nous. La situation est sans doute différente pour les pompiers de Crans-Montana, qui ont vécu l'incendie de près. Certaines personnes ne peuvent plus enfiler leur tenue après ça.
En tant que commandant, vous vous y connaissez en matière de protection contre le feu. Avez-vous déjà eu un mauvais pressentiment dans un établissement de votre secteur?
Je suis convaincu que les prescriptions en vigueur garantissent un niveau de sécurité élevé. Je me sens généralement en sécurité dans les restaurants.
Les prescriptions sont-elles respectées?
Dans la plupart des cas, oui. A mon avis, des contrôles réguliers sont indispensables, non seulement lors de rénovations et de constructions, mais aussi dans tous les autres établissements.
Comment réagissez-vous lorsque vous constatez des lacunes en la matière?
En tant que pompier, on a une autre perception. Je prête toujours attention à l'emplacement des issues de secours et je vérifie qu'elles ne sont pas bloquées. Si je remarque quelque chose qui pose problème, j'en informe les responsables.
Et comment eux réagissent-ils?
La plupart du temps, ils sont compréhensifs et reconnaissants. Plus sereins, peut-être que s'ils avaient à faire à un policier venu les réprimander. Les pompiers bénéficient d'un petit bonus de popularité.
Comment retrouvez-vous votre calme après une intervention compliquée?
Par de petits rituels. Certains vont jeter une pierre dans l'Aar et regardent les vagues. Enlever sa tenue de pompier, c'est également un rituel. Personnellement, une promenade ou un café bu tranquillement m'aident. Des choses banales, mais que l'on fait en totale conscience.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
