La joie a été immense en Suisse lorsque Nemo a remporté, en mai, le concours Eurovision pour la première fois depuis Céline Dion, en 1988. Un triomphe qui implique que l'édition 2025 aura lieu en Suisse, car la tradition veut que le pays vainqueur accueille la prochaine édition.
Une fois que l'euphorie de la victoire s'est lentement dissipée, diverses villes se sont profilées: Zurich, Berne, Bâle, Genève, mais aussi Saint-Gall et Lucerne ont prudemment annoncé leurs ambitions. Mais ces deux dernières ont rapidement abandonné la course. Zurich et Genève sont désormais en pole position, suivies de près par Bâle et Berne.
Mais à l'euphorie ambiante s'est vite opposée la dure réalité: l'organisation du concours coûte de l'argent, beaucoup d'argent. Les villes et leurs cantons négocient la répartition des coûts, et dans certains endroits, des associations comme celles du secteur du tourisme, par exemple, sont également mises à contribution.
Et voilà que dans deux des villes candidates, une autre résistance se manifeste: à Berne, l'UDC a annoncé qu'elle lancerait un référendum contre le crédit de 30 millions de francs accordé par le canton.
Cela pourrait suffire à empêcher l'organisation de l'Eurovision à Berne. En effet, en raison des longs délais, une votation ne pourrait avoir lieu que l'année prochaine, comme l'écrit le Tages-Anzeiger. Beaucoup trop tard – d'ici là, il faudra avoir décidé où l'événement aura lieu, car les préparatifs demandent beaucoup de temps et de ressources. La sécurité de la planification est le mot d'ordre pour la SRG SSR, qui est responsable de la production.
Abgesehen von den enormen Kosten wurde der ESC zunehmend zu einer Freak-Show an der Judenhass grassiert und Okkultismus zunehmend toleriert und sogar zelebriert wird. Kultur und Vielfalt geht anders. https://t.co/FXaQFes9MA
— EDU Kanton Bern (@edu_udf_be) July 4, 2024
Outre l'UDC, l'Union démocratique fédérale (UDF, extrême droite) bernoise soutient également le référendum. Dans un post sur X, elle qualifie l'événement de «foire aux monstres où la haine des juifs fait rage et où l'occultisme est toléré et même célébré».
Le président de l'UDC, Marcel Dettling, salue le projet de ses camarades bernois, comme il l'a déclaré au Tages-Anzeiger: «Il est juste que le citoyen puisse décider et que ce ne soit pas simplement la classe politique qui décide de ce gaspillage d'argent». Il ajoute:
Le conseiller national schwyzois salue le fait que des sections de l'UDC dans les autres cantons mettent également des bâtons dans les roues à l'organisation de l'Eurovision.
C'est déjà un sujet concret à Zurich: bien que l'UDC de la ville ait décidé de renoncer à un référendum, l'idée n'est pas encore abandonnée par la section jeune.
La raison: les coûts. «La ville ferait mieux de baisser les impôts plutôt que de dépenser beaucoup d'argent pour des événements inutiles», déclare Naemi Dimmeler, présidente des Jeunes UDC de Zurich. Celle-ci estime en outre que l'Eurovision est régulièrement utilisé à mauvais escient pour faire connaître des opinions politiques. Les exemples les plus récents évoqués sont le débat sur le troisième genre et l'antisémitisme lié à la guerre à Gaza.
A Zurich, le parlement de la ville a annoncé, la semaine dernière, que la ville soutiendrait l'organisation du concours avec un crédit de 20 millions de francs. Le canton veut apporter cinq millions supplémentaires provenant d'un fonds d'utilité publique issu des fonds de la loterie – ce projet est controversé, et pas seulement au sein des représentants de l'UDC, mais il a été accepté.
Il n'est pas encore certain que les Jeunes UDC lanceront un référendum contre le crédit de la ville. Ils devraient pour cela récolter 2000 signatures dans un délai de 60 jours. Mais si cela doit se produire et que la collecte de signatures aboutit, la candidature zurichoise sera également menacée. Les rouages démocratiques tournent certes un peu plus vite qu'à Berne, mais une votation ne serait tout de même pas possible avant novembre.
La SRF a indiqué au Tages-Anzeiger qu'elle prenait en compte, dans sa décision, les éventuels référendums organisés dans les villes hôtes. Implicitement, là où l'argent n'est pas soumis à l'obligation de référendum, l'organisation est moins risquée et offre une plus grande sécurité de planification.
L'UDC bâloise éprouve, quant à elle, un peu plus de sympathie pour l'Eurovision. Pascal Messerli, président de la section locale, a affirmé que son parti ne lancerait pas de référendum contre le concours, ce qui pourrait être un avantage pour la candidature de la ville.
Toutefois, si un référendum est organisé à Zurich, cela profitera surtout à Genève. La ville et le canton sont prêts à investir 30 millions de francs pour l'Eurovision. De plus, la SRG SSR dispose, là-bas, d'une infrastructure existante, ce qui est un avantage en termes de coûts. Et un éventuel référendum n'a pas encore été évoqué en Suisse romande. L'UDC du bout du lac à une tout autre vision:
L'élu déplore surtout la disparition d'événements comme le Salon de l'auto, qui freine l'économie locale.
Fin août, la SSR, en consultation avec l'Union européenne de radio-télévision (UER), choisira la ville-hôte de l'Eurovision. (avec jah)
Traduit et adapté par Tanja Maeder