Ce que deviennent les réfugiés ukrainiens accueillis par la Suisse
Le 24 février 2022, la guerre conventionnelle a fait son retour sur le sol européen. La Russie a envoyé ses chars en direction de Kiev. Depuis, près de 7 millions d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens ont fui à l’étranger. Rien que durant les deux premières semaines du conflit, deux millions de personnes ont quitté leur pays en direction de l’espace Schengen. Les Suisses ont réagi avec solidarité. Quatre ans plus tard, voici quelques chiffres.
La vague de réfugiés s'est estompée
Depuis le début de la guerre, plus de 126 000 personnes ont déposé en Suisse une demande de statut de protection S. La première année, en 2022, a été la plus intense avec près de 75 000 requêtes. En 2025, environ 12 000 nouvelles demandes ont encore été enregistrées. Le taux de protection – soit la part des demandes acceptées – a également diminué. Alors que la quasi-totalité des Ukrainiens en exil étaient admis la première année, une personne sur cinq a essuyé un refus l’an dernier.
Cela s’explique notamment par les mesures prises par la Confédération pour lutter contre les abus. Un accord de protection des données avec la Hongrie permet par exemple de mieux vérifier l’origine des requérants. Et depuis décembre 2023, les Ukrainiens titulaires d’un permis de protection expiré délivré par un Etat de l’Union européenne (UE) ou de l'Association européenne de libre-échange (AELE) ne sont plus admis en Suisse.
Le profil des réfugiés
Le chiffre équivaut presque à celui de la population du Jura: actuellement, plus de 71 000 réfugiés d'Ukraine vivent en Suisse. Parmi eux, environ 1500 personnes d’une autre nationalité qu'ukrainienne, mais qui résidaient en Ukraine avant le 24 février 2022.
60% des personnes au bénéfice du statut S sont des femmes et 40% des hommes. Cette vague migratoire diffère ainsi de celle provenant d’autres pays, où les jeunes hommes sont souvent surreprésentés – d’autant que de nombreuses Ukrainiennes disposent d’une bonne formation, voire de diplômes universitaires.
63% de ces réfugiés sont en âge de travailler; environ un quart sont mineures. Des milliers d’enfants ont été scolarisés dans nos écoles cantonales.
Familles d'accueil et logements privés
Sans la solidarité de la population, la Suisse n’aurait pas pu absorber un tel afflux. A un moment donné, près de 65% des réfugiés vivaient dans des familles d’accueil. Ce nombre a nettement diminué depuis.
Les raisons sont multiples. Avec la baisse des nouvelles arrivées, les cantons ont pu réactiver davantage les structures d’asile ordinaires. Beaucoup d’offres privées étaient de toute façon pensées comme des solutions temporaires.
Le canton de Thurgovie confirme:
La baisse du nombre d’Ukrainiens vivant chez des particuliers constitue toutefois aussi un signal positif: beaucoup ont emménagé dans leur propre logement, signe d’un processus d’intégration avancé.
Le retour en Ukraine
L’an dernier, le statut de protection a pris fin pour près de 6000 réfugiés ukrainiens. C’est relativement peu comparé aux années précédentes. Au total, en quatre ans de guerre, le statut S a été levé plus de 36 000 fois. En règle générale, le statut s’éteint parce que la personne y renonce ou quitte la Suisse. Dans de rares cas, il s’agissait d’une sanction des autorités, par exemple à la suite d’infractions pénales.
Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) ne détaille pas les motifs de ces cessations. Il sait toutefois que depuis le début du conflit, plus de 11 000 personnes sont rentrées en Ukraine avec une aide financière au retour. Le coup de pouce s’élève à 500 francs par personne. La Confédération ignore en revanche où se sont installés les quelque 25 000 autres Ukrainiens qui ont quitté la Suisse.
L'intégration sur le marché du travail
D’ici à fin 2025, la Confédération visait un taux d’emploi de 50% parmi les Ukrainiens en âge de travailler. Un objectif qui se heurte à la réalité. Un peu plus de 16 000 personnes, soit 36%, ont intégré le marché du travail. Parmi celles arrivées durant la première année de guerre, le taux d’activité atteint 45,9%. En moyenne, les réfugiés ukrainiens travaillent à 70% et nombre d’entre eux ne dépendent plus de l’aide sociale.
Les différences cantonales sont marquées. A Genève, seuls 17,7% exercent une activité lucrative, contre 69,9% à Appenzell Rhodes-Intérieures. Les cantons d’Argovie (45,2%), de Lucerne (39,3%) et de Saint-Gall (43%) se situent également au-dessus de la moyenne nationale. Ces écarts s’expliquent en partie par la structure économique et la situation du marché du travail régional.
Les petits cantons bénéficient souvent de circuits plus courts entre autorités et employeurs. Les pouvoirs publics financent diverses mesures d’intégration, notamment des cours de langue. Confédération et cantons entendent encore progresser, tant dans le placement sur le marché de l’emploi que dans la reconnaissance des diplômes.
A titre de comparaison, les réfugiés au bénéfice d'un permis F, admis à titre provisoire, affichent, après quatre ans en Suisse, un taux d'emploi légèrement supérieur (52,8%) à celui des Ukrainiens. Cela tient notamment au fait que les hommes seuls, sans obligations familiales, y sont majoritaires. (adapt. tam)
