On a regardé «Oradour» avec Matt Pokora pour que vous n’ayez pas à le faire
N’ayons pas peur des mots, on a lancé le visionnage d’Oradour avec le frein à main. Les premiers extraits avaient déjà provoqué début septembre sur les réseaux sociaux quelques beaux haussements de sourcils.
On s’attendait donc à un naufrage. Et puis… non. Disons plutôt qu’Oradour, diffusé jeudi 24 septembre sur TF1 dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée au massacre de ce village français durant la Deuxième Guerre mondiale, n’est pas assez mauvais pour devenir marrant, mais pas non plus assez bon pour devenir marquant.
Il flotte quelque part entre les deux, dans cette zone grise du téléfilm français qu’on regarde jusqu’au bout sans souffrir atrocement, mais dont on ne gardera pas un souvenir impérissable. Et contre toute attente, le problème n’est même pas (seulement) Matt Pokora.
Rendons à César…
Soyons clairs, personne ne remettra un César dans les mains de Matt Pokora après cette performance. Son jeu est extrêmement inégal. Par moments, il a l’air de réciter son texte avec toute l’émotion d’un GPS annonçant la prochaine sortie. A d’autres, il appuie si fort qu’on voit presque les indications de mise en scène apparaître comme des sous-titres. Mention spéciale à un «Quel gâchis!» lancé avec ce mélange fascinant de trop et de pas assez qui nous a fait dangereusement frôler le fou rire.
Mais taper uniquement sur Matt Pokora serait presque trop facile, car ses partenaires ne semblent pas beaucoup plus à l’aise. Caroline Anglade et les autres acteurs sont tous, à des degrés divers, prisonniers d’une écriture qui sent quand même fort le téléfilm français.
Les dialogues sont parfois trop modernes et moyennement naturels. Imaginez, ces phrases que personne ne prononcerait dans la vraie vie, que ce soit dans une cuisine, dans une voiture ou sous la menace d’une division SS, mais qui existent parce qu’il faut bien faire comprendre au téléspectateur ce que pense le personnage.
Et puis il y a la romance. Philippe Gerbier, joué par Matt Pokora, retrouve Marie, son amour de jeunesse. Elle fuit un mari violent, tandis que lui débarque avec une mission pour la Résistance. Evidemment, les sentiments n’ont pas complètement disparu. C’est d’ailleurs ainsi que TF1 présente elle-même sa fiction. «La petite histoire dans la Grande Histoire», avec un amour contrarié pris dans le drame d’Oradour. Sur le papier, pourquoi pas.
Dans les faits, les ficelles sont tellement grosses qu’on les voit depuis l’espace. Les rebondissements s’enchaînent sans grande surprise, accompagnés de miettes dont on peine parfois à comprendre ce qu’elles apportent au récit. Et c’est là que le vrai problème débarque.
Oradour finit presque par s’incruster dans le récit
Le téléfilm, coupé en deux parties, s’appelle Oradour. Pourtant, pendant une très (trèèès) grande partie du récit, le village d'Oradour-sur-Glane ressemble plus à la toile de fond d’un mélodrame amoureux qu’à son véritable sujet. Le massacre du 10 juin 1944, au cours duquel 643 hommes, femmes et enfants ont été assassinés par des Waffen-SS avant l’incendie du village, n’entre véritablement dans le récit que très tard. Au point qu’on finit presque par avoir l’impression qu’un petit bout d’Oradour vient s’incruster dans une histoire d’amour, plutôt que l’inverse.
Evidemment, on comprend l’idée. Pour raconter une tragédie historique à un large public, il faut construire des personnages auxquels un maximum de téléspectateurs peut s’attacher. Personne ici ne reproche à TF1 de vouloir remettre Oradour-sur-Glane dans la mémoire collective, plus de 80 ans après les faits. L’intention est même franchement louable. Mais elle ne suffit pas à faire une bonne fiction.
Et lorsque le film arrive enfin au cœur de son sujet, l’émotion est à la traîne. Non pas parce que les faits auraient perdu quoi que ce soit de leur horreur, mais parce que les presque deux heures qui précèdent ont consacré trop d’énergie à une intrigue sentimentale écrite de manière un peu grossière.
Ce qui fait donc qu’Oradour n’est finalement ni le désastre annoncé par ses premiers extraits, ni le grand récit mémoriel qu’un tel sujet aurait pu permettre. C’est acceptable. Regardable. Parfois maladroit, parfois franchement bancal. Matt Pokora n’y est ni formidable, ni aussi catastrophique qu’on aurait pu craindre.
Si votre but est avant tout de (re)découvrir ou de mieux comprendre ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, vous pouvez d’ailleurs probablement vous épargner les détours amoureux et passer directement au documentaire diffusé ensuite par TF1, Oradour, un village martyr. De rien.
