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Ils mangent de la viande faisandée pour être en meilleure forme

Ils mangent de la viande faisandée pour être «en meilleure forme»
Sur les réseaux sociaux, certains adeptes du «high meat» avalent des morceaux laissés au frigo pendant des semaines, voire des mois. D ...
Miam!Image: watson

Ils mangent de la viande faisandée pour être «en meilleure forme»

Sur les réseaux sociaux, certains adeptes du «high meat» avalent des morceaux laissés au frigo pendant des semaines, voire des mois. De quoi booster l’humeur, l’intestin, les hormones... Une vieille lubie qui revient, dans le sillage de la «carnivore diet». On vous raconte.
27.09.2026, 07:0327.09.2026, 07:03

Vous aviez enfin réussi à vous faire à l'idée que certaines personnes font couler du chocolat fondu dans une boîte de Pringles? Oospie, les internets ont encore repoussé les limites du goûter.

J'en ai marre d'internet:

Depuis quelque temps, le régime «high meat» refait parler de lui sur les réseaux sociaux. Le principe est d'une simplicité qui ferait hurler un inspecteur sanitaire vaudois devant les stands de bouffe du Festival de la Cité sous canicule.

Les adeptes du «high meat» prennent de la viande crue, la laissent vieillir pendant des semaines ou des mois, et la mangent. Et on ne parle pas d’un bon vieux saucisson aux herbes sagement suspendu dans une cave. Imaginez-vous plutôt un foie cru conservé assez longtemps dans un bête Tupperware pour devenir noirâtre et gluant.

Le phénomène a récemment été documenté par plusieurs médias, dont 20 Minuten et Heute. Sur TikTok, certains adeptes ne se contentent pas d'avaler la chose en essayant de ne pas rendre leurs Chocapic. Ils vont jusqu’à lui attribuer une foultitude de vertus. Davantage d'énergie, une meilleure digestion, un taux de testostérone plus élevé, un intestin au top de sa forme et même une sensation d'euphorie. A ce stade, il ne manquerait que la promesse de la repousse des cheveux et le retour de l'être aimé pour qu’on s’envoie tous de la viande moisie.

Au frigo et hop, un antidépresseur home made

Parmi ceux qui font circuler le «high meat», on trouve un certain Marcus Young. L'Australien s'est notamment filmé en train de manger du foie cru qui, selon ses dires, avait passé quatre mois dans son frigo.

Il assure que les bactéries dans la viande aideraient à «détoxifier» l'intestin, boosterait l’apport en vitamines et favoriseraient la production de dopamine et de sérotonine. Au point de qualifier le «high meat» de sorte d'«antidépresseur», rapporte Heute.

Fleshgod, un autre TikTokeur cité par le média, consomme quant à lui des abats crus, comme du cœur et du rein d'agneau. Il associe leur consommation à un apport en énergie et présente les microorganismes présents dans de vieilles pièces de viande comme des «probiotiques».

Et la science alors, elle en dit quoi?

Aucune preuve solide ne permet d'attribuer au «high meat» les bénéfices vantés par ces amateurs de viande avariée. En revanche, les risques, eux, sont beaucoup moins mystérieux. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) rappelle que les aliments crus comme la viande peuvent contenir des germes pathogènes et provoquer des maladies gastro-intestinales lorsqu’ils ne sont pas conservés ou préparés dans les règles de l’art. En Suisse, jusqu’à 10 000 cas d’infections alimentaires sont recensés chaque année, dont 7000 à 8000 liés à la bactérie Campylobacter.

Et contrairement à ce que pourraient laisser penser certains, laisser tranquillement dépérir son steak dans un bocal n’est pas l’équivalent artisanal d’une fermentation maîtrisée. L’OSAV explique par exemple que l’affinage d’un saucisson repose sur la combinaison de plusieurs facteurs, parmi lesquels l’ajout de sel nitrité, la fermentation, l’abaissement du pH et la réduction de la teneur en eau.

Pour le dire de manière plus imagée, entre un saucisson des Grisons et un bout de poulet oublié quatre mois au fond du frigo, il existe quelques nuances.

Une vieille recette remise au «goût» du jour

Cette passion pour la viande faisandée n’est même pas une nouveauté, mais plutôt le retour d’une tendance qui avait déjà provoqué quelques sueurs froides. En 2021, Vice consacrait déjà un article au «high meat». Le média avait retrouvé plusieurs internautes qui conservaient de la viande crue pendant des semaines, des mois, voire des années avant de la consommer.

Certains racontaient ressentir une sorte d’euphorie. Une youtubeuse néerlandaise expliquait avoir essayé trois fois et avoir ressenti un «état d'exaltation», avec notamment l'impression que les couleurs, la musique et les sons étaient plus intenses. Un diététicien interrogé lui aussi par le média déclarait pour sa part qu'il était impossible de savoir exactement quelles bactéries se développaient dans une viande laissée à elle-même.

Yeeehaaa!

Le «high meat» apparaît aussi dans les théories d'Aajonus Vonderplanitz, figure américaine du mouvement «raw primal» et défenseur d'une alimentation à base de produits animaux crus. En 2007, le nutritionniste alternatif décrivait sa vision du «high meat». On coupe la viande en morceaux, on la jette dans un bocal et on la laisse se décomposer. Il affirmait, sans preuve scientifique, que sa consommation pouvait agir en quelques minutes sur la dépression et les troubles de l'humeur.

L’Américain recommandait tout de même d'ouvrir de temps en temps le récipient pour renouveler l'air, de préférence à l’extérieur, l'odeur pouvant s'incruster dans les tissus. Quand votre propre recette comporte une mise en garde concernant la survie des rideaux, c'est généralement que l’OMS ne vous rappellera pas pour vos travaux.

Les réseaux, caisses de résonance pour frigos suintants

Le «high meat» n'est ainsi pas une nouvelle lubie dont les internets auraient accouché cette semaine. Ce qui est nouveau, c'est le terrain fertile sur lequel elle repousse, tel un nid à bactéries. Car depuis quelques années, la «carnivore diet» s'est imposée sur TikTok, Instagram et YouTube.

En janvier 2025, Men's Health s'intéressait aux influenceurs qui ne se contentaient plus de manger exclusivement de la viande, mais qui la consommaient crue. La mouvance ne se limite d'ailleurs plus aux bonshommes testostéronés. En 2024, c’est le magazine Rolling Stone qui se penchait sur les «Lady Carnivores», ces influenceuses qui enrobent le régime carnivore dans une esthétique wellness. Viande, lait cru et abats gobés entre deux vidéos skincare.

Le «high meat» ressemble ainsi à l'aboutissement presque naturel (et un brin caricatural) d'une surenchère sur les réseaux sociaux. Manger un steak n'a rien de bien fou, le manger cru titille déjà davantage le chaland, mais avaler face caméra un morceau de foie noirâtre après plusieurs mois au frigo? Banger. Manifestement, sur les internets, plus c’est extrême, plus ça se regarde. Bon app'!

Un youtubeur ouvre un énième fast-food et c'est l'émeute

Vidéo: watson
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