L'Allemagne pourrait actionner ce levier risqué face à Trump
Donald Trump met ses menaces à exécution et entend retirer 5000 soldats américains d'Allemagne en l'espace d'un an. La mesure concernerait la brigade Stryker stationnée à Vilseck, dans le Haut-Palatinat (sud-est). D'autres soldats pourraient s'ajouter à ces 5000. Le président américain a même mentionné à un moment vouloir retirer «bien davantage» de troupes d'Allemagne.
Le gouvernement allemand affiche jusqu'ici une certaine sérénité. Le ministre de la défense, Boris Pistorius, a ainsi estimé que la décision de Trump était «prévisible». Lui et d'autres soulignent que les Européens doivent désormais assumer davantage de responsabilités pour leur propre sécurité.
En Allemagne, des réflexions émergent parfois pour aller encore plus loin dans la distanciation du pays vis-à-vis des Etats-Unis et la restriction active de l'usage des bases américaines. Il serait même théoriquement possible de fermer entièrement des sites américains en Allemagne. Une telle mesure aurait des conséquences considérables sur la guerre menée par Trump contre l'Iran, mais aussi sur d'autres zones d'opérations de l'armée américaine. Par ailleurs, la fermeture éventuelle de bases militaires affecterait aussi l'Allemagne elle-même.
Jusqu'à 39 000 soldats américains en Allemagne
Entre 35 000 et 39 000 soldats américains sont actuellement stationnés en Allemagne, auxquels s'ajoutent 13 000 membres de l'armée de l'air. Avec une vingtaine de sites implantés principalement dans le sud et le sud-ouest du pays, l'Allemagne est de loin le principal Etat partenaire de Washington en Europe. A l'échelle mondiale, seul le Japon accueille davantage de soldats américains stationnés hors des Etats-Unis.
L'Allemagne abrite de nombreux quartiers généraux chargés de la planification et du commandement des opérations militaires américaines en Europe et en Afrique. Stuttgart (sud), Wiesbaden (ouest) et, tout particulièrement, Ramstein (sud-ouest) jouent à cet égard un rôle essentiel. La fermeture de l'un de ces sites poserait aux Etats-Unis un problème considérable, surtout au regard de leurs activités au Moyen-Orient.
Stuttgart héberge l'US European Command (Eucom) et l'US Africa Command (Africom), les commandements responsables de l'ensemble des opérations en Europe et en Afrique. Wiesbaden, quant à elle, abrite l'US Army Europe and Africa, chargée de toutes les opérations terrestres sur les deux continents.
La disparition de ces sites serait particulièrement flagrante pour les activités en Afrique, car les Etats-Unis n'ont jusqu'ici trouvé sur le continent aucun pays disposé à accueillir un quartier général correspondant. Des projets avaient certes vu le jour par le passé, mais ils s'étaient heurtés à l'opposition de l'Union africaine. Les Etats-Unis doivent ainsi planifier depuis l'Allemagne leurs opérations contre les groupes islamistes au Sahel ou dans la Corne de l'Afrique.
Ramstein, pivot central de l'armée américaine
C'est toutefois la base aérienne de Ramstein qui apparaît comme quasi indispensable: l'armée de l'air américaine la désigne elle-même comme son «Global Gateway», une plaque tournante logistique et opérationnelle centrale en dehors du territoire américain. Le site est quasi incontournable pour le déploiement de troupes et de matériel vers l'Afrique et l'Europe de l'Est.
La base est avant tout un levier opérationnel pour les interventions américaines au Moyen-Orient. Du transport aérien à la logistique de ravitaillement en carburant, en passant par le relais de signaux électroniques, Ramstein est essentielle à tous égards pour les forces armées. Avions de transport et de combat peuvent y être facilement repositionnés; planification des opérations, logistique et transmissions électroniques convergent à Ramstein. Chars, hélicoptères, soldats, équipements et personnel médical transitent généralement par la région de Rhénanie-Palatinat avant d'atteindre le Moyen-Orient.
Au début même de la guerre contre l'Iran, Trump avait explicitement salué l'Allemagne:
Plusieurs avions militaires y avaient atterri avant de repartir en direction du Moyen-Orient. A Landstuhl, près de Ramstein, se trouve en outre le plus grand hôpital militaire américain en dehors des Etats-Unis. Les blessés du Moyen-Orient y sont acheminés pour y être soignés.
Ramstein est également indispensable pour l'emploi de drones au Moyen-Orient, car, en raison de la courbure de la Terre, ceux-ci ne peuvent pas être pilotés directement depuis les Etats-Unis. Une station relais y est installée, qui transmet les signaux par satellite aux drones, permettant ainsi un pilotage en temps réel depuis les Etats-Unis.
Une disparition difficile à compenser
Non loin de là, toujours en Rhénanie-Palatinat, se trouve également la base aérienne de Spangdahlem, qui joue apparemment un rôle important dans la guerre contre l'Iran. Le trafic y a augmenté depuis le début du conflit. Plusieurs chasseurs F-16 auraient été déployés depuis Spangdahlem vers le Moyen-Orient. Selon le magazine spécialisé Air and Space Forces, ils seraient utilisés en Iran pour neutraliser les défenses antiaériennes. La BBC a rapporté que la base fonctionnerait désormais «vingt-quatre heures sur vingt-quatre».
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L'Allemagne joue donc un rôle essentiel dans les activités américaines au Moyen-Orient, sans lesquelles les Etats-Unis pourraient difficilement mener la guerre sous sa forme actuelle. L'infrastructure présente ici réduit le temps, les coûts et la complexité en matière de transport, de commandement et de soutien médical.
La disparition de ce site ne rendrait pas la guerre au Moyen-Orient impossible, mais la compliquerait considérablement. Des sites alternatifs en Italie, en Pologne ou au Royaume-Uni pourraient certes prendre en charge une partie des missions, mais nécessiteraient des investissements supplémentaires, des trajets aériens plus longs et un effort politique accru. De plus, nulle part ailleurs il n'existe une telle concentration de capacités qu'à Ramstein et Stuttgart.
Les conséquences de la fermeture des sites
Cependant, la fermeture de sites entiers aurait également des conséquences considérables pour l'Otan. Ramstein sert en effet de site de commandement pour la défense aérienne et antimissile en Europe. La base aérienne de Büchel, en Rhénanie-Palatinat (ouest), est par ailleurs considérée comme le seul site d'armes nucléaires en Allemagne, même si ni les Etats-Unis ni l'Allemagne ne l'ont officiellement confirmé.
Pour la sécurisation du flanc oriental de l'Otan, les terrains d'entraînement de Grafenwöhr et de Hohenfels (sud-est) revêtent une haute importance. Grafenwöhr abrite l'un des terrains d'entraînement militaire les plus vastes et les plus modernes au monde. Des milliers de soldats de l'Otan s'y entraînent chaque année pour améliorer la coopération transnationale. Des forces ukrainiennes y sont également formées au maniement d'armements spécifiques.
L'aide à l'Ukraine, dans son ensemble, s'en trouverait également profondément modifiée, et l'engagement américain pourrait encore s'en trouver réduit. Wiesbaden abrite un centre de planification des opérations ukrainiennes, où un quartier général destiné à coordonner la formation et les livraisons d'armes à l'Ukraine doit être établi. Le Groupe de contact pour la défense de l'Ukraine tient en outre régulièrement ses réunions à Ramstein et est devenu un organe essentiel de coordination de l'aide militaire occidentale à Kiev.
La fermeture de sites ne réduirait donc pas seulement de manière considérable les capacités américaines, mais entraverait aussi les intérêts propres de l'Allemagne. Après tout, l'Allemagne est l'un des pays phares du soutien à l'Ukraine. Fermer des points essentiels de formation et de coordination enverrait un signal particulièrement malvenu.
Des fermetures possibles sur le plan juridique
Sur le seul plan juridique, une fermeture unilatérale du côté allemand serait probablement réalisable. Le traité sur le stationnement des forces confère aux Etats-Unis un droit de présence permanente de leurs troupes dans les anciens Länder (réd: les territoires de l'ancienne Allemagne de l'Ouest (RFA)). L'Allemagne peut toutefois y mettre fin avec un préavis de deux ans.
Cela n'est toutefois pas réaliste. Si des discussions ont bien lieu au sein du SPD (réd: le Parti social-démocrate d'Allemagne) pour restreindre l'utilisation des sites militaires américains, il est difficilement concevable que le gouvernement fédéral allemand entre dans un tel degré de conflit avec le gouvernement américain, notamment parce que cela aurait des répercussions négatives pour l'Allemagne elle-même. (fwa)

