«Jonas Vingegaard n'avait peut-être pas ses couilles aujourd'hui», a violemment taclé Remco Evenepoel au soir de la 9e étape du Tour de France, celle des chemins blancs. Le Belge regrettait l'attentisme de son rival. Il déplorait le fait qu'il n'ait pas souhaité s'isoler à l'avant en compagnie d'un troisième larron: le dénommé Tadej Pogacar. Evenepoel disait ainsi tout haut ce que beaucoup pensent tout bas depuis longtemps.
Or cette année, Vingegaard a plus que jamais montré qu'il en avait dans le cuissard. Il n'était pourtant pas obligé de le prouver. Le fait qu'il soit passé de poissonnier à 21 ans à 2e du Tour de France trois saisons plus tard suffit à démontrer sa force et sa détermination. Ses deux victoires consécutives sous le feu des critiques ont aussi prouvé sa bravoure. On a dit de lui qu'il était dopé, égoïste ou encore trop introverti. Jonas Vingegaard a néanmoins toujours répondu à ses détracteurs par le biais de la performance.
En s'alignant à Florence après avoir surmonté sa terrible chute au Pays Basque, ses blessures et les 12 jours qu'il a passé à l'hôpital, le Danois a fait preuve d'un immense courage. Il a cru mourir et s'est relevé pour venir cueillir trois mois plus tard une victoire d'étape retentissante. C'était au sprint face à un Tadej Pogacar habituellement plus rapide et intraitable à ce jeu-là. Sa 2e place au classement général n'est pas moins héroïque.
Jonas Vingegaard avait pourtant tout à perdre en se présentant sur ce Tour. Double tenant du titre, il savait que le Slovène était en jambes et disposait d'un avantage indéniable. Mais l'orgueil a parlé. «Fisherman» s'est même convaincu qu'il était capable de renverser la Grande Boucle en dernière semaine, le temps jouant en sa faveur. La façon dont il a craqué vendredi dans les bras de sa femme et compris qu'il venait de perdre confirme à quel point il croyait en ses chances.
Le coureur de la Visma-Lease a Bike a également révélé du caractère en descente. Sa chute ne l'a pas marqué autant que celles subies par Remco Evenepoel au cours de sa carrière. Il a pris des risques sans exposer d'eventuelles faiblesses. Vingegaard a enfin eu du cran en attaquant Tadej Pogacar puis en roulant durant de nombreux kilomètres le sachant dans sa roue. C'était par exemple le cas dans la montée du plateau de Beille. Averti du scénario à venir, Vingegaard a cependant joué son va-tout.
Si Tadej Pogacar a été le perdant magnifique du Tour de France 2023, Jonas Vingegaard est à n'en pas douter un vaincu valeureux cette année. Il les a portées, et sa déclaration controversée à l'arrivée de la 20e étape - lorsqu'il a avoué qu'il espérait que Pogi lui cède la victoire - ne change rien au respect qu'on lui doit aujourd'hui.