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Le Suisse Ahmet Schaefer est le président de Clermont Foot en Ligue 1.

Ahmet Schaefer est le président de Clermont Foot 63, néo-promu en Ligue 1 française. Image: zvg

Interview

Ce Suisse possède trois clubs de foot et vient d'être promu en L1

Ahmet Schaefer est un véritable entrepreneur du football. Ce Zurichois vient de fêter la promotion dans l'élite française avec son club de Clermont. Il ne s'en cache pas: son principal but, c'est faire de l'argent. Entretien.



En septembre 2018, le Zurichois Ahmet Schaefer fonde Core Sports Capital (CSC), une société qui gère à elle seule trois clubs de football: Clermont Foot en France, Vendsyssel au Danemark et Austria Lustenau en Autriche. Les deux derniers évoluent en deuxième division, le premier vient de fêter, il y a quelques jours, une promotion en première division française.

Dans cet entretien, nous faisons la connaissance d'un homme qui explique clairement pourquoi il se qualifie d'entrepreneur du football. Schaefer est un businessman parlant sans détour de retour sur investissement et de modèles économiques. Mais il est tout aussi volubile lorsqu'il explique, en vrai fan de football, la philosophie qui se cache derrière le jeu de ses clubs.

Tout d'abord, félicitations pour votre promotion en Ligue 1 avec Clermont Foot!
AHMET SCHAEFER:
Merci! C'est une satisfaction incroyable après la saison dernière, qui a été si courte. À l'époque, nous occupions la 5e place du championnat de Ligue 2, puis nous avons dû arrêter de jouer à cause de la pandémie de Covid-19. Les barrages de promotion n'ont pas pu avoir lieu. C'était frustrant.

Vous avez maintenant atteint votre objectif, évoluer en première division, au moins avec un club. Vous êtes à la tête d’un club de football en France, mais vous possédez aussi deux équipes de deuxième division au Danemark et en Autriche. Quels sont vos projets ?
L’entreprise Core Sports Capital (CSC), que j'ai fondée, est comme un écosystème avec trois acteurs. Clermont est le pilier principal, Vendsyssel au Danemark et Austria Lustenau en Autriche sont des clubs satellites. L'idée est d'utiliser les synergies, même si au final, nous voulons que les trois clubs soient autonomes. On pourrait dire que nous fonctionnons comme Star Alliance de ce point de vue-là, mais avec des clubs de football plutôt que des compagnies aériennes.

Des synergies? Qu’entendez-vous concrètement par là?
Si un joueur n'est pas tout à fait satisfait en France, il peut se rendre en Autriche, où il peut acquérir de l’expérience grâce aux matchs avec l'Austria Lustenau. Actuellement, quatre joueurs de Clermont sont prêtés à Lustenau, plus un à Vendsyssel. C'est une bonne chose pour ces clubs d'avoir des joueurs qu'ils ne pourraient pas se permettre d’avoir autrement. Tout le monde est gagnant.

Il n’y a pas besoin d'une alliance entre clubs pour effectuer des prêts de joueur...
Ce n'est qu'une petite partie de nos synergies. Nous travaillons également ensemble au quotidien comme, par exemple, au niveau du «scouting» (ndlr: repérage de joueurs intéressants). Dix «scouts» travaillent pour un réseau commun disposant d'une vaste base de données constamment mise à jour. Cela nous permet de suivre les joueurs en permanence et de les comparer entre eux. Les trois clubs ont accès à ce système et en bénéficient. Les synergies ont également un impact sur les stratégies de formation, qui sont discutées au niveau central et ensuite mises en œuvre par les différents clubs.

«Nous sommes une entreprise de football qui pense économiquement et qui a pour but de faire du bénéfice»

Ahmet Schaefer

Les trois clubs ont donc la même philosophie de jeu?
Exactement, c'est notre but. Les entraîneurs des trois clubs ont des réunions hebdomadaires où ils échangent des idées. Nous voulons avoir le même style de jeu, les mêmes entraînements, la même formation. Pour améliorer encore plus la communication, nous souhaitons engager à l'avenir des co-formateurs francophones au Danemark et en Autriche.

Les entraîneurs sont donc sélectionnés de manière centralisée par votre entreprise, la CSC?
Nous avons dans notre staff un homme avec un grand réseau, Ingo Winter, qui a de bons contacts et qui nous aide dans le processus de sélection. Un entraîneur doit s'intégrer dans notre système et ne pas avoir uniquement des objectifs sportifs.

C'est-à-dire?
Il s'agit également de développer les capacités des joueurs et de générer une valeur de transfert. Nous sommes une entreprise de foot qui pense économiquement et qui veut générer des bénéfices. Gagner de l'argent dans le football est possible - si vous travaillez correctement.

Durant l'été 2019, Adrian Grbic a rejoint Clermont grâce à un transfert gratuit en provenance d'Altach. L'Autrichien a réalisé une saison exceptionnelle avec 17 buts en 26 matchs. Un an plus tard, Clermont a reçu 9 millions d'euros de Lorient pour lui. C'est un excellent exemple?
Grbic est la deuxième recrue la plus chère de l'histoire de la deuxième division française. Lorsque vous pouvez signer des joueurs sur un transfert gratuit et les revendre aussi cher après une seule saison, c'est évidemment une très belle affaire pour nous.

La carrière d'Ahmet Schaefer

2002-2007:
Master of Arts en gestion d'entreprise à l'université de Zurich
2008-2011:
Assistant personnel de Sepp Blatter à la FIFA
2011-2015:
Vice-président de l'agence de marketing sportif MP & Silva
2015-2018:
Cofondateur de l'Arab Gulf Cup Football Federation (AGCFF)
Depuis septembre 2018:
Fondateur et PDG de Core Sports Capital (CSC)

Il y a aussi plus d'argent à gagner maintenant grâce à la promotion en Ligue 1 que Clermont vient de fêter...
Absolument, même si l'on ne sait pas encore très bien quel sera notre budget en raison des contrats TV*. Nous prévoyons un budget de 23 à 25 millions d'euros, alors que jusqu'à présent, nous avions un budget de 10 millions. Nous allons certainement investir une partie de cet argent. Nous avons fait signer des joueurs gratuitement, maintenant nous allons sûrement devoir investir et signer cinq à six joueurs supplémentaires. Les salaires des joueurs seront également plus élevés.

Les contrats TV en France

Au lieu des 6 millions d'euros d'argent télévisuel en deuxième division, les clubs peuvent en attendre environ 42,5 millions en Ligue 1. Toutefois, comme le détenteur des droits – Mediapro, qui a acheté les droits télévisuels de la Ligue 1 pour 1,3 milliard d'euros – n'a pas effectué deux paiements, le contrat a été annulé par la ligue. Les droits sont désormais détenus par Canal+, mais les sommes versées sont moindres. Une estimation prétend que Canal+ a acheté les droits pour environ 750 millions d'euros.

«Dans certains clubs, les joueurs modestes gagnent 150 000 euros par mois»

A combien s’élèvent les salaires des joueurs de Clermont?
Actuellement, les joueurs les mieux payés touchent environ 15 000 euros par mois. On compte les payer plus, à savoir 30'000 jusqu’à à 40'000 euros.

C'est peu par rapport aux autres concurrents...
Nous avons un budget très efficace. Dans certains clubs, des joueurs gagnent 150'000 euros par mois et là je ne parle pas de talents exceptionnels, mais de joueurs modestes. Dans ce genre de situation, la crise du Covid-19 pourrait même nous profiter.

Comment ça?
Les autres clubs doivent économiser de l'argent et veulent se débarrasser de certains joueurs. Nous pouvons les engager en prêt et prendre en charge une partie des salaires. Avec certains joueurs, il y aurait toujours la possibilité de les faire signer définitivement par la suite. Mais il est clair que nous devons fournir plus de travail que les autres.

Ahmet Schaefer et Clermont Foot ont fêté la promotion en Ligue 1 en mai 2021.

Yannick Flavien, Ahmet Schaefer (avec la casquette, de dos) et Jérôme Champagne célèbrent un but de Clermont. Image: zvg

Qu'est-ce qui vous distingue des autres investisseurs? Fondamentalement, nous offrons des services de conseil dans le domaine du football. Il est important pour nous de dire ce que nous faisons et de communiquer de manière ouverte et transparente. Je suis un entrepreneur du football. J'ai investi tout mon argent dans ces clubs, j'ai mis tous les jetons sur le tapis, pour ainsi dire. Bien sûr, il est dans mon intérêt de travailler de manière intelligente et de gérer un club sain. Je ne veux donc pas acheter le succès avec des dizaines de millions comme d'autres investisseurs pourraient le faire. Je n'ai pas de fonds ou d'État derrière moi qui continuent à injecter de l'argent. Une fois que l'argent est parti, il est parti.

Comment cela se passe-t-il avec les fans?
Nous avons déjà parlé aux différents groupes ultras lorsque nous avons commencé à nous impliquer, et il y avait un certain scepticisme au début. Mais nous communiquons très ouvertement. Les gens savent d'où vient l'argent. C'est aussi dans l'intérêt des fans que nous nous en sortions bien. Le succès et la rentabilité ne s'excluent pas mutuellement, notre philosophie est de pratiquer un football attrayant. En d'autres termes, pas de longs ballons, mais un jeu de passes courtes depuis l'arrière. Bien sûr, le succès sportif avec Clermont donne du crédit, également pour nos autres clubs.

«Lorsque nous signons avec un joueur, c'est l'entraîneur qui a le dernier mot. Après tout, c’est lui qui va travailler avec le joueur»

Ahmet Schaefer

Le groupe Red Bull a un concept similaire au vôtre, qui fonctionne très bien. En quoi sont-ils différents?
Les clubs appartenant à Red Bull (ndlr: Leipzig, Salzbourg et New York) sont de purs outils de marketing. Nous, nous sommes une entreprise de football. Mais ça ne veut pas dire que nous n'avons pas regardé du côté de Red Bull. Ils ont fait beaucoup de choses bien et ont réussi avec leur modèle commercial.

Un autre modèle est celui de la famille Pozzo, qui possède les clubs d'Udinese et de Watford. Qu’en pensez-vous?
J'ai eu l'impression que l'Udinese a été sacrifié afin de garder Watford en Premier League, mais ça ne s'est pas passé comme prévu (ndlr: Watford a été relégué au terme de la saison 2019-2020). Nous ne voulons pas ça, nous voulons que les trois clubs soient autonomes.

Qu'est-ce que vous faites de mieux à Clermont que la concurrence ?
Nous avons une hiérarchie très plate. Il n'y a pas de PDG ou de directeurs sportifs qui sont là pour leurs propres intérêts. Lorsque nous signons avec un joueur, c'est l'entraîneur qui a le dernier mot, parce qu'il doit travailler avec le joueur.

A Clermont Foot, Mohamed Bayo se distingue du reste de l’équipe. Il est originaire de la région, n'a que 22 ans et a marqué 22 buts cette saison. Comment développez-vous les jeunes joueurs à Clermont?
Nous avons un centre de formation, qui a déjà formé des joueurs pros. Là aussi, nous essayons d'exploiter les synergies existantes et de partager l'infrastructure avec le club de rugby local, par exemple. Vous pouvez ainsi échanger des informations, partager des physios ou engager des analystes. Nous avons investi très consciemment dans ce domaine. Lorsque des joueurs parviennent à intégrer la première équipe, c'est un beau retour sur investissement.

Pourquoi investissez-vous en France?
Il y a trois raisons principales: la France a un potentiel de talents très élevé. Aucun autre pays n'exporte plus de joueurs que la France vers l'Angleterre. Lors de la dernière Coupe du monde en Russie, il y avait 58 joueurs venant de la seule région parisienne. En plus, l'argent de la télévision française a été aligné sur celui d'autres grandes nations du football comme l'Allemagne et l'Italie. Et bien sûr, la France a des liens étroits avec la Suisse, ce qui a également joué un rôle important.

«Les propriétaires auraient pu vendre les clubs à des Chinois pour plus cher, mais notre bon modèle les a convaincus»

Ahmet Schaefer

Pourquoi n'avez-vous pas essayé avec un club de première division?
Nous étions en discussion avec Troyes, qui était encore en Ligue 1 à l'époque. Mais les négociations n'ont pas abouti et nous nous sommes dit: «Pourquoi ne pas chercher un club en deuxième division?» Un endroit où nous voyons le potentiel de promotion, mais où il manque encore quelque chose.

Comment pouvez-vous réellement vous permettre d'acheter des clubs de football?
Tout d'abord, j'ai pu acheter les clubs à un prix relativement bas. Les propriétaires auraient pu vendre les clubs à des Chinois pour plus d'argent, mais notre bon modèle les a convaincus. J'ai gagné l'argent moi-même. La pression pour que ça marche est donc là.

Pourquoi n'êtes-vous pas propriétaire d'un club suisse?
Nous avons également pensé à plusieurs clubs suisses, mais nous nous en sommes éloignés. Notamment parce que les droits de télévision sont faibles comparés à d’autres pays. Il n'est donc pas rentable de s'engager. Il y a aussi les formalités liées à la signature des joueurs non européens. Je préférais également ne pas avoir un club à côté de chez moi. Je ne voulais pas de cette attention supplémentaire.

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