«L’expulsion la plus stupide du Mondial»: Embolo vivement critiqué
Les coéquipiers de Breel Embolo lui reprochent-ils sa simulation? Non. Tous s’accordent toutefois à dire que l'expulsion du Bâlois (deuxième carton jaune) a fait basculer le match et constitue la principale raison de la défaite de la Suisse, en quart de finale du Mondial contre l'Argentine (3-1 après prolongations).
Manuel Akanji résume le sentiment général:
Le principal intéressé, lui, passe devant les journalistes la tête baissée après la rencontre. Il ne souhaite pas s’exprimer. Ce sont ses enfants et son épouse qui viennent le réconforter en rejoignant le bus de l’équipe, où il attend, perdu dans ses pensées, le retour vers l’hôtel.
Malgré son silence, il n’est pas très audacieux de prédire qu’il mettra longtemps à digérer ce qui s’est produit aux alentours de la 69e minute. Deux minutes plus tôt, Dan Ndoye venait d’égaliser (1-1) et la Suisse semblait désormais avoir le champion du monde en titre à sa merci. «Nous avions plus d’énergie et plus de qualité qu’eux sur le terrain. Nous étions meilleurs», tranche Granit Xhaka. Puis survient un duel entre Embolo et Leandro Paredes près de la ligne médiane.
Le Suisse pousse le ballon au-delà de l’Argentin, tombe au sol et se tord de douleur, le visage déformé par une grimace. C’est le caractère théâtral de la chute d’Embolo qui pousse l’arbitre Joao Pinheiro à adresser un carton jaune à Paredes. Et c’est là que tout bascule: l’arbitre vidéo demande à Pinheiro de revoir l’action sur l’écran. Celui-ci annule alors le carton jaune infligé à Paredes et le donne finalement à Embolo.
Embolo a été pris dans son propre piège
Cette décision repose sur la nouvelle règle introduite lors de cette Coupe du monde, baptisée «Mistaken Identity» (voir encadré ci-dessous). Aussi cruel que soit ce verdict pour Embolo et la Suisse, il est conforme au règlement. Le plus grotesque dans cette histoire, c’est qu’Embolo en est lui-même responsable. Si le Bâlois n’avait pas autant exagéré sa simulation, l’arbitre n’aurait probablement jamais eu l’idée de sanctionner Paredes d’un carton jaune. Et il n’aurait donc jamais eu l’occasion de punir Embolo pour son jeu d’acteur.
C’est cette nouveauté réglementaire qui est à l’origine du deuxième carton jaune, synonyme d’expulsion, infligé à Breel Embolo lors du quart de finale contre l’Argentine. Concrètement, voici de quoi il s’agit: si l’arbitre adresse un carton jaune ou rouge au mauvais joueur, la VAR est autorisée à intervenir. Une erreur d’identification est également reconnue lorsque la confusion concerne des joueurs appartenant à deux équipes différentes et porte sur deux infractions distinctes.
C’est précisément ce qui s’est produit dans le «cas Embolo»: l’arbitre Joao Pinheiro a d’abord adressé un carton jaune à Leandro Paredes pour une faute sur Embolo. Une erreur, puisque l’Argentin n’avait commis aucune faute. L’infraction au règlement était en réalité la simulation d’Embolo. Pinheiro a donc annulé l’avertissement infligé à Paredes et adressé à la place un carton jaune à Embolo pour sa simulation. Comme le Suisse avait déjà été averti auparavant, son expulsion en a logiquement découlé.
Le numéro 7 de la Nati a ainsi appris à ses dépens qu’à vouloir tendre un piège à autrui, on peut finir par y tomber soi-même. Sachant qu’il avait déjà reçu un avertissement, l’attitude d’un joueur de 29 ans réputé expérimenté comme lui apparaît d’autant plus contestable.
Lorsqu’il comprend les conséquences de sa simulation, Embolo réagit avec un mélange de colère et d’incrédulité. Ses coéquipiers doivent le retenir pour l’empêcher d’aggraver encore son cas en s’en prenant verbalement à l’arbitre. Il quitte ensuite la pelouse en larmes, le visage dissimulé sous son maillot.
L'expulsion d'Embolo, en vidéo
«C'est fou de faire une telle simulation»
A l’international, les critiques pleuvent à l’encontre de Breel Embolo. «L’expulsion la plus stupide du Mondial», écrit le quotidien allemand Bild. Pour le Daily Mail britannique, sa simulation est «embarrassing», autrement dit tout simplement «embarrassante». L’ancien défenseur du Borussia Dortmund et du Bayern Munich, champion du monde 2014, Mats Hummels, déclare sur Magenta TV:
La simulation d’Embolo a-t-elle coûté à la Suisse une place en demi-finale? La question restera hypothétique. Manuel Akanji, lui, en est convaincu:
Un arbitrage jugé partial et en faveur de l'Argentine
Le patron de la défense suisse critique ensuite plus largement l’arbitrage:
Dans le camp helvétique, le premier carton jaune infligé à Embolo est également contesté. Pris isolément, son tacle sur Paredes à la 44e minute mérite effectivement un carton jaune. Mais Akanji et ses coéquipiers estiment, non sans raison, qu’en appliquant la même ligne de conduite, Joao Pinheiro aurait déjà dû avertir plusieurs joueurs argentins durant le temps réglementaire, et non attendre la prolongation. Murat Yakin appuie:
Le sélectionneur suisse dit surtout ne pas comprendre l’introduction de cette nouvelle règle:
Le capitaine Granit Xhaka partage cet avis: «Les règles sont les règles, nous ne pouvons pas les changer. Mais avec une telle décision, ils tuent le football, c’est mon opinion. Je lance un appel: ne tuez pas le jeu!»
Malgré toute la frustration des Suisses, ils ne peuvent pas prétendre n’avoir jamais entendu parler de cette règle «Mistaken Identity». Manuel Akanji reconnaît d’ailleurs:
Breel Embolo était lui aussi présent lors de cette séance d’explication du règlement.
Adaptation en français: Yoann Graber
