Un journaliste alémanique de CH Media – groupe auquel watson appartient – nous racontait il y a peu une anecdote au sujet de son séjour en France durant les Jeux olympiques de Paris 2024.
Il échangeait avec un serveur parisien au lendemain de la cérémonie de clôture et lui avouait – gêné – qu'il ne reviendrait pas dans la capitale française pour les Paralympiques. Notre collègue et le garçon de café comprenaient alors que les festivités étaient terminées. Paris ne retrouverait pas cette atmosphère si particulière – pas même durant les Jeux paralympiques. Le pourboire généreux de notre confrère n'atténuait pas la déception du barman.
Plusieurs semaines sont passées. Les médias internationaux et les touristes du monde entier sont moins nombreux à Paris. Il est clair que les Jeux paralympiques n'ont pas la caisse de résonance des JO. La fête est pourtant revenue, grâce notamment aux locaux. Ils remplissent les stades et s'enthousiasment pour des athlètes et des disciplines qu'ils ne connaissent pas.
Tony Estanguet – président du comité d'organisation – estimait à 2,1 millions le nombre de billets vendus au soir de la première journée de compétition. 190'000 élèves sont également attendus dans les enceintes en cette semaine de rentrée scolaire en France. Les Jeux paralympiques de Paris 2024 sont un succès et rappellent indéniablement ceux de Londres.
Cet engouement s'explique en partie par l'envie des Français de revivre les émotions des Jeux olympiques, de retrouver les sites emblématiques de Paris 2024, mais aussi par la politique tarifaire accessible et les différentes campagnes de communication réalisées par le comité d'organisation. Les partenaires de l'événement sont aussi sur le qui-vive et l'opérateur Orange a eu une idée géniale pour dénoncer les préjugés liés au handicap et aux épreuves paralympiques.
Sa publicité – «Quand on aime le sport, on aime le sport», créée par l'agence Publicis Conseil – présente deux courses: le 1500 mètres des JO de Rio 2016 et le 1500 mètres T13 malvoyants tenu quelques semaines plus tard aux Paralympiques. On pourrait croire à première vue qu'il n'y a aucune différence entre ces deux épreuves. Et pourtant, il y en a une, et pas des moindres.
Abdellatif Baka, Tamiru Demisse, Henry Kirwa et Fouad Baka ne sont pas les seuls à rivaliser avec les valides. Plusieurs athlètes paralympiques ont déjà participé aux JO. C'est le cas par exemple de la demi-fondeuse Marla Runyan (8e du 1 500 mètres à Sydney en 2000), du sprinteur Oscar Pistorius (demi-finaliste à Londres sur 400 mètres) et de la tireuse à l'arc Neroli Fairhall (35e en individuel à Los Angeles en 1984).
L'Irlandais Jason Smyth n'est pas reste. S'il n'a jamais participé aux Jeux olympiques, il est devenu en 2012 le premier athlète paralympique à prendre part à des Européens d'athlétisme. Il concourrait dans la discipline reine du 100 mètres et a été demi-finaliste alors qu'il est malvoyant. Il y aussi les performances de Markus Rehm. Son record à la longueur est fixé à 8,72 mètres. A titre de comparaison, Miltiadis Tentoglou a décroché l'or aux JO de Paris grâce à un bond mesuré à 8,48 mètres. Rehm ne s'est toutefois pas frotté à lui en France, car la Fédération internationale d'athlétisme estime depuis le cas Pistorius que sa prothèse lui procure un avantage.
La comparaison avec les athlètes valides donne le ton. Or elle ne doit pas faire oublier une chose: tous les engagés aux Jeux paralympiques de Paris 2024 sont des performeurs de haut niveau – quels que soient les chronos et les scores réalisés. L'archère Sheetal Devi, éliminée en 8e de finale du tournoi individuel, a ainsi bluffé en utilisant ses pieds et son épaule pour dégainer les flèches. Le sauteur en hauteur Wagner Astacio – unijambiste – a impressionné avec sa course d'élan atypique et cette barre franchie à 1,85 mètre. Une prouesse aussi remarquable que les 2,45 mètres de Javier Sotomayor et que notre collègue a certainement regretté de ne pas suivre en direct du Stade de France.