La Suisse a enfin trouvé ce qui lui manquait
Quand Sandro Aeschlimann est dans les buts, toute la Suisse s’attend à une victoire. Sa présence signifie qu’il n’y a aucun danger sur la glace. Contre la Lettonie, une équipe qui ne compte qu’un seul joueur de NHL dans ses rangs, la question au coup d'envoi n'est donc pas de savoir qui va gagner, mais avec combien de buts d’écart la Suisse va s’imposer.
Au final, la Nati a gagné 4 à 2. Un score plus serré que ce que l’on pouvait attendre. Cette rencontre, qui a abouti à un deuxième succès en deux matchs, s’est longtemps apparentée à un véritable exercice de patience. Il a fallu plus de 30 minutes et 30 tirs pour que le soulagement arrive enfin.
Il y a aussi eu quelques frayeurs. Le 1-0 a été immédiatement suivi d’une contre-attaque qui a permis à la Lettonie d’égaliser. Ce but illustre pourquoi Sandro Aeschlimann ne s’est jamais imposé comme gardien numéro un à ce niveau. Une fois encore, ce dernier centimètre lui a manqué. Une fois encore, il s’est baissé un instant trop tôt et le puck a terminé sa course dans la lucarne, comme cela lui arrive parfois en championnat. Le deuxième but encaissé, dans la dernière minute, était en revanche imparable.
Ce match a aussi rappelé que la domination ne garantit rien. En hockey sur glace, le fait d’avoir le puck ne signifie pas pour autant que l’on tient son destin entre ses mains. La route à sens unique vers le but adverse n’est pas toujours celle qui mène à la victoire. Parfois, elle aboutit au carrefour des doutes, surtout lorsqu’après deux tiers-temps, et 34 tirs à 11, le score n’est que de 2-1.
Quand dix joueurs de champ sont engagés dans la zone adverse, le puck finit toujours par rebondir quelque part sur une canne, un patin ou une jambe. C’est exactement ce qu'il s’est passé contre la Lettonie. Malgré cela, les Suisses ont fait le job. Ils sont allés chercher cette victoire qui leur était promise avant même le coup d’envoi. Ils ont franchi une nouvelle étape dans leur quête du titre mondial.
La classe ne se révèle pas dans les matchs où tout semble facile. Elle apparaît lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu, quand le puck refuse de suivre la trajectoire attendue.
Les Suisses ne se sont jamais laissés décourager, ni après les occasions manquées, ni après l’égalisation lettone. Ils ont simplement continué sur leur lancée, avec la certitude d’une équipe qui sait que cela finira par tourner.
C'est Timo Meier qui a brisé la malédiction en inscrivant le but du 2-1. Un titan de la NHL. On attend de lui qu'il marque ce genre de buts et débloque des situations. Les stars de notre National League ont ensuite scellé la victoire. Damien Riat, auteur d'un doublé, a été élu meilleur joueur.
C’est la principale leçon à retenir de cette rencontre: autrefois, ce genre de match aurait déstabilisé les Suisses. Un but encaissé de manière inattendue aurait semé le doute. La Nati aurait alors cherché à forcer la décision.
Aujourd’hui, après deux finales mondiales consécutives, tout a changé. Cette équipe a appris à gérer les situations difficiles et à trouver le chemin de la victoire, même lorsque la chance lui fait défaut et que rien ne se passe comme prévu. Après deux périodes laborieuses, la Suisse a démontré, dans le dernier tiers, sa supériorité. Elle a enfin affiché son efficacité, celle qui lui sera utile pour atteindre des objectifs plus ambitieux. La communication interne fonctionne également. Une position de hors-jeu sur le 4-2 a été repérée par le coach vidéo Benoît Pont, et le challenge a conduit à l’annulation du but letton. Les Nord-Américains appellent ce genre de succès des victoires de caractère.
C’est exactement ce qu’est ce 4-2 contre la Lettonie: une victoire qui témoigne du caractère d’une équipe ayant la maturité nécessaire pour prétendre au titre. Cela tient aussi au sang-froid du nouveau sélectionneur national Jan Cadieux.
