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En ne cassant pas la tirelire pour garder à tout prix son actuel top scorer Chris DiDomenico, Fribourg-Gottéron a fait preuve de sagesse.
En ne cassant pas la tirelire pour garder à tout prix son actuel top scorer Chris DiDomenico, Fribourg-Gottéron a fait preuve de sagesse. Image: keystone
Ice master Zaugg

En laissant partir DiDomenico, Gottéron a été intelligent et courageux

Le top scorer de Fribourg-Gottéron, Chris DiDomenico, sera sur la glace de la BCF Arena ce lundi soir contre Zurich (19h45). Mais il patinera pour le CP Berne les deux prochaines saisons. Gottéron et Langnau, qui le courtisaient, ont eu l'intelligence et le courage d'adapter leur offre à leurs possibilités économiques. Rarement un cas n'a aussi bien illustré le fonctionnement de notre hockey.
29.11.2021, 16:4829.11.2021, 17:54
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg
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L'histoire nous apprend qu'une crise, aussi importante soit-elle, ne conduit que très rarement à un changement de mentalité. La plupart du temps, les choses continuent comme avant. Quand nos clubs de hockey n'ont pu surmonter la crise du Covid-19 qu'avec l'aide de l'Etat, on a beaucoup parlé d'être raisonnable financièrement et promis des améliorations. On a même élaboré un projet de limitation des salaires (le «Salary Fairplay»).

Mais voilà, la ligue suisse est de nouveau plus proche d'une transformation vers le modèle de la NHL que d'une réelle application de ces nouveaux principes.

Pourtant, une limitation des salaires serait très simple à mettre en place. Pas besoin de juristes, règlements, contrôles, ni sanctions. Tout ce qu'il faut, c'est du courage et de l'intelligence. Le bon sens de reconnaître qu'un joueur est trop cher et le courage de mettre cette constatation en pratique.

A Fribourg ou à Langnau, Chris DiDomenico (ici avec le maillot de Gottéron) aurait gagné beaucoup moins d'argent que ce qu'il aura au CP Berne dès la saison prochaine.
A Fribourg ou à Langnau, Chris DiDomenico (ici avec le maillot de Gottéron) aurait gagné beaucoup moins d'argent que ce qu'il aura au CP Berne dès la saison prochaine.Image: keystone

Le «cas Chris DiDomenico» est le premier concernant une vraie star du championnat où deux clubs ont eu l'intelligence et le courage de dire «non» et ont accepté de perdre ce joueur. Un «non» pas seulement au sujet de la durée de contrat souhaitée (ce cas s'est déjà produit), mais très concrètement par rapport à la masse salariale.

Le Covid a troué les caisses

L'entraîneur et directeur sportif de Fribourg-Gottéron Christian Dubé a proposé à Chris DiDomenico un montant net de 240'000 francs (ce qui représente un coût brut de plus d'un demi-million pour le club) pour une prolongation de contrat. Deux ans plus tôt, avant la crise du Covid-19, il avait fait venir le charismatique Canadien de Langnau pour plus de 300'000 francs net.

Mais les temps ont changé. Et les possibilités financières avec. La direction de Langnau, où des personnes influentes auraient volontiers accueilli à nouveau le «fils prodigue», a eu le bon sens et le courage de ne pas surenchérir par rapport à Gottéron. Langnau a adapté ses aspirations sportives aux nouvelles réalités économiques.

Le «cas DiDomenico» est révélateur: même un très bon joueur étranger peut être remplacé sur le marché. Pour autant que le management sportif du club puisse s'appuyer sur de bonnes relations internationales et un système de scouting adéquat.

La situation est plus compliquée pour les tout meilleurs joueurs suisses: ils ne sont pas remplaçables sur le marché. Du coup, on pourrait arriver avec une structure salariale raisonnable suivante: de gros salaires de plus de 500'000 francs annuels pour la petite dizaine de très bons Suisses et des salaires raisonnables de moins de 250'000 francs pour les autres. Y compris les étrangers.

Les très bons joueurs suisses, comme l'attaquant des Zurich Lions Denis Malgin (en bleu), sont rares dans le championnat, et sont par conséquent chers.
Les très bons joueurs suisses, comme l'attaquant des Zurich Lions Denis Malgin (en bleu), sont rares dans le championnat, et sont par conséquent chers.Image: KEYSTONE

Alors pourquoi n'est-ce pas possible d'endiguer cette surenchère des salaires? C'est très simple: il y a toujours quelqu'un qui n'a ni le courage, ni l'intelligence de dire «non». Une chance pour les joueurs, les agents et les fans. Parce que le courage et la raison sont bons pour la comptabilité, mais atténuent considérablement la qualité du divertissement.

Les émotions avant la raison

Les émotions continuent trop souvent de guider les actions et les pensées dans le hockey. On le sait depuis la nuit des temps: le succès ne s'achète pas. Depuis toujours, les joueurs vont et viennent, mais les clubs, eux, restent. Et gagner un titre n'est pas existentiel: l'important, c'est d'être compétitif. Ambri ou Gottéron sont des clubs au statut légendaire, même s'ils n'ont jamais été champions de Suisse. Tant mieux! Les managers sportifs oublient toujours toutes ces choses. En fait, ce que les fans veulent, c'est un bon divertissement sur et en dehors de la glace.

L'euphorie des fans d'Ambri, comme ici le 11 septembre dernier, malgré les lacunes dans le palmarès.
L'euphorie des fans d'Ambri, comme ici le 11 septembre dernier, malgré les lacunes dans le palmarès. image: keystone

Les agents de joueurs exploitent intelligemment les émotions des dirigeants des clubs. Les négociations sont trop souvent guidées par les émotions, au détriment de la valeur réelle d'un hockeyeur. «Que vont penser nos supporters si on laisse partir tel ou tel joueur? Non, on ne peut pas laisser faire ça! On doit faire mieux en termes de salaire! On fera une exception! On ne peut pas se le permettre? Mais non, pas de soucis, on récupérera les dépenses supplémentaires. On vendra quelques billets de plus pendant la saison grâce à lui!» Voilà ce que se disent les boss des différentes équipes.

Au moment de faire venir un joueur, les pensées sont les mêmes:

«Oh, on peut avoir ce joueur! Cool! On doit absolument l'avoir! Les fans vont l'adorer! On doit faire une exception! On ne peut pas se le permettre? Mais non, pas grave, on récupérera les dépenses supplémentaires. On vendra quelques billets de plus pendant la saison grâce à lui!»
Ce que les dirigeants se disent souvent quand ils convoitent un joueur onéreux

Et c'est ainsi que Chris DiDomenico continuera de gagner plus de 300'000 francs net par an.

Mais tout ça est humain. En plus, les directeurs sportifs ne dépensent pas leur propre argent. Et s'ils parviennent à garder ou à recruter un grand joueur, ils en récoltent les honneurs. Mais ce sont leurs employeurs qui paient dans tous les cas la facture. Dans la plupart des clubs, les directeurs sportifs reçoivent un budget qu'ils peuvent utiliser à leur guise.

Si le directeur sportif achète son jouet préféré dans le magasin du mercato et qu'il ne reste plus assez d'argent pour les autres postes, qui s'en soucie? On se plaint alors du manque de diversité dans l'effectif et, en cas d'urgence, le budget est de toute façon revu à la hausse. A Langnau et à Gottéron, les conseils d'administration ont pris leurs responsabilités en tant qu'organe de direction suprême et ont fixé des limites salariales dans le cas de Chris DiDomenico, et pas seulement un cadre budgétaire.

Pour bien gérer les salaires, il ne faut pas seulement de l'intelligence et du courage. Il faut aussi savoir vendre. Un club a davantage à offrir qu'une simple somme d'argent. Celui qui sait vendre les qualités de son entreprise à un joueur – la qualité de vie pour la famille, les bonnes écoles pour les enfants, les opportunités offertes pour une formation en dehors du hockey sur glace, les possibilités de développement sportif, l'infrastructure – peut économiser beaucoup, beaucoup d'argent. Pas seulement avec les joueurs suisses. Avec les étrangers aussi.

Et il y a encore autre chose: chaque équipe ne peut inscrire que 22 hommes sur la feuille de match. On en tient beaucoup trop peu compte: les joueurs sont de jeunes hommes qui veulent jouer. Et tous ne peuvent pas espérer 20 minutes de temps de glace par match. Alors pour de nombreux hockeyeurs, la possibilité de jouer, d'assumer un grand rôle et de s'améliorer est aussi importante que le salaire. Mais tous les directeurs sportifs ne l'ont pas encore remarqué, même si la plupart d'entre eux ont été joueurs. Mais là encore, c'est humain de prendre le raccourci du salaire pendant les négociations.

L'entraîneur et directeur sportif de Gottéron Christian Dubé a fait preuve de bon sens dans l'affaire DiDomenico.
L'entraîneur et directeur sportif de Gottéron Christian Dubé a fait preuve de bon sens dans l'affaire DiDomenico.Image: KEYSTONE

Toujours est-il que Gottéron et Langnau ont fait preuve de bon sens et de courage dans un cas très intéressant. Un tournant pour le bien de la ligue? Oui et non. Oui, parce qu'il y a de plus en plus de conseils d'administration qui ne laissent pas faire aussi facilement leurs directeurs sportifs. Non, parce qu'il y aura toujours des clubs qui dépensent plus d'argent qu'ils n'en gagnent et qui sont gérés de manière émotionnelle et non rationnelle.

Tant que les mécènes couvrent discrètement le déficit, ne se plaignent pas et n'appellent pas l'Etat à l'aide, il n'y a rien à redire. Et l'irrationalité fait aussi partie du charme du sport. Alors Dieu merci, Chris DiDomenico animera l'attaque du CP Berne la saison prochaine. Le divertissement sera grandiose. Sur et en dehors de la glace.

Adaptation en français: Yoann Graber

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