L'or du slalom olympique se jouera sur une piste pour «juniors U12»
La manche éblouissante signée Tanguy Nef lors du slalom du combiné par équipe a éclipsé une question cruciale: cette piste de slalom des JO est-elle digne d'un tel rendez-vous?
Dans le microcosme du ski alpin, elle ne fait de loin pas l'unanimité. Ils sont peu nombreux à l'apprécier, tranche Julien Vuignier, l'entraîneur des slalomeurs chez Swiss-Ski. «Ce sont dix portes dans la pente, puis tout devient plat. Il faut bûcher comme un fou sur ce plat. L'essentiel sur cette piste, c'est de trouver le bon feeling», enchaîne-t-il.
Si les grands esprits (affutés) du ski rappelle que c'est un sport d'adaptation, le coach valaisan affirme qu'il est difficile de trouver un tel terrain après un mois de janvier où les slalomeurs ont avalé des manches variées et exigeantes. Face à Schladming, Kitzbühel, Adelboden ou encore Madonna, le slalom masculin des Jeux olympiques ne fait de loin pas rêver. «C'est une piste pour des juniors U12 ou U14», souffle-t-il.
«Ce n'est pas la piste la plus excitante», concède Daniel Yule. Le slalomeur le plus prolifique du ski suisse poursuit: «Les pistes de slalom dignes de ce nom se font rares dans les grands rendez-vous.»
Le slalom, l'un des temps forts de ces JO, est dépouillé de ses atours, faute à une pente quasi inexistante. Et Julien Vuignier d'ironiser:
Un trait d'humour qui rappelle cette punchline signée Justin Murisier, en 2021: «Je ne m'entraîne pas pour faire de la peau de phoque», rageait-il lors du géant des finales de Lenzerheide, en réponse à un parcours trop tournant.
Une neige qui sera nettement plus dure
Lundi, la recette devrait être sensiblement différente, en particulier pour le revêtement qui sera plus compact, comme l'affectionnent généralement les spécialistes du virage court. Vuignier révèle que «lors du slalom du combiné par équipe, la neige n'avait pas été injectée. Selon moi, ce sera différent. Le mur a été injecté (réd: d'eau) juste après le super-G».
Pourquoi les organisateurs ne l'ont-ils pas fait avant? «Ils ne pouvaient pas le faire, pour garder une neige homogène du haut en bas lors de la descente», coupe l'entraîneur de Swiss-Ski.
Cette neige molle et fuyante avait causé bien des tourments à de nombreux cadors de la discipline – Haugan, Yule, Noël, Meillard. «Lundi, ça cédait sous le pied, ce n'était pas compact dans le trou», précise le Valaisan.
Il explique:
Le coach des slalomeurs estime qu'après le géant, ils vont sûrement injecter une dernière fois. «S'il fait deux nuits froides, ça va être bien dure.»
Surtout, le parcours devrait être différent du 9 février dernier. «Il y aura moins de vitesse, mais en revanche, ce sera plus technique que lundi dernier», estime Julien Vuignier.
Un vainqueur digne
Quoi qu'il en soit, malgré le désamour des athlètes pour cette piste, il faudra bien la skier pour briguer l'or et décrocher une médaille. «Le vainqueur de lundi sera un digne champion olympique», tranche Daniel Yule.
Julien Vuignier voit bien Haugan se glisser dans le haut de tableau, malgré une manche en demi-teinte lors du combiné par équipe. «Lucas Pinheiro Braathen, sur ce genre de terrain, est très fort. Je pense aussi à Manuel Feller qui est chaud bouillant», détaille-t-il à l'autre bout du fil.
Il n'oublie pas d'évoquer son athlète, Loïc Meillard, qui espère une neige plus dure pour faire vivre son ski. «Lundi, il s'est trompé dans les intentions et le choix de matériel. Mais si la neige est dure et le parcours plus tournant, il va être fort.»
Même problème à Cortina pour les femmes
La piste chez les hommes n'est pas la seule à faire beaucoup parler. Du côté de Cortina, la piste de slalom a déjà été fortement critiquée, spécialement par Camille Rast. Comme la rapportait Blick, la Valaisanne, dans la foulée de sa manche de slalom du combiné par équipe, déplorait un parcours «court et plat», qu'elle jugeait même d'«ennuyeux». Les Jeux olympiques de Milan-Cortina ont peut-être raté le coche pour les deux slaloms. Mais trêve de palabres, ce sont les athlètes qui font la course et non les discussions d'avant course.
