Il organise son record de France... en Suisse
Après des mois de préparation, le rendez-vous approche pour le coureur amateur Mathias Ribeiro Da Cruz, 25 ans. Le 5 septembre, il tentera de battre le record de France de l’heure détenu par Louis Pijourlet, capable de parcourir 52,557 km en 60 minutes. C’est moins que le record de Suisse du Neuchâtelois Valère Thiébaud (53,451 km).
Comme de nombreux coureurs, Ribeiro Da Cruz a choisi le vélodrome de Granges (SO) pour sa tentative de record national, son altitude, à près de 450 mètres, offrant des conditions plus favorables que sur les pistes françaises (Saint-Quentin-en-Yvelines, Roubaix...) et bien d'autres infrastructures européennes.
«Granges réunit des conditions idéales pour une tentative de record. Le vélodrome est situé en légère altitude, la pression atmosphérique y est donc plus faible par rapport à une piste au niveau de la mer, ce qui réduit la résistance de l’air et permet d’aller plus vite à puissance égale», indique le cycliste tricolore, contacté par watson.
Le vélodrome soleurois ne peut évidemment pas rivaliser sur le plan de l’altitude avec celui d’Aguascalientes, au Mexique, qui flirte avec les 2000 mètres et constitue un site de compétition majeur, bien que sa situation impose aussi des contraintes aux organismes lors des efforts longs. Un stage d'acclimatation est nécessaire.
Granges apparaît ainsi comme un compromis, d’autant que sa localisation au centre du Vieux Continent facilite l’accès des coureurs européens, souvent contraints de financer eux-mêmes leur tentative.
C’est de cette façon que le Tissot Vélodrome, où Filippo Ganna a signé le record du monde en 2022 (56,792 km), est devenu une référence pour ceux souhaitant se mesurer au record de l’heure. Un autre argument ayant compté dans le choix de Mathias Ribeiro Da Cruz: «L’équipe sur place a une solide expérience de ce type d’événement, ce qui a grandement facilité l’organisation logistique».
S’il évite le long et coûteux voyage jusqu’au Mexique et sera bien accueilli en Suisse, le Français doit néanmoins s’acquitter d’une facture importante, d’environ 5000 francs, pour son défi. «Un budget qui englobe la mise à disposition de la piste, la présence de commissaires UCI ainsi que les frais liés au contrôle antidopage obligatoire», précise-t-il. Sur les trois officiels présents, l’un sera obligatoirement rattaché à la Fédération française de cyclisme (FFC).
Plus fort que les professionnels
Le fait qu’un coureur amateur ambitionne de battre le record de France de l’heure peut paraître surprenant. Mais Mathias Ribeiro Da Cruz n’est pas un amateur comme les autres.
Sans jamais avoir intégré une équipe professionnelle, il lui est souvent arrivé de tenir tête aux élites sur le contre-la-montre des championnats de France, s’adjugeant à maintes reprises le titre amateur tout en roulant plus vite que des coureurs sous contrat, parmi lesquels Benjamin Thomas (Cofidis), Léo Bisiaux (Decathlon CMA CGM), Aurélien Paret-Peintre (Decathlon CMA CGM) ou encore Mathys Rondel (Tudor). Il a également pris part à plusieurs éditions du célèbre Chrono des Nations, dont l’une remportée par Stefan Küng.
Pourquoi un tel rouleur, spécialiste du contre-la-montre, n’a-t-il jamais signé chez les professionnels? Mathias Ribeiro Da Cruz a bien sa petite idée.
Au service de Seixas
Amoureux de cet exercice si particulier qu’est le contre-la-montre, où il faut écraser fort les pédales, seul face à l’horloge, le rouleur français s’est naturellement laissé attirer, au fil du temps, par la piste, jusqu’à se mesurer au record de France de l’heure, début septembre à Granges.
Un record qu’il se sent prêt à battre. «Les dernières séances spécifiques sur la piste montrent que les voyants sont au vert. La forme est au rendez-vous», assure-t-il.
Mais son physique n’est pas son seul atout. Dans la vie, Mathias Ribeiro Da Cruz travaille au sein de l’équipe Decathlon-CMA CGM, celle dans laquelle évolue la nouvelle star du cyclisme français, Paul Seixas. Connaissant les exigences du haut niveau cycliste, son employeur lui offre la souplesse nécessaire pour mener de front travail et entraînement.
Chez Decathlon-CMA CGM, Ribeiro Da Cruz travaille comme ingénieur développement et innovation technique. Les jambes, donc, mais aussi la tête. Cette approche technique et scientifique de la discipline lui sera précieuse dans sa quête du record de France. Impossible, avec lui, de négliger l’équipement, en témoigne sa collaboration avec la manufacture Look, la position, la stratégie de course, les zones d'effort et tous les gains marginaux auxquels s’intéressent les spécialistes en son genre. A commencer par le choix du lieu de la performance.
