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Tokyo 2020

Tokyo 2020: les Suissesses devront jouer collectif le relais 4x100m

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Les Suissesses brillent sur le relais 4 x 100m depuis plusieurs années. La finale des Jeux olympiques de Tokyo aura lieu vendredi.Image: Shutterstock
Tokyo 2020

Transformer des rivales en coéquipières: la difficile tâche du relais

La discipline est une spécialité suisse depuis 15 ans et la seule épreuve collective de l'athlétisme. Elle réclame des aptitudes contre-nature chez les sprinteuses, qui ont beaucoup travaillé pour devenir hargneuses et égocentriques.
05.08.2021, 18:1308.08.2021, 10:46

L'équipe de suisse féminine et sept de ses adversaires disputent vendredi (15h30 chez nous) la finale du relais 4 x 100m et ce sera encore un de ces rares moments où l'on verra des athlètes s'échanger autre chose qu'un regard hostile. Elles ne partageront certes rien de plus qu'un bâtonnet en aluminium, mais il conviendra de saluer la prouesse: certaines le transmettraient avec plus de plaisir au visage que dans la main.

Pas elles, qui sont très copines 🇨🇭

Le relais suisse aux Jeux de Tokyo avec, de gauche à droite: Del Ponte, Dietsche, Kora et Kambundji.
Le relais suisse aux Jeux de Tokyo avec, de gauche à droite: Del Ponte, Dietsche, Kora et Kambundji.Image: Instagram

À ce degré de rivalité et d'individualisme, former une équipe est presque contre-nature. «Les sprinteuses doivent mettre leur ego et leur agressivité de côté pour être au service d'un collectif, ce qui n'est pas toujours bien accepté, reconnaît Laurent Meuwly, l'entraîneur qui a bâti le succès féminin dans la discipline. Il n'est pas évident pour elles non plus d'envisager un résultat qui ne dépendra pas seulement de leur performance. Je suis content d'avoir été directeur sportif des basketteurs fribourgeois et d'avoir pratiqué un sport collectif par le passé. Ces expériences m'ont offert des outils de management pour le relais.»

Le coach est à la base du projet. Il doit trouver les mots, adopter la juste posture pour exploiter le meilleur de chaque individualité dans le seul but collectif.

Laurent Meuwly avec ses athlètes aux Jeux de Rio en 2016.
Laurent Meuwly avec ses athlètes aux Jeux de Rio en 2016.Image: Instagram

Le technicien suisse l'a très vite compris: durant les premières années de son aventure avec les relayeuses, il organisait des team building d'un genre particulier: chasses au trésor, cours de cuisine, week-ends en commun. «On a même été aux bains de Zurich avant les Européens, se souvient Marisa Lavanchy, reconnaissante. Ces activités nous ont permis de resserrer les liens.»

Laurent Meuwly en explique les raisons:

«Ce type d'évènements fait sens quand l'équipe est très dépendante de son alchimie, des liens qui unissent les filles. Quand tu es une petite nation, tu dois trouver des moyens nouveaux pour compenser la vitesse que tu n'as pas sur le papier. Les grandes nations, elles, peuvent bien avoir quatre filles qui se détestent: si elles courent vite, elles compenseront largement leur mauvais état d'esprit.»

Les Suissesses ont cultivé au fil des années un goût pour l'effort collectif. C'est le mérite de chacune de ces championnes, mais encore faut-il qu'elles nous expliquent: comment une sportive individuelle devient-elle soudain une coéquipière fiable et soucieuse des autres? Sur quel bouton doit-elle appuyer?

On a posé la question à Marisa Lavanchy, membre du relais suisse au tournant des années 2010.

«On ne peut pas non plus transformer qui on est. Si on fait du sprint, c'est qu'on a toutes une personnalité très forte et assez individuelle. Mais ce n'est pas incompatible avec le relais. C'est même ce qui fait sa force: pour gagner notre place parmi les quatre, on doit se battre, être meilleure que les autres. Et une fois que le coach a pris sa décision, que l'équipe est définie, on ne fait plus qu'un. On doit changer complètement de statut, mais ça se fait naturellement: on a un seul objectif et on sait qu'on ne l'atteindra qu'ensemble.»

Se fixer des buts, puis tout faire pour les atteindre, est le point commun de toutes les sportives de haut niveau. C'est une obsession qui vaut tous les sacrifices, même celui de se mettre à plusieurs.

Marisa Lavanchy et ses coéquipières du relais en 2016.
Marisa Lavanchy et ses coéquipières du relais en 2016.

Bien sûr, c'est encore plus simple quand ce n'est pas un effort. La Vaudoise considérait d'ailleurs le relais comme une parenthèse enchantée, un espace de tous les possibles. «Tu y vis des émotions nettement plus fortes qu'en individuel.» Parce que c'était beau et bon, elle n'en a jamais voulu à Mujinga Kambundji d'avoir laissé échapper le précieux témoin lors de la finale des Européens en 2014. «J'ai plutôt eu de la peine pour elle. Je me suis dit: Oh non, la pauvre!»

Ce niveau de collégialité n'est possible que dans un environnement apaisé, où les critères de sélection sont définis et argumentés.

Elles sont plus fortes ensemble

Laurent Meuwly a toujours été un excellent diplomate, qui choisissait ses quatre athlètes en fonction de leurs aptitudes sur 100 mais aussi 200m, «car il faut que les filles soient encore rapides à la fin de leur tronçon de course sur 100m». L'entraîneur français Vincent Clarico, lui, insistait beaucoup sur l'ensemble.

«Il ne faut pas prendre les 4 ou les 6 meilleures, mais le meilleur quatuor. En football c'est pareil: les coaches ne titularisent pas les 11 meilleurs, mais le meilleur groupe de 11»
Vincent Clarico dans Libération en 2018.

Le technicien en est convaincu: la force collective, en relais, dépasse celle de chaque relayeuse. «On avait toutes compris qu'on était plus fortes ensemble», confirme Lavanchy.

Cette prise de conscience n'est évidemment pas dénuée d'un intérêt tout personnel (on est sprinteuse ou on ne l'est pas...), que résume Laurent Meuwly en quelques mots: «Quand tu gagnes une médaille, que ce soit seul en groupe, elle n'est qu'à toi. Elle t'appartient!»

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