Trump, anti-G7: le rapport ambigu de l'extrême gauche à la violence politique
Après «Saint Luigi», «Saint Cole»? La probable tentative d’assassinat de Donald Trump, samedi lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche qui se tenait à l’hôtel Hilton de Washington, est un nouvel épisode de cette violence politique qui inquiète au plus haut point aux Etats-Unis.
Cole Allen, l’assaillant présumé de 31 ans, sera-t-il entouré de la même aura que Luigi Mangione, le jeune homme au physique avantageux aujourd’hui âgé de 28 ans, accusé d’avoir tué le 4 décembre 2024 à New York le PDG d’une des plus grandes compagnies d’assurance au monde? Saint Luigi est le titre d’un essai écrit par Nicolas Framont, un sociologue français engagé dans la gauche radicale. Le sous-titre de l’ouvrage, paru en 2025 aux éditions Les liens qui libèrent, renseigne sur le point de vue de l’auteur: Comment répondre à la violence du capitalisme?
Restons un moment encore sur l’attaque de samedi dans la capitale fédérale américaine. Décrit comme doué dans son domaine, le génie mécanique et l’informatique, mais peut-être perturbé sur un plan psychologique, Cole Allen en voulait à Donald Trump.
Avant son passage à l’acte, il avait rédigé un manifeste comprenant des mots apparemment destinés au président américain sur fond de scandale Epstein:
«Recrudescence des attaques d'extrême gauche»
Dans un article paru après l'attaque de Washington, le Christian Science Monitor, un média américain situé au centre, cite des «experts en violence qui soulignent une récente recrudescence des attaques d’extrême gauche [aux Etats-Unis], après des années durant lesquelles les extrémistes d’extrême droite représentaient une menace bien plus meurtrière pour la population et les responsables gouvernementaux.»
Si les supporters de Donald Trump voient dans la tentative d'assassinat imputée à Cole Allen l'expression d'une violence de gauche encouragée par le camp démocrate, il est sans doute trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur le profil idéologique de l'agresseur, même si celui-ci a fait un don de 25 dollars à la candidate démocrate Kamala Harris lors de la dernière élection présidentielle.
Justicier-vengeur
A l'image de Luigi Mangione, dont l’acte meurtrier aurait obéi à la volonté de venger ceux qui sont trop pauvres pour bénéficier d’une couverture santé, Cole Allen aurait pu vouloir réparer une «injustice». Tous deux seraient alors les «porte-parole» devenus les «porte-flingue» de millions d’Américains exclus des tribunes médiatiques et excédés par le «système», ce que Nicolas Framont appelle le «capitalisme» dans son sens le plus inégalitaire du terme. On verra si le mythe du héros prendra pour Cole Allen comme il a pris pour Luigi Mangione.
Si l’extrême gauche trouve des motifs à ces passages à l’acte, elle ne va pas jusqu’à les approuver. Mais les teasers et autres titres de contenus publiés sur les plateformes peuvent parfois créer le doute. Un exemple?
C'est le titre d’une interview vidéo de Nicolas Framont postée en début de semaine par le site lausannois Ragekit sur son compte YouTube. «Parasites», qu’il faut comprendre ici comme «les parasites ne sont pas ceux qu’on croit», à savoir les sans-grades vivotant des aides sociales, renvoie au titre d’un précédent ouvrage du sociologue militant, qui était l’un de invités de la dernière édition du FIFDH, le Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève, qui s’est tenu du 5 au 14 mars.
Violence «tolérable»?
On sait que le terme «parasite», y compris sous sa forme métaphorique, qui fut celle des fascismes brun et rouge, est à manier avec précaution, car, en général, un parasite, on s’en débarrasse.
De même, la punchline qui introduit l’interview vidéo de Nicolas Framont peut passer pour une question rhétorique, dont on se doute de la réponse.
Nicolas Framont répond à sa propre interrogation après avoir précisé que le milieu social dans lequel on évolue peut être un critère déterminant. Sa réponse:
Et Nicolas Framont d'ajouter, pour qu'on comprenne bien:
Exposé en 55 minutes d'entretien, le propos de Nicolas Framont n’est donc pas de dire qu’il est permis de tuer les «salauds de riches». Il consiste à constater qu’il y aurait un terreau favorable à une sorte de «collab» entre des «tueurs-justiciers», par ailleurs éduqués et apparemment insérés dans la société, le cas de Luigi Mangione et Cole Allen, et une masse sociale se sentant impuissante.
Fascination
L'attention de Nicolas Framont porte moins sur les meurtriers politiques que sur le phénomène de sanctification qu'ils suscitent. Ce n'est pas nouveau si l'on se rapporte à l'assassin en série italien Roberto Succo, dont les 20 ans et la belle gueule, associés à l'acte transgressif ultime, exercèrent sur certains une sorte de fascination là aussi – il se donna la mort en prison en 1988.
Nous avons envoyé un e-mail au site Ragekit pour aborder avec l’un ou l’autre de ses membres la question de la violence politique. Il est resté sans réponse. Comme watson en rendait compte dans un article du 23 avril consacré aux anti-G7, Ragekit, qui appartient à la mouvance de la gauche radicale, a lancé sur ses réseaux un appel à se joindre aux manifestations prévues mi-juin à Genève, pour l’heure toujours pas autorisées par les autorités cantonales genevoises. Si le ton de l’invitation joue sur l’image d’Epinal de la Suisse, le fond du propos est très sérieux:
Politologue et historien des idées, membre du PLR, Olivier Meuwly ne «[s]’étonne pas du ton radical de l’extrême gauche».
«La complaisance de la gauche démocratique»
Une chose «préoccupe davantage» Olivier Meuwly:
Et l’historien des idées d’imaginer la situation inverse: «Si la droite parlementaire suisse avait la moindre compréhension pour la violence politique venant de l’extrême droite, on assisterait dans la minute à une levée de boucliers.»
Olivier Meuwly n’accuse pas ici la «gauche démocratique» de légitimer les meurtres politiques.
A ce propos, le politologue attire l’attention sur les attentats imputables à l’extrême droite. Il renvoie au double assassinat d’une élue locale du Minnesota, Melissa Hortman, membre du Parti démocrate, et de son mari, en juin 2025 dans le Minnesota. Ainsi qu’à celui de la députée travailliste britannique pro-Union européenne Jo Cox, en juin 2016 dans le nord de l'Angleterre, quelques jours avant le référendum sur le Brexit.
Le terrorisme d’extrême gauche, quant à lui, avait disparu du continent européen après y avoir sévi dans les années 1970 et dans la première moitié des années 1980. Effectue-t-il un retour? Olivier Meuwly:
Plusieurs politologues romands sollicités par watson sur le thème de la violence politique d'extrême gauche n’ont pas donné suite.
