Prendre la Suisse pour le bouc-émissaire de Meloni, c'est trop facile
La pratique est suspendue avec effet immédiat. Désormais, plus aucun hôpital suisse n’envoie à l’étranger de factures ni de copies liées aux frais de traitement des victimes de l’incendie de Crans-Montana. Le président de la Confédération Guy Parmelin est intervenu en ce sens.
L’envoi de factures depuis l’hôpital de Sion avait suscité de vives réactions en Italie. La présidente du Conseil Giorgia Meloni et l’ambassadeur italien à Berne ont dépeint les autorités suisses comme des bureaucrates sans cœur, dépourvus de la sensibilité nécessaire envers les victimes et leurs proches.
C'est trop facile
Sur le plan juridique, la démarche de l’hôpital valaisan était irréprochable. La Suisse a conclu un accord avec l’Union européenne afin d’éviter que des personnes confrontées à une urgence médicale à l’étranger ne doivent assumer des coûts élevés.
En Suisse, responsables politiques, fonctionnaires et journalistes avancent désormais une autre lecture: la populiste de droite Meloni maîtriserait parfaitement l’art de la polémique sur les réseaux sociaux et de l’exacerbation des émotions.
Après avoir nettement perdu le référendum judiciaire qu’elle avait lancé en Italie et voyant son soutien reculer, elle chercherait simplement un bouc émissaire en s’en prenant à la Suisse.
Ces analyses restent toutefois insuffisantes. Elles passent à côté de quatre éléments essentiels.
Le drame du Constellation est unique
Premièrement, l’incendie de Crans-Montana constitue une catastrophe d’une ampleur exceptionnelle. Quarante et une personnes âgées de 14 à 39 ans ont perdu la vie dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Cent quinze autres ont été blessées, parfois grièvement. Les six victimes italiennes étaient toutes mineures.
Deuxièmement, il est rapidement apparu que l’établissement présentait de graves lacunes en matière de sécurité. Les issues de secours étaient obstruées. Les autorités locales n’avaient plus contrôlé les dispositifs de protection incendie depuis des années, alors même qu’elles y étaient tenues.
Troisièmement, les autorités compétentes ont fait preuve d’une communication défaillante après la catastrophe. La commune de Crans-Montana a d’abord tenté de se présenter comme victime des circonstances. Cette posture a été largement rejetée, y compris en Italie.
Enfin, des doutes ont rapidement émergé quant à l’enquête pénale menée par le ministère public valaisan. Selon les critiques, elle manquerait de fermeté et de rigueur. En Italie, l’absence d’autopsies immédiates pour toutes les victimes a suscité incompréhension et indignation.
Il y a des différences entre les systèmes juridiques
L’affaire a également mis en lumière des divergences entre systèmes juridiques, difficiles à comprendre pour le voisin du sud. Pourquoi une telle catastrophe relève-t-elle du canton et non de la Confédération?
Comment un suspect peut-il être libéré sous caution après une brève détention provisoire? Face à ces interrogations, l’Italie a rappelé son ambassadeur de Berne à Rome, où il est resté un certain temps.
Les malentendus entre dirigeants politiques de différents Etats se dissipent souvent dans le cadre d’échanges directs. C’est dans cet esprit que le président de la Confédération, Guy Parmelin, prévoit de rencontrer prochainement la présidente du Conseil Giorgia Meloni ainsi que le président de la République italienne Sergio Mattarella.
La catastrophe du 1er janvier impose à la Suisse de renforcer sa communication avec les représentants des pays concernés. Il est également pertinent que les autorités ne s’en tiennent pas strictement aux règles. Les proches des victimes ont enduré une souffrance immense.
Dans ce contexte, il est légitime de suspendre certaines démarches prévues et de privilégier des discussions autour d’une table ronde, désormais mise en place.
Après Crans-Montana, une double exigence s’impose: faire toute la lumière sur le plan judiciaire et faire preuve de sens politique. Par son action, le président de la Confédération Parmelin démontre la prudence nécessaire. (trad. tib)
