Ari Emanuel, l'agent de stars qui tacle Meghan et règne sur Hollywood
Il a inspiré l’agent hystérique dans la série Entourage, représenté les plus grandes stars de la planète et bâti un empire à coups de téléphone, de crises de colère et de milliards de dollars. A 65 ans, Ari Emanuel a choisi de sortir très momentanément de l'ombre pour dévoiler sa vie dans ses mémoires, Roll the Calls. Une existence basée sur sa soif de revanche, de coups astucieux et, accessoirement, de vers vivants avalés au petit-déjeuner.
Et s'il a connu son lot de déconvenues au cours de sa longue et fructueuse carrière, l'agent vient de faire face à une défaite particulièrement rageante. Sortie le 22 septembre, Roll the Calls, son autobiographie écrite avec l'aide de J.R. Moehringer (oui, le même auteur qui avait épaulé le prince Harry pour Spare) débutera «seulement» à la seconde place de la liste des best-sellers du New York Times.
Juste devant lui? D'autres mémoires tout aussi explosives et rancunières. Swan Song: Diana, My Sister signé d'un certain Charles Spencer, frère de la princesse Diana et oncle des princes William et Harry, qui règle joyeusement ses comptes avec la famille royale britannique.
Un petit camouflet pour Ari Emanuel après une imposante tournée promotionnelle, qui l'a notamment vu s’entretenir avec les plus grands médias américains, du Financial Times au New York Times.
Mais si une source du milieu de l’édition assure à Page Six Hollywood que cette deuxième place est «décevante», une autre, plus optimiste, assure que l'éditeur est pleinement satisfait. Le tout accompagné d'une métaphore pour le moins obscure:
L'ironie n'en reste pas moins délicieuse, étant donné qu'Ari Emanuel a fait de la compétition, de son incapacité quasi pathologique à lâcher l’affaire et de sa rage intérieure son principal moteur dans la vie. Du vitriol, son bouquin en contient d'ailleurs en quantités industrielles.
Le New York Times décrit un récit de plus de 400 pages bourré de jurons, de noms célèbres et de comptes à régler. L'auteur lui-même explique que la rage permet au moins de clarifier les problèmes. Il confie même à son thérapeute, surnommé «Dr Calm», que son âme est remplie «d’acide de batterie et de bourdons».
Mais plantons un peu le bonhomme, voulez-vous? Ari Emanuel est le genre d’homme dont le grand public connaît davantage la caricature que le visage. Il est en effet la principale inspiration d’Ari Gold, l’agent colérique, grossier, hyperactif et insupportable interprété par Jeremy Piven dans la série Entourage.
Le succès du personnage a d’ailleurs fini par contaminer son modèle: Emanuel raconte que son thérapeute lui a fait remarquer qu’il commençait à adopter les gestes et les expressions de son double télévisé.
Dans la vraie vie, cependant, le CV du «vrai» Ari est encore plus impressionnant.
Après avoir débuté en servant du café, en remplaçant les rouleaux de PQ et en faisant des photocopies dans la mythique mailroom de l'agence CAA, l'espèce de rite initiatique hollywoodien où les futurs agents commencent tout en bas de l’échelle, il cofonde sa propre entreprise, Endeavor, en 1995.
Après sa fusion en 2009 avec la vénérable William Morris Agency, Ari Emanuel participe à la construction d’un gigantesque groupe mêlant talents, cinéma, télévision, sport et événements. Aujourd’hui, il se trouve à la tête d'un véritable empire, WME Group, tout en dirigeant TKO, groupe qui chapeaute notamment l’UFC et la WWE.
Des vers au petit-déjeuner
Pas étonnant, donc, que le carnet d'adresses d'Ari Emanuel ressemble au générique d’une cérémonie des Oscars: Oprah Winfrey, Martin Scorsese, Dwayne «The Rock» Johnson, Larry David ou encore Kim Kardashian sont passés par son orbite. Et, oui, même Taylor Swift. Une cliente qu'il a depuis perdue et dont le départ de son agence fait partie des rares événements capables de rivaliser, selon le Sunday Times, avec ce qu’Emanuel déteste le plus au monde: l’inflammation intestinale.
Pour éviter les désagréments gastriques, ce personnage extravagant s'astreint donc à une routine assez délirante. A 65 ans, le milliardaire est généralement debout vers 4h30. (Et il s'est calmé: avant, révèle-t-il, c'était 3 heures). «Je me raconte que c’est ce qu’il faut faire pour gagner», explique-t-il au journal. «Et ça a marché.»
Bien avant que le commun des mortels ait envisagé son premier café-clope, Emanuel a déjà effectué 40 minutes d’étirements, ses exercices de respiration et de méditation, pédalé avec un masque simulant l’altitude, pris un bain glacé et passé une vingtaine d’appels depuis son bureau équipé d’un tapis roulant. Et ensuite? Il avale des vers.
Tous les jours, Ari Emanuel ingère des microvers vivants, persuadé que cette pratique contribue à améliorer son microbiote et à limiter l’inflammation. Il explique au Sunday Times prendre des vers provenant de Thaïlande sept jours sur sept et une autre variété, qu’il appelle ses «vers de Londres», une fois par semaine.
Autant dire que l'agent qui reçoit en 90 minutes cinq appels, seize SMS et tellement de WhatsApp qu’il renonce à les compter ne fonctionne pas vraiment sur le mode économie d'énergie.
Mais cette frénésie ne tombe pas du ciel: Emanuel a grandi à Chicago dans une famille où la compétition a fait rage dès le berceau. Son frère Rahm, devenu conseiller de Bill Clinton, chef de cabinet de Barack Obama puis maire de Chicago, envisage de briguer la présidence des Etats-Unis en 2028. Son frère Zeke, oncologue et bioéthicien, a participé aux travaux ayant mené à l’Obamacare.
Le jeune Ari, lui, souffrait d’une importante dyslexie et de TDAH à une époque où ces troubles étaient beaucoup moins compris. A l’école, il était moqué pour ses difficultés à lire. Le contraste dans la fratrie est brutal et leur mère, Marsha, militante des droits civiques, ne fait rien pour l'arranger. Sans pitié, celle-ci affichait les bulletins scolaires de ses enfants sur le réfrigérateur – y compris les mauvais résultats d’Ari.
«Une des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre, plaisante-t-il auprès du Sunday Times, c’est que je veux juste que ma mère m’aime un peu plus, juste pendant une semaine.»
Le New York Times relève la même faille dans Roll the Calls: même après avoir amassé fortune et pouvoir, Emanuel écrit que les moments d’euphorie «ne durent jamais». Peu importe jusqu’où il monte, il faut déjà repartir à l’assaut de quelque chose d’autre.
Une méchante pique envers Meghan
Pas plus tard que le week-end dernier, c'est Meghan Markle qui a eu droit à une (cruelle) petite démonstration de la méthode Emanuel. L'actrice avait rejoint WME en 2023 pour développer ses activités dans le divertissement.
Interrogé par le Sunday Times sur la direction que pourrait désormais prendre la carrière de la duchesse de Sussex, son ancien manager, qui affirme avoir cessé personnellement de travailler avec elle l’année dernière, a répondu avec une sécheresse assez spectaculaire:
Une précision s’impose toutefois: WME a indiqué à Page Six que l’agence représente toujours Meghan ainsi qu’Archewell, la société qu’elle partage avec Harry.
Cruelle ironie du sort, voilà qu’un proche de la famille royale vient désormais lui subtiliser sa première place dans la liste des bestsellers du New York Times. Pour un homme dont le livre tout entier célèbre pratiquement l’art de transformer les vexations en carburant, le scénario est presque trop parfait.
Un peu plus zen... ou presque
Heureusement, à 65 ans, Ari Emanuel assure pourtant avoir changé et cherche désormais des moyens de calmer la machine. Quitte à user de méthodes plus radicales que les bains froids ou le sauna.
Il raconte par exemple avoir testé plusieurs substances psychédéliques et récemment expérimenté le 5-MeO-DMT lors d’une séance avec un chaman à Santa Fe. Une expérience intense qui, selon lui, l’a aidé à relativiser sa propre importance.
Une quête de sérénité qui fait quelque peu hausser les sourcils. A son mariage en secondes noces avec la créatrice Sarah Staudinger, en mai 2022, son ami Larry David, créateur de la série Curb Your Enthusiasm (Larry et son nombril), chargé d’officier, n'avait pas manqué de rappeler que cet obsédé de la réussite, de l’argent et du sport est un véritable «mutant».
Avant de reconnaître ce qui explique peut-être pourquoi tant de gens lui sont restés fidèles, malgré ses crises: quand une situation tourne mal, Ari est celui qu’on appelle pour la régler.
Reste que des décennies de méditation, de thérapie et autres expériences psychédéliques n’ont pas complètement annihilé cet alien de l'industrie du divertissement. Emanuel confie au Sunday Times qu’il lui arrive encore de basculer en «Defcon One», le niveau maximal sur son échelle personnelle de la colère. C’est arrivé encore récemment, au téléphone, explique-t-il. Mais au moins, cette fois, il a eu la décence de penser à couper le son avant de se mettre à hurler.
Une petite victoire pour celui qui, à 65 ans, semble avoir accepté une chose: on peut passer sa vie à travailler sur soi sans forcément devenir quelqu’un d’autre. Après tout, le travail sur soi a ses limites, qu'Hollywood ignore.
