De Lausanne aux Grammy Awards: qui est Alicia Renee?
Si vous vous promeniez parfois dans les rues de Lausanne il y a une quinzaine ou une vingtaine d’années, il est possible que vous ayez déjà croisé sa voix sans connaître son nom. Une voix puissante, portée par le jazz, la soul ou le gospel, qui n’a besoin d’aucun artifice pour vous donner la chair de poule.
Mais il est tout aussi probable que vous ayez déjà vu Alicia Renee aka «Blue Eyes», se produire sur des scènes autrement plus établies dans les années 2000 et 2010: au Montreux Jazz Festival, dans des hôtels prestigieux, des clubs ou des festivals à travers la Suisse.
Aujourd’hui, la chanteuse américaine, désormais installée à La Nouvelle-Orléans, partage une autre grande nouvelle: elle est nommée aux Grammy Awards, qui se déroulent ce 1er février à Los Angeles, dans la catégorie «Best Regional Roots Music Album» pour Live at Vaughan's, un célèbre club de jazz et de blues de cette ville de Louisiane, aux côtés de l'artiste Corey Henry.
Le Montreux Jazz, un rêve de gamine
Mais revenons d'abord en Suisse. Pour Alicia Renee, ce pays a toujours représenté quelque chose de spécial, presque magique. Petite déjà, elle entend parler du Montreux Jazz Festival à travers son père, lui aussi amateur de grands musiciens. «Ils sont tous en Suisse», lui répond-il lorsqu’elle lui demande où chantent ces artistes que la famille admire. Une image qui s’imprime durablement dans l’esprit de la jeune fille.
Lorsqu’elle y chante pour la première fois, en 2003 au Miles Davis Hall, c’est aux côtés de l’Américain Dwele. Avec le pays qui l’accueille, c’est le coup de foudre. Elle revient. Puis encore. Le Montreux Palace, le Harry’s Bar devenu le Funky Claude’s, Verbier, Fribourg, Genève, Zurich: la Suisse devient un terrain familier, presque une seconde maison. D’ailleurs, elle y reste et s’y installe pour quelques années.
A Lausanne, entre deux dates, Alicia Renee demande un permis pour chanter. Pas par nécessité artistique, encore moins par posture romantique.
Pour elle, il s’agit de partager la musique, de faire sourire les passants qui s’arrêtent et se laissent emporter par cette voix intemporelle. Un plaisir simple, et qui permet, joli bonus, aussi de payer les factures. La chanteuse de préciser toutefois qu’elle n’a pas «commencé dans la rue»; c’est son amour pour la musique et son envie de partager sa passion qui l’y poussent. Une manière aussi, pour elle, de faire des rencontres. Comme avec l’auteure de ces lignes.
Le Quartier français et les Grammy Awards
Aujourd’hui installée à La Nouvelle-Orléans, Alicia Renee est bien plus qu’une interprète. Cheffe d’orchestre à plein temps, productrice et documentariste, elle mène plusieurs projets de front. Son documentaire Dirty Dogs, disponible sur Amazon Prime, a même contribué à faire évoluer une loi locale.
Dans le Quartier français, elle chante régulièrement dans les clubs et se fait repérer par de grands noms: elle partage notamment un duo improvisé avec Eric Clapton, et assure des premières parties pour Tank and the Bangas. Elle captive par sa voix, mais aussi par son apparence singulière: une peau foncée et des yeux bleus clairs, qui lui valent son surnom de Blue Eyes. Sur les réseaux sociaux, certaines de ses vidéos sont vues des millions de fois.
Comme celle-ci, qui dépasse le millions de vues 👇🏽
Il y a quelques mois, elle attire même l'attention d'IShowSpeed dans les rues du Quartier français. En plein live, le streamer aux millions de followers s'arrête pour écouter la chanteuse.
La nomination aux Grammy Awards vient consacrer un choix de carrière assumé, celui de l’indépendance.
Car ces récompenses ne sont pas attribués par le public, mais par des pairs du monde musical. Un détail qui compte, et qui renforce encore la portée symbolique de cette reconnaissance. Pour Alicia Renee, il s’agit surtout d’un message fort pour les artistes: à l’ère des réseaux sociaux, il est possible de rester maître de sa musique, de posséder ses enregistrements, financer ses projets et construire son public sans «vendre sa vie à une corporation», nous explique-t-elle.
De La Nouvelle-Orléans «back to Switzerland»?
Son répertoire, lui, traverse les époques et les genres: jazz, R&B, soul, gospel. A La Nouvelle-Orléans, l’artiste est particulièrement connue pour ses interprétations de Billie Holiday, Louis Armstrong, Etta James, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Aretha Franklin ou Nina Simone. Alicia Renee aime aussi chanter en français, clin d’œil supplémentaire à la Suisse, qui l’a tant marquée.
La Suisse, justement, reste au cœur de ses rêves. «La fondue, la raclette, le chocolat», nous sourit-elle en français avec son accent américain chantant. «Ce serait un honneur et un rêve de revenir chanter en Suisse», dit-elle, lançant presque un appel du pied aux programmateurs helvétiques.
Du Montreux Jazz Festival aux Grammy Awards, en passant par La Nouvelle-Orléans et Lausanne, le parcours d’Alicia Renee n’a rien d’un conte fabriqué par les grandes maisons de disques. C’est celui d’une artiste libre, fidèle à sa vision, et qui n’a manifestement pas fini de faire voyager sa voix des deux côtés de l’Atlantique. Le rendez-vous est pris.
