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Guerre contre l'Ukraine

Guerre en Ukraine: enfants et ados racontent leur quotidien

Endeuillé, isolé mais libre de rêver: être jeune en Ukraine.
La guerre en Ukraine impacte la jeunesse de bien des manières.Image: Oleksii Filippov / AFP, montage watson

«Ils deviennent fous»: avec la jeunesse ukrainienne

Guerre, deuil, isolement: en Ukraine, une génération d’adolescents grandit sous les sirènes et les bombes. Entre écoles souterraines, sport clandestin et soutien psychologique fragile, ils tentent de survivre sans renoncer à rêver.
03.01.2026, 07:0103.01.2026, 07:01
Boris BACHORZ, Balakliïa, Ukraine / AFP

Ombre de moustache, tignasse ébouriffée et casquette de marque: Bohdan serait l'ado lambda, s'il ne concentrait les malheurs d'une jeune génération ukrainienne marquée par bientôt quatre ans de guerre.

Son père, Stanislav, militaire de carrière, est mort le 30 mars 2022 à l'âge de 45 ans en défendant Kharkiv. Epuisée par les épreuves, sa mère, Iryna, 50 ans, a été diagnostiquée à l'automne d'un cancer de l'utérus de stade trois.

Une vie à jamais chamboulée par la guerre

Bohdan Levchykov, 15 ans, ne connaît plus personne de son âge dans sa ville de Balakliia (est de l'Ukraine) occupée par l'armée russe de mars à septembre 2022, reconquise par les forces ukrainiennes, mais régulièrement sous le feu russe, à 70km du front. Il se rappelle:

«Ma mère et moi sommes revenus quelques jours après la libération de la ville et il n'y avait plus d'enfant, aucun magasin ouvert, rien»

La vie n'a repris qu'au compte-gouttes, avec seulement une fraction des 26 000 habitants d'avant-guerre encore sur place, dont beaucoup de personnes âgées.

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carte: watson

Les lieux jadis fréquentés par les jeunes sont largement désertés. Le parc à skateboard, les bords de la rivière Balakliia ont été minés par les Russes. Les mines y ont depuis été enlevées, cependant, comme l'explique Bohdan Levchykov:

«La rumeur dit que ce n'est toujours pas sûr d'y aller»

L'adolescent suit ses cours exclusivement en ligne. Son quotidien est rythmé par les alertes antiaériennes.

Descendre quatre étages à pied pour se réfugier au sous-sol est au-dessus des forces de sa mère. Fils et mère étendent alors un matelas dans la petite entrée de leur appartement, seule pièce un peu protégée, car ne donnant pas sur une fenêtre. Bohdan Levchykov sourit:

«Nous nous sommes habitués à nous débrouiller à deux. Nous formons une équipe soudée»
Bogdan Levchikov, un adolescent de 15 ans, pose dans sa chambre à Balakliya, le 13 octobre 2025.
Bohdan Levchykov, un adolescent de 15 ans, pose dans sa chambre à Balakliya, le 13 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Une génération contrainte de s'adapter au pire

Aucune de ces épreuves ne se lit sur le visage calme de l'adolescent. Sa mère, circonspecte, observe:

«Ce n'est pas que Bohdan. Tous les enfants se sont adaptés si vite. Cette génération, je ne sais pas comment la qualifier»

Elle n'est pas la seule à se poser la question. Près de 24 000 jeunes ukrainiens de 11 à 17 ans ont été interrogés fin 2023 sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'étude relève qu'après l'invasion russe du 24 février 2022:

«La proportion de ceux qui se sentent heureux a chuté de façon significative. Mais les adolescents ukrainiens démontrent un niveau plutôt élevé de capacité à affronter la guerre.»
Bogdan Levchikov, avec le matelas que lui et sa mère utilisent pour dormir à l'abris des frappes russes.
Bohdan Levchykov, avec le matelas que lui et sa mère utilisent pour dormir loin des fenêtres, à l'abri des frappes russes.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Selon une autre enquête publiée en août dernier, 34% des enfants citent les examens scolaires comme principale source de stress et 27% seulement les sirènes antiaériennes.

Cette étude, publiée par le programme ukrainien de santé mentale «Comment allez-vous?» et par l'Unicef, l'agence des Nations Unies pour l'enfance, avance:

«Ces résultats suggèrent de façon inquiétante que la guerre fait désormais partie du quotidien de nombreux enfants»

Quand la Russie cible les écoles

Près d'un million de jeunes ukrainiens étudient en ligne, dont 300 000 exclusivement via internet, selon le ministère de l’Education, contraints à un confinement sans fin commencé avec le Covid dès mars 2020.

Un isolement particulièrement ressenti dans la région de Kharkiv, la deuxième ville du pays, cible quotidienne d'attaques aériennes, à 40km de la frontière russe.

Quelques restaurants et cafés restent ouverts jusqu'au couvre-feu de 23 heures. Puis, chaque nuit ou presque, charrie son lot d'attaques de drones et de missiles. La matinée suivante résonne des travaux des équipes de volontaires qui réparent ce qui peut l'être.

La région de Kharkiv est celle où le plus d'établissements éducatifs ont été détruits ou endommagés par des frappes russes: 843, soit 20% du total national (4358), relevait mi-décembre le site gouvernemental saveschools.in.ua.

Ici, Bogdan Levchikov passe devant une école endommagée par les bombardements à Balakliya.
Ici, Bohdan Levchykov passe devant une école endommagée par les bombardements à Balakliya.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Sur les réseaux sociaux, le site d'investigation en ligne Bellingcat, avec qui des journalistes de l'AFP à Kiev et à Paris ont collaboré pour cette enquête, a recensé à Kharkiv et ses environs plus de cent frappes russes documentées par des vidéos ou des photos contre des établissements éducatifs ou des lieux de loisirs pour jeunes, ou à proximité immédiate.

Comme ce 22 octobre, quand des enfants en pleurs sont évacués d'une crèche du centre-ville. «On va retrouver ta petite maman», assure un secouriste à la fillette qu'il évacue dans la fumée et les débris.

Un retour sur les bancs d'école, mais sous terre

Yevenhelina Tuturiko, 14 ans, n'avait plus mis les pieds dans une salle de classe depuis le début de l'invasion russe. Depuis le 1er septembre, elle s'assoit à nouveau aux côtés de ses camarades, mais dans une école construite plusieurs mètres sous terre et sans lumière naturelle.

L'adolescente aux longs cheveux, cravate noire défaite sur chemisier blanc, se réjouit:

«J'aime beaucoup ça car je peux à nouveau communiquer en vrai avec mes camarades»

Une socialisation qu'elle n'avait plus connue depuis un «séjour de répit» organisé par la ville de Lille (nord de la France) en mai dernier. Paradoxe: il aura fallu à Yevenhelina traverser l'Europe pour «rencontrer la plupart de (ses) amis actuels» à Kharkiv, dans un environnement enfin paisible et propice aux amitiés adolescentes.

Yevangelina Tuturiko, âgée de 12 ans, pose dans un couloir d'une école souterraine à Kharkiv, le 16 octobre 2025.
Yevenhelina Tuturiko, âgée de 14 ans, pose dans un couloir d'une école souterraine à Kharkiv, le 16 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Dans cette école, afin que cela profite au plus d'enfants possible, les jours de cours sont divisés en deux demi-journées, l'une en classe, l'autre à la maison devant l'ordinateur. L'établissement, où les parents jouent des coudes pour inscrire leurs rejetons, peut ainsi accueillir 1400 jeunes, weekends compris.

De nombreux projets de construction

Construit en un temps record de neuf mois, l'établissement se devine à peine de l'extérieur. Pour y entrer, il faut pousser une lourde porte blindée façon sous-marin. Sa directrice, Natalia Teplova, la cinquantaine, relève fièrement:

«L'école a été construite en respectant toutes les normes d'un abri antiradiation (nucléaire).»
«Nous sommes ici probablement dans un des abris les plus sûrs de toute l'Ukraine»

Au plus fort des combats au début de la guerre dans les faubourgs de la ville, 70% des enfants avaient été mis à l'abri, à l'étranger ou à l'ouest du pays. Ces écoles souterraines ont fait revenir des familles à Kharkiv (1,5 million d'habitants avant-guerre) et une dizaine y seront en activité d'ici la fin de l'année, selon la mairie.

En Ukraine, 96 établissements souterrains accueillent des écoliers, le plus souvent près du front et de la frontière russe. Un total de 211 autres bunkers scolaires sont en construction, selon le ministère de l’Education.

Ici, une enseignante donne un cours dans une école souterraine à Kharkiv, le 16 octobre 2025.
Ici, une enseignante donne un cours dans une école souterraine à Kharkiv, le 16 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Faire du sport et rire, malgré les bombes

A Kharkiv, pas de sport à l'école en extérieur, trop exposé. Dans les clubs, c'est plus flou. Sur un terrain en synthétique, l'entraîneur Oleksandr Andrushchenko encourage de la voix de jeunes footeux, sous les yeux d'une poignée de parents emmitouflés. Cet ancien combattant explique:

«Toute compétition sportive officielle est interdite dans la région. Mais nous ne sommes pas une structure d'Etat, alors on se débrouille dans notre coin.»

Il ajoute que «les parents comprennent que leurs enfants ne se sont pas du tout développés (sportivement) depuis les années Covid.»

«c'est mieux pour eux de faire du foot, du judo, de la natation, plutôt que de rester devant leur téléphone»
Oleksandr Andrushchenko, entraîneur de football et ancien soldat, anime un entraînement pour des enfants à Kharkiv, le 17 octobre 2025.
Oleksandr Andrushchenko, entraîneur de football et ancien soldat, anime un entraînement pour des enfants à Kharkiv, le 17 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Dans l'enceinte de la plus grande piscine de Kharkiv, Aïouna Morozova abonde:

«On ne peut pas vivre constamment dans la peur»

L'immense bâtiment à l'austère architecture soviétique a fermé après deux lourdes frappes en mars 2022, puis rouvert en mai 2024. Quand une vitre cède sous l'onde de choc d'un énième bombardement, on la remplace par du contreplaqué ou du plastique.

«L'eau et la natation soignent tout»: tel est le credo de Morozova, l'une des responsables de la piscine. Un espace de soin aquatique a été créé pour les soldats amputés. Quant aux enfants, comme témoigne cette éducatrice de 38 ans:

«D'abord deux ans de Covid, puis quatre ans de guerre, ils deviennent fous»
Sur cette photo prise le 17 octobre, des habitants et des enfants nagent dans la plus grande piscine de Kharkiv, qui a été endommagée à plusieurs reprises par des bombardements.
Sur cette photo prise le 17 octobre, des habitants et des enfants nagent dans la plus grande piscine de Kharkiv, qui a été endommagée à plusieurs reprises par des bombardements.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Apprendre à vivre avec ses traumatismes

Chevelure de feu, sourire quasi carnassier, Aïouna porte à merveille son prénom d'origine tatare («grande ourse»). Mais les blessures de guerre affleurent vite. Dans son cas, plusieurs heures enterrée sous les décombres d'un bâtiment public frappé le 1er mars 2022. Elle témoigne:

«J'en fais encore des cauchemars, j'évite les espaces clos, les ascenseurs. Et oui, j'ai été voir un psychologue»
Ayuna Morozova, éducatrice et l'une des responsables de la plus grande piscine de Kharkiv.
Aïouna Morozova, éducatrice et l'une des responsables de la plus grande piscine de Kharkiv.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

En Ukraine, les moyens manquent pour mesurer l'impact du conflit sur la jeune génération. Oksana Zbitnieva, cheffe du centre de coordination interministériel pour la santé mentale, explique:

«D'autres pays construisent leur système (de protection de santé mentale) depuis cinquante ans. En raison de notre héritage soviétique, nous sommes les derniers à nous y être mis.»
«Nous n'avons pas assez de psychologues»

Pour y pallier, «130 000 professionnels de santé de première ligne; infirmières, pédiatres, médecins de famille ont reçu une formation en santé mentale certifiée par l'OMS».

Les graves souffrances psychiques des jeunes

A Khorocheve, au milieu des champs de tournesol, à 15km au sud de Kharkiv, la psychologue Maryna Dudnyk, 50 ans, vient d'animer pendant trois heures des ateliers pour aider une cinquantaine d'enfants de six à onze ans à exprimer leurs sentiments.

Le brouhaha s'estompe, son équipe range les gilets pare-balles, systématiquement emportés dans la camionnette, sécurité oblige. Interrogée sur son activité, elle déclare:

«Bien sûr que je suis fatiguée»
«Mais c'est agréable de faire cela pour les enfants. Avec la guerre, nous vivons tous dans le stress et cela a un énorme impact sur l'état émotionnel des jeunes.»
La psychologue Maryna Dudnyk, 50 ans, qui travaille pour l'ONG ukrainienne Voices of Children, transporte ici une boîte de matériel éducatif pour les enfants à Khorosheve, le 14 octobre 2025.
La psychologue Maryna Dudnyk, 50 ans, qui travaille pour l'ONG ukrainienne Voices of Children, transporte ici une boîte de matériel éducatif pour les enfants à Khorosheve, le 14 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

En consultation, cette employée de Voices of Children, une ONG ukrainienne très active dans le soutien à la jeunesse, diagnostique «beaucoup de peur et d'anxiété chez les enfants». Elle ajoute:

«Les adolescents souffrent d'automutilation, de pensées suicidaires»

S'occuper d'eux fait oublier à Maryna Dudnyk sa propre blessure intime: la fuite de sa ville natale de Marioupol, bombardée puis occupée par l'armée russe.

«Nous n'avons plus de chez-nous, rien. Tout a été détruit»
Maryna Dudnyk

Face à ce type de réalité, certains ados choisissent de se blinder.

Des trajectoires de vie bien différentes

Illia Issaiev a détesté quand sa famille a d'abord fui la guerre en passant en Russie. Une errance de plusieurs mois qui a renforcé ses convictions ultra-nationalistes. A 18 ans aujourd'hui, physique sec, yeux bleu acier, Illia se présente comme l'un des responsables de l'organisation radicale «Prava Molod» («La vraie jeunesse» en français) pour la région de Kharkiv.

Nous rencontrons Illia alors qu'il forme un groupe de jeunes hommes au maniement des drones militaires, sa spécialité. Ses moments passés d'«apathie», comme il le dit, sont derrière lui. Il tranche:

«Les temps difficiles rendent les gens plus forts. Notre période fabrique des gens forts qui vont construire un bon pays»
Illia Isayev, un instructeur de 18 ans dans une école de pilotage de drones, répare ici un engin FPV à Kharkiv.
Illia Isayev, un instructeur de 18 ans dans une école de pilotage de drones, répare ici un engin FPV à Kharkiv.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Pas aussi simple pour Kostiantyn Kosik, sous médicaments pour soigner ses tics, malaises et migraines. Le jeune homme au cheveu ras et à la barbe rousse finement taillée, lâche:

«C'est à cause de la guerre. Je suis constamment nerveux, sous tension. Cela affecte énormément ma santé»

Kostiantyn Kosik, 18 ans, est originaire du Donetsk, région secouée par des combats dès 2014. Il a grandi à Avdiivka, ville-martyre aujourd'hui en ruines, passée sous contrôle russe après des mois de combats. Il se souvient:

«J'ai connu la guerre à l'âge de six ans. Pour un petit garçon, c'était très intéressant. Les chars, les soldats, les armes automatiques.»
«Quand j'ai eu l'âge de comprendre, c'est devenu beaucoup moins drôle»

Il a passé des semaines dans le sous-sol de sa maison secouée par les explosions, avec aucun voisin à proximité. Il résume:

«D'un côté cela m'a endurci. Mais j'aurais préféré une enfance normale, avec des amis, de la joie»
Kostiantyn Kosik pose avec un chiot dans sa chambre à Irpin (banlieu ouest de Kiev), le 20 octobre 2025.
Kostiantyn Kosik pose avec un chiot dans sa chambre à Irpin (banlieue ouest de Kiev), le 20 octobre 2025.Image: OLEKSII FILIPPOV / AFP

Garder espoir, et croire en ses rêves

Comme près de quatre millions de personnes déplacées à l'intérieur de l'Ukraine, la famille de Kostiantyn Kosik vit d'expédients. Elle loue une maison sans chauffage à Irpin, près de Kiev. La mère passe ses journées à s'occuper de son beau-père, grabataire après une série d'infarctus liés au conflit.

Kosik est en deuxième année de droit international pour, il l'espère, en dépit d'un anglais sommaire:

«Pouvoir protéger les droits humains, en Ukraine et ailleurs dans le monde»

Il est fier d'étudier à l'Université d'Irpin, encore endommagée par un missile russe en octobre 2022. Le ministre des Affaires sociales Denys Iliutyne relève, pour sa part:

«Les enfants dorment dans des abris antiaériens, ils perdent leurs parents, leurs amis. Et pourtant ils continuent à vivre, à rêver»

Retrouvons Bohdan, l'adolescent de Balakliia. Il joue et échange sur son ordinateur avec «ses nouveaux amis», tous en ligne. Il passe des heures, en particulier avec Lana, une jeune fille de son âge avec qui «il s'est découvert beaucoup de points communs». Bohdan nourrit un rêve:

«Nous voulons vraiment nous rencontrer avec Lana. J'en ai parlé à ma mère. Peut-être nos parents pourront-ils arranger quelque chose.»
Bohdan Levchykov, en discussion avec ses amis via internet, depuis sa chambre.
Bohdan Levchykov, en discussion avec ses amis via internet, depuis sa chambre.Image: Oleksii Filippov / AFP

Mais Lana habite à Dnipro, à 400 km au sud-est. Un autre monde dans l'Ukraine en guerre. Et Balakliia a subi le 17 novembre deux nouvelles frappes, qui ont tué trois personnes et en ont blessé treize, dont quatre enfants. A 300 mètres de l'immeuble de Bohdan et de sa mère.

La guerre en Ukraine dans l'œil d'Alexander Chekmenev
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La guerre en Ukraine dans l'œil d'Alexander Chekmenev
Faces of war pour le New York Times.
source: alexander chekmenev
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Une famille ukrainienne attaquée verbalement dans un train suisse.
Video: watson
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